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‘‘ Penser la maintenance dès la conception de l’installation ’’
L. BAUCHE & R. SPINA, ACTEMIUM MAINTENANCE AIRPORT LOGISTICS


Laura BAUCHE, Responsable du développement commercial et Rémy SPINA, Chef d’entreprise d’Actemium Maintenance Airport Logistics

Laura BAUCHE, Responsable du développement commercial et Rémy SPINA, Chef d’entreprise d’Actemium Maintenance Airport Logistics


Entretien réalisé le jeudi 8 janvier 2026 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier : « Automatisation : comment faire les bons choix ? ».

Longtemps reléguée à l’aval des projets d’automatisation, la maintenance s’impose aujourd’hui comme un sujet stratégique. Laura Bauche, Responsable du développement commercial, et Rémy Spina, Chef d’entreprise d’Actemium Maintenance Airport Logistics, partagent leur retour d’expérience sur la manière dont ces enjeux structurent la durabilité, la performance et la continuité d’exploitation des installations automatisées.


À quel moment la maintenance doit-elle entrer dans la réflexion d’un projet d’automatisation, et pourquoi ?

Une installation automatisée ne s’achète pas pour deux ans. Elle est conçue pour durer dix, quinze ans, voire davantage. Sur cette période, la maintenance devient un élément structurant, car elle conditionne la manière dont les équipements seront exploités, maintenus et adaptés dans le temps.

L’intégrer dès les premières phases du projet conduit à arbitrer différemment certains choix clés, avec des effets durables sur l’exploitation, bien au-delà de la mise en service.

Si cette approche apparaît de plus en plus dans les appels d’offres, elle reste toutefois inégalement maîtrisée. Les organisations les plus matures l’intègrent naturellement, tandis que celles qui s’engagent pour la première fois peuvent passer à côté faute d’accompagnement et de connaissance.




Quels sont les oublis les plus courants au moment de la conception de la solution ?

Plusieurs points reviennent régulièrement.

Le premier concerne l’accessibilité des équipements. Sur le papier, tout fonctionne, mais lorsque certains organes sont difficiles d’accès ou peu démontables, la moindre opération de maintenance devient complexe, longue, voire risquée. Sur certaines installations, des moteurs se révèlent par exemple difficilement accessibles : en cas de panne, il faut alors déposer une partie significative du convoyeur, transformant un incident technique en indisponibilité prolongée. À l’inverse, avec une identification précoce sur plan, de simples ajustements (repositionner un moteur, revoir un accès) suffisent à fiabiliser durablement l’installation, pour un coût marginal au regard des gains en exploitation.

Autre angle mort fréquent : la sous-estimation de la criticité d’équipements réputés simples. Un convoyeur, par exemple, est souvent considéré comme basique. Pourtant, lorsqu’il alimente une zone clé, son arrêt peut bloquer l’ensemble du flux. Ce type d’équipement mérite donc d’être traité à la hauteur de son impact réel sur l’exploitation.

Enfin, la sécurité est parfois traitée trop tardivement. Certaines installations automatisées impliquent des opérations en hauteur ou sur des équipements complexes, qui nécessitent des accès sécurisés, des procédures adaptées et des moyens spécifiques. Lorsque ces contraintes ne sont pas intégrées dès l’origine, les opérations deviennent plus longues, plus coûteuses et plus exposées.

Lecture complémentaire

Dans le prolongement de cet entretien, un autre article du dossier est consacré à Actemium, à travers la vision portée par Uwe Klärner. Il revient sur la manière dont le réseau Actemium aborde les projets d’automatisation dans leur globalité, depuis les choix de conception jusqu’à l’exploitation des installations, en intégrant très en amont les enjeux d’ingénierie, d’organisation et de performance durable.

👉 Lire l'interview d'Uwe Klarner.


Qui peut prendre en charge la maintenance de l’installation ?

Il n’existe pas de modèle unique.

Certains exploitants choisissent de l’internaliser, d’autres s’appuient sur le constructeur ou l’intégrateur, et d’autres encore font appel à un acteur tiers spécialisé. Ces choix dépendent du niveau de maturité des organisations, de la complexité des installations, des compétences disponibles en interne et des exigences en matière de disponibilité et de sécurité. Dans les projets les plus structurés, la maintenance est de plus en plus pensée comme un sujet à part entière, avec une organisation définie dès l’amont.

Un tiers mainteneur peut alors jouer un rôle de « garde-fou ». Un intégrateur ou un constructeur va naturellement optimiser son design, ses coûts et ses standards, ce qui est parfaitement légitime. Le regard d’un acteur indépendant permet en revanche de se projeter sur l’usage réel des installations, dans la durée, et sur les conditions concrètes d’exploitation.

Actemium Maintenance Airport Logistics s’inscrit précisément dans cette approche. En intervenant lors des premières phases du projet, l’enjeu consiste à apporter un prisme complémentaire, centré sur la maintenabilité et l’accessibilité. Cette approche permet d’analyser les solutions au-delà de leurs seules performances nominales, en tenant compte de leur exploitation dans la durée.

Sans se substituer au rôle des intégrateurs, l’expérience acquise sur le terrain permet d’apporter une lecture globale de l’installation, de ses flux et de ses contraintes opérationnelles. Cette capacité à raisonner à l’échelle du système facilite le dialogue avec les intégrateurs et les bureaux d’études, et contribue à sécuriser les choix techniques en amont, dans une logique de performance durable et de maîtrise des risques.


Comment se structure votre offre ?

Nous proposons deux grands modes d’intervention, adaptés à la criticité et aux contraintes opérationnelles des sites.

