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Supply chain collaborative : enjeux et solutions

INTERVIEW

‘‘ Aller chercher des gains au-delà de ce que chaque entreprise est capable de générer sur son propre périmètre’’ J.BOUR, DDS Logistics


Jérôme BOUR, Directeur de DDS LogisticsInterview de Jérôme BOUR, Directeur de DDS Logistics.
Réalisée le 11/10/2018 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « Supply chain collaborative : enjeux et solutions ».


Pourquoi les différents intervenants de la chaîne d’approvisionnement ont-ils intérêt à collaborer ?

L'intérêt de collaborer est d'aller chercher des gains au-delà de ce que chaque entreprise est capable de générer sur son propre périmètre.

  Autres contributions

Ludovic DIDELOT | SIGMA
‘‘ La fluidité des échanges en temps réel et l’automatisation des process ’’

Evelyne RAYNAUD | A-SIS
‘‘ La collaboration, nous sommes entrés dans un cercle vertueux ’’

Audrey CAYETANO | S2PWEB
‘‘ Bénéficier d’une visibilité centralisée pour optimiser son organisation  ’’

ALPEGA
‘‘ Faciliter la collaboration entre chargeurs, prestataires logistiques et transporteurs  ’’

Jenny ROMAN | AMBER ROAD
‘‘ Faciliter la circulation des flux dans les chaînes d'approvisionnement mondiales  ’’

TRANSPOREON
‘‘ Accélérer les opérations et améliorer la satisfaction client ’’

Isabelle BADOC | GENERIX GROUP
‘‘ Partager l’utilisation des moyens supply chain ’’

Dans un monde supply chain qui vise justement à la bonne circulation des flux entre les différents acteurs, cela s'y prête particulièrement.

Pour réellement profiter du potentiel de la collaboration, il est d’ailleurs recommandé d’élargir le périmètre le plus en amont et en aval possible. C’est-à-dire aux fournisseurs de ses fournisseurs et aux clients de ses clients.

En effet, dans des phénomènes de chaîne, le risque est que l’optimisation d’un maillon se fasse au détriment des maillons situés en amont ou en aval. Avec la collaboration, l’idée est au contraire de bien orchestrer l’ensemble dans l’intérêt de chacun.

Les enjeux sont financiers puisque les perspectives d’économies sont importantes, mais également de plus en plus en rapport avec la qualité du service délivré au client final.

Nous sommes enfin convaincus que la collaboration est positive pour assister les entreprises dans leurs démarches de préservation de l’environnement.


Quelles sont les conditions nécessaires aux succès d’une collaboration entre acteurs de la supply chain ?

Pour que la mise en place d’une collaboration soit un succès, trois éléments doivent à mon sens être réunis :

  • Le partage des gains. La collaboration ne peut consister à demander à ses transporteurs ou fournisseurs de rétrocéder l’ensemble des économies générées. Chacun doit pouvoir être motivé par l’application de la démarche.
  • La transparence des informations et des gains. Chaque intervenant doit justement pouvoir vérifier que le fait de collaborer avec son écosystème lui est bien bénéfique.
  • La présence d’un pilote. Il est nécessaire qu’une entité puisse arbitrer les cas potentiels de frictions entre acteurs. Par exemple l’affectation des flux aux transporteurs en cas de pénurie de moyens.



En quoi l’adoption d’une approche collaborative permet-elle aux entreprises de réduire leurs coûts ?

Les potentiels de gains financiers sont très importants. Ils sont à la fois directs et indirects :

  • Gains directs

Par une meilleure utilisation des moyens, par exemple grâce à la mutualisation qui est une déclinaison naturelle de la collaboration, il est possible de réduire son budget transport. Le bénéfice est là assez évident.

Ensuite, même s’il s’agit de modèles dont nous sommes aujourd'hui moins convaincus, les démarches de désintermédiation peuvent également entrer dans le périmètre de la collaboration et permettre aux entreprises de réaliser des économies. Ce sont des formes de collaboration directe entre des acteurs qui passaient auparavant par un intermédiaire.

  • Gains indirects

La fluidification de la circulation de l'information et l’automatisation d’un certain nombre de processus permettent d’économiser une importante déperdition d'énergie. Chaque acteur va avoir son périmètre de saisie. Les saisies multiples et les risques d’erreurs associés seront ainsi réduits.

Les systèmes collaboratifs rendent également l'information active. C’est-à-dire qu’au lieu de devoir analyser 100% des expéditions, les opérateurs pourront se concentrer sur les 5% des flux pour lesquels la solution mettra en évidence la nécessité d’une intervention humaine. Il s’agit dès lors de déplacer le focus sur des tâches de gestion des aléas beaucoup plus génératrices de gain.


Quid du partage des données quand celles-ci sont jugées sensibles par les acteurs ?

C’est en effet un point qui peut s’avérer bloquant dans l’adoption d’une démarche collaborative et qui a pu par le passé freiner certains projets.

Je pense en particulier au mouvement de collaboration sur les achats internationaux dans le secteur du retail qui a eu lieu il y a quelques années. Un certain nombre de nos clients nous ont à l’époque indiqué ne pas souhaiter franchir le pas de peur que leurs process de travail ne soient dévoilés à la concurrence.

La gestion des données constitue donc un élément majeur à intégrer dès la conception de l’approche de collaboration. Les systèmes utilisés en support doivent être suffisamment rassurants sur ce point vis-à-vis des différents partenaires.


Justement, comment avez-vous intégré cet aspect dans Join2Ship ?

