Dossiers > Entrepôt > Automatisation : comment faire les bons choix ? > Entretien FENWICK-LINDE
‘‘ Penser la cohérence globale avant de multiplier les technologies ’’
A. BIANCO, FENWICK-LINDE

Antoine-Emilien Bianco, Ingénieur Commercial Solutions Automatisées chez Fenwick-Linde
Entretien réalisé le jeudi 8 janvier 2026 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier : « Automatisation : comment faire les bons choix ? ».
L’automatisation intralogistique ne se résume pas à un choix technologique. Elle engage l’organisation, les systèmes d’information, les équipes et la performance dans la durée. Antoine-Emilien Bianco, ingénieur commercial en solutions automatisées chez Fenwick-Linde, partage les critères de décision, les points de vigilance et les leviers permettant de sécuriser un projet de bout en bout.
Pouvez-vous vous présenter et décrire votre rôle chez Fenwick-Linde ?
Je suis Antoine Bianco, ingénieur commercial en solutions automatisées chez Fenwick-Linde, un groupe que j’ai rejoint il y a environ trois ans. Avant cela, j’ai évolué dans une start-up du secteur du transport, ce qui m’a permis de développer une approche orientée business et projets.
Aujourd’hui, j’évolue au sein de la cellule solutions automatisées de Fenwick-Linde, qui regroupe une quarantaine de personnes dédiées aux sujets d’automatisation. Mon rôle consiste à accompagner les clients en amont des projets, depuis la qualification du besoin jusqu’à la construction de solutions adaptées à leurs enjeux opérationnels.
Notre organisation repose sur une logique très structurée. En phase avant-vente, les équipes commerciales et business développement travaillent en binôme avec des ingénieurs d’affaires pour qualifier les besoins, dimensionner les solutions et construire les offres. Nous nous appuyons également sur un bureau d’études intégré au groupe pour les projets plus spécifiques.
Une fois le projet contractualisé, il est transmis aux chefs de projet. Ceux-ci prennent alors en charge l’installation, la mise en service, la formation des équipes et les différentes phases de réception.
En phase d’exploitation, les équipes locales prennent le relais, notamment pour la maintenance, grâce à un maillage territorial dense de 1400 techniciens formés aux solutions automatisées comme aux équipements plus traditionnels.
Quels sont les points clés à analyser avant de se lancer ?
Le point de départ reste systématiquement la qualification du besoin. Avant même de parler de technologie, il est indispensable de clarifier les objectifs poursuivis. L’automatisation doit répondre à un enjeu précis, elle ne constitue jamais une fin en soi.
À partir de là, plusieurs dimensions entrent en jeu. Les premières sont d’ordre stratégique, avec des objectifs récurrents de réduction des coûts opérationnels, d’amélioration de la productivité et de renforcement de la sécurité. Sur ce dernier aspect, les solutions automatisées, et en particulier les AGV, apportent des réponses concrètes face aux problématiques d’accidentologie rencontrées sur le terrain.
Cette réflexion doit ensuite être confrontée à la réalité opérationnelle du site. L’infrastructure existante, la cohabitation entre équipements manuels et automatisés, le nombre de postes, mais aussi les volumes actuels et futurs sont autant de paramètres déterminants. Ils conditionnent directement la faisabilité du projet et les niveaux de performance que l’on peut raisonnablement atteindre.
Enfin, l’écosystème informatique de l’entreprise ne peut être dissocié de cette analyse. Les solutions automatisées doivent dialoguer en permanence avec l’ERP et le WMS en place. L’ensemble de ces éléments alimente alors la réflexion économique.
Comment aborder la question du ROI ?
Le retour sur investissement constitue un élément clé de tout projet d’automatisation et doit être abordé avec méthode et pragmatisme.
Si le calcul final relève du client, Fenwick intervient en amont pour fournir des estimations, donner des ordres de grandeur et construire des scénarios cohérents, sans pour autant se positionner comme valideur financier. Ces estimations reposent sur des hypothèses susceptibles de varier fortement d’un contexte à l’autre, notamment en fonction des coûts de main-d’œuvre, de l’organisation du site ou des contraintes locales. La qualité des informations communiquées par le client est donc déterminante.