Selon les besoins, l’accompagnement peut prendre la forme d’une maintenance postée, avec des équipes dédiées en permanence sur site, ou d’une maintenance itinérante, assurée par des équipes capables d’opérer sur plusieurs installations.

L’appui sur le réseau Actemium permet d’assurer une réactivité élevée sur l’ensemble du territoire, en adéquation avec les niveaux de service attendus. En France, le maillage dense des entreprises offre des relais de proximité, y compris pour des compétences spécifiques. À l’international, les clients opérant sur plusieurs pays bénéficient d’un point de contact unique, chargé de coordonner les prises en charge avec des équipes locales maîtrisant les contraintes réglementaires et opérationnelles. Pour les exploitants, cette organisation simplifie le pilotage de la maintenance multi-sites tout en garantissant une continuité de service homogène.

En matière de périmètre, l’expertise couvre l’essentiel des équipements intralogistiques automatisés : solutions de stockage automatisé (shuttles, miniload, transstockeurs), convoyage, trieur, équipements de préparation de commandes, machines d’emballage (filmeuses, cercleuses…), ainsi que les systèmes d’étiquetage.

L’activité s’étend également à des équipements plus spécifiques liés à la logistique aéroportuaire, notamment les systèmes automatisés dédiés à la manutention des ULD (Unit Load Devices), utilisés pour le transport aérien de fret et de bagages.

Les contextes aéroportuaires présentent des contraintes particulières en matière de sécurité, d’accès et de manutention, qui requièrent des compétences dédiées et une connaissance fine des standards du secteur. L’expérience acquise sur les plateformes aéroportuaires vient ainsi enrichir l’offre de services et illustre la capacité à intervenir sur des installations automatisées à forte criticité, au-delà des environnements logistiques traditionnels.

Au-delà de l’exécution des opérations, l’accompagnement porte également sur la structuration et le pilotage de la maintenance. De nombreux sites disposent de compétences internes solides, mais manquent de méthodes, d’outils ou de recul pour formaliser leurs pratiques, anticiper l’obsolescence ou objectiver leurs décisions techniques. L’intervention prend alors la forme d’un appui méthodologique, parfois dès la genèse du projet, afin de clarifier les choix, fiabiliser les données et mettre en place des référentiels durables, indépendamment de toute logique strictement contractuelle.


L’évolution des technologies modifie-t-elle la manière d’aborder la maintenance ?

Oui, clairement. Les systèmes intralogistiques intègrent de plus en plus de technologies complexes, avec une part croissante de logiciel, d’automatisme et d’IT. C’est particulièrement vrai pour les équipements robotisés, pour lesquels la maintenance ne repose plus uniquement sur des éléments mécaniques.

Dans ces environnements, une partie significative des interventions dépend directement du fournisseur, notamment sur les aspects de codage, de paramétrage ou d’accès aux systèmes.

Cela peut rendre plus difficile l’action de tiers et renforce l’importance des choix faits à l’origine, tant sur le plan technologique que sur la stratégie de maintenance. Ces évolutions doivent être pleinement intégrées dans la réflexion, afin d’éviter des situations de dépendance excessive ou des contraintes fortes sur l’exploitation future.


Comment anticipez-vous les incidents pour garantir la continuité d’exploitation ?

L’anticipation repose sur un ensemble de leviers complémentaires, parmi lesquels :

  • une assistance technique à distance, disponible 24/7, pour aider à résoudre des pannes sans déplacement,
  • des solutions de monitoring et des approches orientées prédiction sur certains équipements critiques,
  • de l’ingénierie de maintenance (gammes, plans, gestion de l’obsolescence, accompagnement GMAO),
  • et des tableaux de bord permettant de piloter la maintenance sur des bases factuelles.

L’objectif est d’identifier le plus en amont possible les situations susceptibles de provoquer un arrêt, qu’il s’agisse de dérives mécaniques, de seuils anormaux sur certains composants ou d’événements liés aux flux.

Dans la pratique, l’environnement d’exploitation joue un rôle déterminant. En logistique, la présence de carton, de scotch ou d’étiquettes constitue un polluant permanent pour les équipements automatisés : encrassements, capteurs perturbés ou blocages peuvent survenir sans signe avant-coureur.

Sur les systèmes de tri, certains colis peuvent également présenter un comportement instable en mouvement, malgré une apparence conforme, en raison de leur contenu. Ces situations peuvent générer des blocages importants et des arrêts prolongés. L’enjeu consiste alors à détecter ces anomalies le plus tôt possible, avant leur injection dans le système, afin de préserver l’intégrité des équipements et la continuité d’exploitation.


Que proposez-vous sur le volet gestion des pièces de rechange ?

Nous proposons une organisation décentralisée de la gestion des pièces de rechange avec un espace de stockage conséquent en Île-de-France, et des capacités complémentaires au besoin.

L’idée est de centraliser certaines pièces : pas forcément les urgences absolues, mais tout ce qui doit être disponible sans immobiliser les équipes internes sur des sujets d’achats, de réapprovisionnement et de suivi.

Cela permet aussi de faire bénéficier certains clients de conditions tarifaires plus favorables via nos contrats cadres, et de travailler l’obsolescence le plus tôt possible, pour éviter d’être pris au dépourvu lorsqu’une pièce n’est plus disponible.


Bio Express

Laura Bauche
est Responsable du développement commercial chez Actemium Maintenance Airport Logistics. Elle pilote la visibilité de l’offre, le développement commercial et l’identification des besoins clients, en s’appuyant sur un parcours orienté supply chain, logistique et conduite de projets.
Rémy Spina
est Chef d’entreprise d’Actemium Maintenance Airport Logistics. Présent dans le groupe depuis 2014, il a évolué au sein des activités de maintenance avant de prendre la direction de l’entreprise.


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