Notre plateforme s'applique aux démarches transport multi chargeurs avec des niveaux de démultiplication assez forts puisque chaque donneur d’ordre peut lui-même avoir des expéditions multi clients.

Nous avons souhaité garantir à chaque société utilisatrice de la solution un accès aux seules informations qui la concernent.

Cela suppose de définir en amont de l’utilisation de la solution :

  • Les informations propres à chaque société.
  • Les informations communes et que les acteurs acceptent donc de partager.
  • Les règles du jeu sur le niveau d'informations et les garanties données à chacun des acteurs sur leur respect.

Join2ship est orienté sur la gestion de flux européens. Proposez-vous d’autres solutions dédiées à la gestion du commerce international ?

Nos solutions DDS Import et DDS Shipper sont en effet axées sur la gestion des flux internationaux (principalement asiatiques pour DDS Import et européens pour DDS Shipper).
Dans ces produits, il existe bien évidemment une couche collaborative qui va au-delà de la simple relation entre le chargeur et le transporteur. Il s’agit de se connecter aussi bien aux fournisseurs, qu’aux transitaires, aux armements, ou encore aux entreprises responsables des contrôles qualité à l'origine.

L’idée est toujours d’obtenir plus de performance en reliant l'ensemble des parties impliquées dans la chaîne de transport, quels que soient leurs tailles, leurs niveaux de maturité ou leurs niveaux d'équipement.

Les acteurs de grande taille vont généralement se connecter directement à travers des API ou de l'EDI tandis que ceux de taille plus modeste privilégieront l’utilisation de portails web. C’est habituellement le cas des fournisseurs.

Nos solutions sont également interopérables avec d’autres plateformes et systèmes. Je pense en particulier au portail S)ONE (guichet unique portuaire, anciennement appelé AP+) et aux systèmes qui permettent de mettre en rapport les entreprises avec les compagnies aériennes ou maritimes pour un accès au booking, aux schedules, aux bons de livraison, etc.


Qu’apporte la collaboration dans le cas de flux imports ?

Sur des chaînes import, les achats se font généralement FOB (Free on Board). Le rôle du fournisseur est donc d’organiser l’acheminement de la marchandise jusqu'au port de départ.

Le destinataire dispose généralement d’une visibilité quasi inexistante sur le déroulement de son approvisionnement.

L'intérêt est alors de pouvoir récupérer le plus en amont possible les informations en provenance du fournisseur, des organismes certificateurs qualité, des transitaires, etc.

Cela permettra aux acheteurs en bout de chaîne de savoir quand leur produit importé sera disponible pour une mise en linéaires.


Revenons à Join2Ship, présentez-nous un exemple concret d’utilisation de votre plateforme.

Prenons le cas d’un distributeur intervenant en B2B. Celui-ci achète auprès de fournisseurs européens en mode franco de port. C’est-à-dire que la charge de l’organisation du transport incombe à ses fournisseurs
Néanmoins, c’est bien lui, distributeur, qui subit l'aléa sur le transport amont. Il est également confronté à une difficulté dans la planification de ses opérations d'entrepôt dans la mesure où il ne bénéficie pas de visibilité sur les horaires d’arrivée des camions.

L'intérêt de l’application d’une approche collaborative à travers l’utilisation d'un outil comme Join2Ship est justement de donner le moyen au distributeur de profiter d’une visibilité sur l’ensemble des flux organisés par ses fournisseurs auprès des différents transporteurs.

Le distributeur pourra ainsi mieux dimensionner ses équipes, planifier ses réceptions et également réagir en cas de manquants ou d'aléas. Le tout sans avoir à entrer en relation contractuelle avec les transporteurs.

Les bénéfices concernent dès lors la réduction des coûts opérationnels et administratifs et l’optimisation commerciale par une meilleure maitrise des risques de rupture et de perte de chiffre d'affaires associé.

Dans le sens inverse, les transporteurs y trouvent également leur compte avec des temps d’attente moindre sur les plateformes et même la possibilité d’être prévenus par le destinataire en cas de congestion de sa plateforme. En étant informés que l’entrepôt n’est pas en mesure d’accepter de nouvelles réceptions sur les prochaines heures, les transporteurs peuvent adapter leurs plans de tournées et livrer d’autres clients entre temps.


Sur ces sujets de collaboration, qu’est-ce qui différencie DDS Logistics des autres éditeurs de plateformes collaboratives ?

Nous considérons que la collaboration n'est pas une fin en soi, mais un moyen qui doit être mis au service de la performance de nos clients.

Il ne s’agit pas pour nous de nous limiter à apporter de la visibilité, mais bien d’atteindre de la performance opérationnelle en combinant cette visibilité avec nos modules d’organisation du flux physique éprouvés.

En B2B, l’intérêt de la traçabilité est en effet de permettre aussi bien à l'expéditeur qu'au transporteur ou au destinataire de mieux planifier leurs opérations.

Il convient également de bien avoir à l’esprit que dans les métiers du transport la gestion documentaire reste importante. En commerce international par exemple, un certain nombre d'étapes ne peuvent être passées si la liasse documentaire n'est pas constituée. Là aussi le volet collaboratif prend tout son sens. En connectant les différents intervenants de la chaîne à travers nos solutions, la circulation des documents est fluidifiée.


Bio Express :

Jérôme BOUR a pris la Direction de DDS Logistics en 2000. Il a auparavant occupé les postes de Directeur Informatique du Groupe DAHER, de Responsable de l’organisation et des systèmes opérationnels chez DHL et de Consultant chez Ernst & Young.

Site Internet de DDS Logistics : www.ddslogistics.com


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