L’objectif est avant tout d’éclairer la prise de décision et de faciliter la comparaison entre des solutions dont les périmètres fonctionnels et les hypothèses de chiffrage peuvent être sensiblement différents.
Avec quels types d’entreprises collaborez-vous et comment adaptez-vous votre approche ?
Aujourd’hui, nous travaillons principalement avec les entreprises porteuses des projets, tout en collaborant régulièrement avec des intégrateurs et des cabinets de conseil. La logique est celle de la co-construction, en lien direct avec les équipes de l’entreprise, afin de proposer un dimensionnement réellement aligné avec les besoins opérationnels.
Selon le niveau de maturité de l’organisation, certains projets nécessitent un travail de refonte des processus ou de clarification stratégique. Dans ces cas-là, des cabinets de conseil peuvent intervenir en amont, avant que nous n’entrions pleinement dans la phase de conception.
En termes de secteurs adressés, il n’existe pas de verticale unique. Toute activité peut être automatisée, sous réserve de certaines contraintes physiques. Les environnements les plus favorables sont ceux dans lesquels la qualité des palettes est homogène et où les conditions sont compatibles avec l’automatisation, notamment en termes de poussière ou d’humidité. On retrouve fréquemment ces caractéristiques dans des secteurs comme les biens de grande consommation, la boisson, la pharmacie ou l’industrie laitière.
Quelle est l’étendue de vos solutions ?
Notre approche repose sur une couverture large et cohérente des besoins intralogistiques, afin de pouvoir accompagner les projets d’automatisation dans leur globalité.
Elle commence par la couche logicielle, avec l’interfaçage avec les systèmes existants et, au besoin, des briques de type WMS. L’automatisation n’implique pas forcément de changer l’outil en place, sauf cas particuliers (création d’une nouvelle cellule ou absence de WMS).
Cette base permet ensuite de déployer les équipements matériels. Fenwick propose une gamme étendue de chariots automatisés de type AGV ou AMR, couvrant différents usages, depuis les gerbeurs et tracteurs jusqu’aux chariots tridirectionnels. Selon les besoins, ces solutions peuvent être complétées par des systèmes de rayonnage et de stockage automatisés, tels que les transtockeurs ou les systèmes à navettes, souvent intégrés en partenariat avec des acteurs spécialisés.
À cela viennent s’ajouter des solutions de préparation de commandes de type goods-to-person, des robots mobiles, ainsi que des systèmes de convoyage et de tri, particulièrement adaptés aux flux homogènes et fortement cadencés.
L’enjeu n’est toutefois pas d’empiler les technologies, mais de concevoir un ensemble cohérent, aligné avec les contraintes du site et les objectifs opérationnels du client.
Découvrez les solutions Fenwick-Linde en vidéos
🎥 Gerbeur automatisé L-MATIC core
🎥 Gerbeur automatisé L-MATIK HD k
🎥 Système automatisé de navettes à palettes à 4 voiesS-MATIC Cube
🎥 Robot mobile autonome C-MATIC HP
Quels sont les principaux risques et comment les anticiper ?
Les risques apparaissent très tôt lorsque l’environnement n’est pas compatible avec l’automatisation : qualité du sol, typologie des palettes, layout du site ou contraintes bâtimentaires. Ces éléments sont analysés dès les premières phases.
Un autre point clé concerne la capacité de l’entreprise à porter un projet d’automatisation. Au-delà de l’intention affichée, il est essentiel de vérifier que les conditions sont réellement réunies sur le plan organisationnel, opérationnel et technique. Les pré-études jouent ici un rôle central : elles permettent d’objectiver les contraintes, d’identifier les adaptations nécessaires et d’en mesurer les impacts en termes de coûts et de délais.
Comment passe-t-on de la conception au déploiement opérationnel ?
Le déploiement d’une solution automatisée ne se résume pas à une phase d’installation. Il s’inscrit dans la continuité directe du travail réalisé en amont, qui conditionne en grande partie la réussite opérationnelle du projet.
Une gouvernance claire est ainsi définie dès la phase avant-vente, avec une répartition précise des rôles et des responsabilités.
Cette phase préparatoire s’appuie sur des ateliers réguliers, internes et avec le client, et sur des simulations dynamiques approfondies. Ces simulations ne se limitent pas à une approche théorique : elles mobilisent des équipes d’ingénierie pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, afin de tester les flux dans des conditions proches du réel. Elles servent de base à des engagements contractuels, notamment en matière de taux de disponibilité.
