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L'entrepôt du futur: à quoi ressemblera-t-il ?

INTERVIEW

‘‘ Ne pas mécaniser à tout prix ! ’’ J-F GENTILE, ACSEP


Jean-François GENTILE, Directeur Conseil et Innovation chez ACSEPInterview de Jean-François GENTILE, Directeur Conseil et Innovation chez ACSEP.
Réalisée le 11/07/2018 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « L’entrepôt du futur ».


Quelles évolutions majeures notez-vous sur le fonctionnement des entrepôts ?

Avec l’arrivée du e-commerce les délais se sont accélérés. Les entreprises doivent fournir de plus en plus rapidement les marchandises dans des quantités de plus en plus réduites.

  Autres contributions

Patrice HENRION | BOA CONCEPT
‘‘ L'entrepôt doit se réinventer perpétuellement ’’

Sébastien SLISKI | ZETES
‘‘ Remettre l'Homme au cœur des préoccupations ’’

Laurent BOLLEREAU | SAVOYE
‘‘ Les solutions intralogistiques de demain seront des assemblages sur mesure de briques standard  ’’

Jean-David ATTAL | VIASTORE SYSTEMS
‘‘ Place à l’intelligence artificielle !  ’’

En conséquence, la massification des flux a laissé place au prélèvement unitaire de pièces. Les entrepôts changent dès lors de physionomie en profondeur pour pouvoir se conformer aux nouveaux objectifs de réactivité.

Il convient également de noter l’importance prise par le besoin d’échanges de données avec les autres maillons de la supply chain. Cela est en particulier dû aux problématiques de traçabilité rencontrées ces dernières années dans le secteur de l'alimentaire. Le e-commerce a également contribué à la demande de partage de l’information avec les clients. L’objectif est de les rassurer sur le bon déroulement de leur livraison. Cette nouvelle exigence de transparence se transpose lentement mais sûrement au monde du B2B.


Comment expliquer que le B2B soit en retard par rapport au B2C sur le respect de ce besoin de transparence ?

La situation reste en effet paradoxale. Là où un particulier qui commande un produit sur Internet pour quelques euros va être régulièrement informé des étapes de sa livraison, une entreprise qui doit être livrée d’un camion complet ne dispose généralement que de peu d’informations sur le déroulement de l’expédition.

Cela tient au fait qu’en B2B, les prestataires sont souvent réticents à communiquer de l'information de manière transparente. Par exemple, ils hésitent généralement à partager clairement sur leur taux de service quitte à expliquer pourquoi celui-ci ne correspond pas exactement aux objectifs initiaux. Au contraire, ils préfèreront orienter la présentation de leurs taux de service en utilisant les données qui vont en leur faveur même si celles-ci ne reflètent pas la réalité opérationnelle ressentie par le client.

Néanmoins, nombre d’acteurs commencent à mieux intégrer l’importance de privilégier des relations « gagnant-gagnant ». L'objectif devient pour eux de trouver les moyens qui leur permettront de moins facturer leurs clients. C'est la pérennité des relations avec leurs donneurs d’ordre qui est dès lors privilégiée. Ils ont pris conscience qu’à travers une plus grande confiance entre prestataires et chargeurs, il devient possible de nouer des partenariats et de collaborer sur la durée plutôt que sur une recherche de gains immédiate.




Quels sont les impacts des nouvelles exigences de délais sur les tailles et maillages des entrepôts ?

L’objectif est clairement de se rapprocher géographiquement du consommateur.

Dans les prochaines années, on devrait ainsi assister à un éclatement des flux sur des entrepôts régionaux plus agiles de manière à positionner au plus près les produits des clients finaux. Il s’agira de passer d’une livraison en deux heures à la possibilité d’effectuer une livraison en une heure.

Si en termes de délais le bénéfice est évident, cela devrait certainement également devenir le cas en termes de performance économique. En particulier si les coûts de transport continuent à progresser dans les mêmes proportions que ce que nous connaissons actuellement.

Il va ainsi convenir de rapprocher les entrepôts des centres-villes, sachant que sur des grosses métropoles les coûts de l’immobilier sont en augmentation constante.

Il sera également nécessaire de gérer efficacement les liens entre les sites et de choisir depuis quel dépôt honorer une commande de manière à respecter les engagements pris vis-à-vis du client tout en minimisant les coûts de livraison. Tout cela impose en particulier une actualisation régulière des niveaux de stocks de l’ensemble des sites livreurs.

Toujours dans le même objectif, le ship from store devrait se développer. Les magasins vont en quelque sorte devenir des entrepôts à part entière. Les expéditions effectuées depuis les stocks des boutiques coûteront moins cher que celles effectuées depuis un entrepôt.


Quelles sont les difficultés opérationnelles associées au développement des modèles ship from store ?

Plusieurs freins doivent encore être levés.

D’abord, les métiers de vendeur et de magasinier sont très différents et des réticences naturelles du personnel pourraient apparaitre. De nouveaux modèles d’organisation sur les boutiques devront être trouvés.

Ensuite, il est assez complexe pour les transporteurs d’effectuer des enlèvements depuis des petits magasins situés en centre-ville. Là encore, le sujet reste à être travaillé.


Quel avenir pour la mécanisation dans les entrepôts ?

Aujourd'hui, les entrepôts prennent souvent le e-commerce comme référence. Les entreprises sont ainsi de plus en plus disposées à aller vers de la mécanisation.

Attention cependant à ne pas vouloir à tout prix mécaniser toutes les fonctions de l'entrepôt. Il convient au contraire de définir précisément sur quels process elle est bénéfique.