Dans ce cadre, le taux de disponibilité constitue un indicateur clé. Il est directement lié à la volumétrie cible définie en amont du projet. Concrètement, si un client exprime un besoin de traitement de 50 palettes par heure sur un flux donné, la simulation permet de dimensionner la flotte d’AGV en conséquence. Fenwick s’engage alors contractuellement sur la capacité de la solution à tenir ce niveau de performance, dans les conditions définies.
Une fois la solution livrée, le projet passe par des phases de tests, de réception fonctionnelle, puis de montée en charge. Des périodes d’observation permettent d’identifier d’éventuels points de blocage avant d’atteindre la réception définitive, avec un niveau de performance stabilisé.
Après validation de la réception fonctionnelle, la solution entre dans une phase dite de « vie série ». Cette période permet d’observer le fonctionnement réel de l’installation sur la durée, d’identifier d’éventuels points de congestion et d’ajuster les paramètres si nécessaire. Ce n’est qu’à l’issue de cette phase de stabilisation que la réception définitive est prononcée, avec un niveau de performance pleinement sécurisé.
Comment garantir la performance dans la durée ?
Une fois la solution déployée et stabilisée, l’enjeu n’est plus seulement de tenir les objectifs initiaux, mais de s’assurer que la performance reste au rendez-vous dans un contexte opérationnel en mouvement. Les flux changent, les volumes progressent, les organisations se transforment : la solution doit être en mesure d’absorber ces évolutions sans remise en cause globale.
Pour accompagner cette dynamique, Fenwick s’appuie sur des outils avancés de simulation, en particulier une solution de jumeau numérique. Celle-ci permet de reproduire virtuellement le fonctionnement réel de l’installation, aussi bien en phase d’exploitation qu’en anticipation de futurs scénarios. Couplé à des briques d’intelligence artificielle, il devient possible d’analyser les performances, d’identifier les points de saturation, d’optimiser les flux et de tester des évolutions avant leur mise en œuvre sur le terrain.
Ces technologies trouvent également des applications très concrètes lors de l’analyse de l’existant. Fenwick peut par exemple s’appuyer sur des dispositifs de captation par caméras permettant de reconstituer le layout d’un entrepôt au millimètre près. Cette approche s’avère particulièrement utile lorsque les plans ne sont plus à jour ou ont évolué au fil du temps. Elle permet de disposer rapidement d’une base fiable, de gagner du temps côté client et de formuler des préconisations précises pour accompagner l’évolution de la solution dans la durée.
Comment arbitrez-vous entre solutions standardisées et solutions sur-mesure ?
Fenwick s’appuie aujourd’hui sur une expertise éprouvée en automatisation intralogistique, portée par des équipes structurées et une organisation projet robuste. Cette maturité nous permet d’adresser un périmètre large, depuis les infrastructures de stockage jusqu’aux solutions automatisées et aux briques logicielles qui les pilotent.
Dans ce cadre, notre approche repose sur une distinction claire entre solutions standardisées et solutions sur-mesure. Les premières s’appuient sur des chariots produits à grande échelle, auxquels nous ajoutons une couche d’automatisation éprouvée, afin de garantir des niveaux de fiabilité, de délais et de coûts maîtrisés.
Le sur-mesure intervient lorsque le besoin opérationnel l’exige réellement, par exemple pour des applications spécifiques comme le transport de bobines ou l’intégration de convoyeurs embarqués sur des AGV. Ces choix sont alors pleinement assumés, avec une évaluation précise de leurs impacts en termes de complexité, d’investissement et de conduite du changement.
L’enjeu consiste à positionner le curseur au bon niveau. Il ne s’agit pas d’automatiser davantage, mais d’automatiser de manière pertinente, en recherchant en permanence l’équilibre entre performance opérationnelle, capacité d’évolution et maîtrise des investissements.
A. BIANCO | FENWICK-LINDE P. TEISSIER | TGW U. KLÄRNER | ACTEMIUM F. ZIELINSKI | FIVES S. GELAS | MTKSA L. BAUCHE & R. SPINA | ACTEMIUM MAINTENANCE AIRPORT LOGISTICS M. MENANT | BLONDEL G. BLANC | MONSTOCK |