Illustrons le cas du processus d’emballage avec deux exemples :

  • Dans le luxe, il ne semble pas encore possible de respecter des standards d’emballage des articles compatibles avec les exigences du secteur, en tout cas pas comparable à ce qui pourrait être fait en boutique.
  • Pour les petits produits également (prenons le cas d'une clé USB), il n’est pas rare que la mécanisation n’apporte pas les solutions de packing adéquates. En particulier parce que les machines ne permettent pas de réduire la taille de carton à une hauteur inférieure à 200 mm. Les impacts en termes de coûts et d’images de marque sont dès lors clairement négatifs.

La difficulté tient en particulier à combiner agilité et mécanisation. Au-delà des risques de blocage de l’entrepôt en cas de panne, il est également plus facile d’adapter l’organisation aux évolutions d’activité dans le cas des entrepôts manuels.

Bref, je pense que le 100% automatisé est une erreur. Quelques exemples récents ont d’ailleurs prouvé que de telles configurations pouvaient s’avérer bloquantes au moindre problème.

Je conseille ainsi toujours à nos clients d’envisager dès le début les modes dégradés les plus bas.

Une fois ces avertissements formulés, il convient néanmoins de reconnaître que la mécanisation évolue de manière intéressante.

Je pense en particulier aux robots EffiBOT de la société Effidence et Skypod de la société Exotec qui permettent de déplacer les colis en lieu et place des opérateurs.

Ces solutions représentent des alternatives aux convoyeurs avec pour avantage d’accélérer le temps de préparation des commandes. Le colis n’a en effet plus besoin de parcourir l’ensemble de l’installation pour être remis au préparateur.

La partie intelligence et électronique est déportée dans les robots et n'est donc plus associée aux structures, d'où un gain important en flexibilité. Les configurations peuvent plus facilement évoluer que ce qui existe généralement en termes de transtockeurs ou de mini-loads.


Quels types de services proposez-vous aux entreprises ?

Notre principal objectif est de déterminer les niveaux de mécanisation à associer à un processus (stockage, préparation, emballage, transferts de colis, tri, etc.) et d’assister nos clients au niveau de leurs systèmes informatiques en rapport avec l’entrepôt.

Chez ACSEP l'écoute du terrain est primordiale. Il ne s’agit pas d’imaginer le process de très haut. Nos consultants sont véritablement proches du terrain. Ils bénéficient d’une grande expérience opérationnelle. Tous ont conçu, créé et utilisé des solutions mécanisées pendant plusieurs années. Une de nos forces est donc d’avoir l’habitude de mettre "les mains dans le cambouis".

Nous considérons en effet que l'implémentation d'une mécanisation ne peut se réduire à mener des calculs.

Si nombre d’entrepôts mécanisés n'ont toujours pas atteint leur vitesse de croisière au bout de deux ans, c’est bien parce qu’il manquait de réalisme à la solution conçue.

La mécanisation ne doit pas être une lubie. Son coût est encore important et la plupart des systèmes ne sont pas modulaires.

Indépendants des constructeurs, nous portons un regard impartial sur les choix de solutions.

Nous travaillons sur des nouvelles technologies et nous nous appuyons en particulier sur un réseau de partenaires innovants. Nous pensons également qu’il peut être pertinent de s’inspirer de ce qui est réalisé dans d’autres secteurs. Il ne faut pas avoir peur d'aller chercher ailleurs des systèmes et de les adapter ensuite aux entrepôts. C’est par exemple ce qui a été réalisé dans le passé avec l’AGV, technologie issue du secteur industriel. C'est de cette capacité à innover dont nous sommes en mesure de faire profiter nos clients.

De par l’historique de notre société, nous disposons également naturellement d’une connaissance fine des outils informatiques appliqués à l’entrepôt. Nous avons d’ailleurs tendance à favoriser des configurations privilégiant le meilleur outil au bon endroit (best of breed). Nous considérons que chacun a son métier et qu’une mécanisation ne sera jamais mieux pilotée que par la solution WCS proposée par le concepteur de l’équipement.

Confier l’ensemble de l’informatique à un seul prestataire, c'est aussi prendre le risque de ne pas pouvoir évoluer et de s’adapter à ses nouveaux besoins. Il s’agit donc plutôt de retenir les bons outils informatiques au bon endroit.

Ce qui est compliqué, c’est de faire dialoguer plusieurs systèmes entre eux. L’opérateur préfèrera naturellement avoir un seul écran à consulter. Une simple solution de supervision commune peut permettre de répondre efficacement à ce besoin.


Dans quels secteurs d'activité intervenez-vous ?

Aujourd'hui, nos clients évoluent dans des secteurs très variés : grande distribution, prestation logistique, meuble, électronique, etc.

Ils font aussi bien du B2B que du B2C ou même du B2B2C.

Notre panel de client est donc très large.

D’ailleurs, un client dont l’entrepôt mesure 3.000 m² et qui se lance dans le e-commerce peut être confronté à des objectifs de délais identiques à ceux de gros acteurs.


Bio Express :

Jean-François GENTILE a rejoint ACSEP en Octobre 2017 pour apporter son expertise logistique et notamment autour des solutions mécanisées. Il a auparavant évolué pendant 13 ans chez C-LOG (filiale logistique du groupe Beaumanoir) assurant en particulier la Direction Ingénierie du prestataire.

Il a également travaillé chez Infolog Solutions en tant que chef de projet, chez Ducros (messagerie), mais aussi chez Tibbett & Britten et Prodirest en tant que Directeur Logistique.

Site Internet d’ACSEP : http://www.acsep.com/


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