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‘‘ Ramener la réflexion sur une analyse factuelle des besoins et des usages ’’
U. KLÄRNER, ACTEMIUM

Uwe KLÄRNER, Responsable stratégie et développement intralogistique chez Actemium
Entretien réalisé le vendredi 23 janvier 2026 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier : « Automatisation : comment faire les bons choix ? ».
La diversité des solutions d’automatisation disponibles sur le marché peut parfois compliquer la lecture des besoins réels. Entre innovations pertinentes et effets de mode, le discernement devient un enjeu central.
Uwe Klärner, responsable de la stratégie et du développement intralogistique d’Actemium, partage son retour d’expérience sur les conditions clés pour mener des projets d’automatisation de façon méthodique et pragmatique, au plus près des réalités du terrain.
Quel est votre rôle au sein du réseau Actemium ?
Mon rôle s’inscrit dans une dynamique d’évolution au sein d’Actemium, et plus largement chez VINCI Energies. Historiquement structuré comme un réseau d’entreprises autonomes, Actemium s’appuie, en France, sur 19 entités dédiées aux métiers de la logistique, couvrant l’ensemble du périmètre intralogistique : stockage de charges lourdes et légères, préparation de commandes, tri colis, robotique mobile, pilotage des flux via des solutions WCS, voire WMS, sans oublier la maintenance.
Chaque entité dispose de compétences spécifiques et s’inscrit de longue date dans une logique de collaboration au sein du réseau. L’évolution des projets intralogistiques, de plus en plus transverses et structurants, conduit aujourd’hui à renforcer cette dynamique par une coordination à l’échelle du réseau, afin de consolider la vision d’ensemble, la continuité technologique et l’alignement des pratiques. Cette approche vise à accompagner le fonctionnement existant et à faciliter la conception et la mise en œuvre de projets intralogistiques cohérents, dans une logique d’intégrateur multi-métiers.
Mon parcours est en cohérence avec une telle approche. Après une expérience en grands groupes, je me suis orienté vers des missions de management de transition et de conduite du changement. Ce sont précisément ces expériences de transformation et d’alignement des organisations qui trouvent aujourd’hui leur prolongement dans ma nouvelle fonction, d’autant plus que je disposais déjà d’une connaissance approfondie de la culture et du fonctionnement du réseau Actemium.
Quels sont, selon vous, les principaux points d’attention à avoir en amont d’un projet d’automatisation ?
Le premier point d’attention concerne la capacité à partir de l’existant tout en se projetant dans la durée, en comprenant précisément le besoin actuel et en intégrant les évolutions à venir : stratégie de localisation, évolution des flux, diversification éventuelle des produits ou des services. Côté client, cette vision d’ensemble conditionne directement les choix structurants, notamment en matière de flexibilité et de capacité d’adaptation des installations dans le temps. Elle implique l’intervention de plusieurs directions de l’entreprise et nécessite une approche méthodique, démarche dans laquelle un intégrateur comme Actemium peut apporter une réelle valeur ajoutée, en venant en appui des équipes pour éclairer les décisions dès l’amont : soit dans un cadre bipartite, en co-concevant la solution directement avec le client, soit dans un cadre tripartite, en articulation avec un cabinet de conseil lorsque celui-ci est mobilisé, afin de fiabiliser les arbitrages initiaux.
Un autre point clé réside dans le pragmatisme des décisions technologiques. La logistique est devenue un enjeu pour beaucoup d’entreprises, sans pour autant que celle-ci relève de leur activité principale. Elles découvrent cet univers à travers des salons ou des démonstrations, ce qui peut conduire à privilégier des solutions séduisantes sur le papier, mais parfois inadaptées aux contraintes réelles de leurs flux et organisation. L’enjeu est alors d’éviter de confondre innovation visible et pertinence opérationnelle.
Dans ce contexte, le rôle de l’intégrateur consiste à ramener la réflexion sur une analyse factuelle des besoins et des usages. L’exercice demande souvent pédagogie et discernement, car certains clients arrivent avec une idée déjà très arrêtée de la solution attendue. Il s’agit alors d’ouvrir le champ des possibles, sans imposer, afin d’aboutir à des choix réellement adaptés. Cette approche pragmatique doit également conduire à s’interroger sur le bon niveau de standardisation. Dans la majorité des cas, rester au plus proche des standards du marché constitue un choix pertinent, tant en matière de fiabilité que de coûts et de maintenabilité dans le temps. Il convient enfin d’accepter de ne pas tout automatiser. La règle de Pareto s’applique fréquemment : une part marginale des flux ne justifie pas nécessairement un développement spécifique et peut être traitée autrement, sans dégrader la performance globale. Le rôle de l’intégrateur consiste précisément à objectiver ces arbitrages.
Enfin, la gouvernance du projet constitue le dernier point d’attention majeur. Il est indispensable qu’un porteur soit clairement identifié côté client. Lorsque les responsabilités sont trop diluées, les prises de décision se complexifient, les arbitrages se multiplient et les délais s’allongent. À l’inverse, un pilotage clairement assumé, appuyé par une équipe structurée, facilite la conception comme la mise en œuvre et contribue directement à la réussite du projet.
Lecture complémentaire
Un autre article du dossier est consacré à Actemium Maintenance Airport Logistics, l’une des entreprises du réseau Actemium animé et coordonné par Uwe Klärner. L’interview de Laura Bauche, Responsable du développement commercial et de Rémy Spina, Chef d’entreprise apporte un éclairage complémentaire sur l’intégration de la maintenance par Actemium dès la conception des installations automatisées et ses impacts sur la performance dans la durée.
👉 Lire l'interview de Laura Bauche et Rémy Spina.
Quelles sont les étapes clés d’un projet ?
Un projet d’automatisation s’articule autour de grandes phases qu’il est essentiel de respecter : la conception, la contractualisation, la réalisation, la montée en charge et, enfin, l’exploitation. Chacune de ces étapes joue un rôle déterminant dans la réussite globale du projet.
La phase de conception constitue un socle essentiel. Fondée sur l’analyse des flux, des contraintes du site et des usages attendus, elle permet de définir un schéma directeur réaliste et d’opérer les principaux arbitrages. La rigueur apportée à cette phase conditionne la suite du projet.
La phase de contractualisation est particulièrement structurante. Elle permet de clarifier les rôles et les responsabilités de chaque partie, notamment à travers une définition précise des périmètres d’intervention. Cette clarification en amont est essentielle pour sécuriser la suite du projet et éviter les zones d’ambiguïté lors de la réalisation.
La phase de réalisation implique une coordination étroite entre l’ensemble des intervenants. Les interfaces avec le bâtiment, les énergies, les systèmes de sécurité ou encore l’IT doivent être anticipées et alignées, sous peine de générer des décalages de planning ou des ajustements coûteux en aval. Dans ce contexte, la qualité du pilotage côté client, comme côté intégrateur, est déterminante.
La montée en charge constitue souvent un moment critique. Elle nécessite des flux représentatifs, des équipes disponibles côté client et une communication fluide entre l’ensemble des parties prenantes. C’est également à ce stade que les organisations doivent être prêtes à évoluer, notamment lorsque le site passe d’un fonctionnement manuel à un environnement automatisé, avec des impacts forts en matière de méthodes de travail et de conduite du changement.
Enfin, les projets d’automatisation ne sont jamais totalement linéaires. Des aléas peuvent survenir, qu’ils soient liés au planning, aux interfaces ou à l’exploitation. Ce n’est pas leur apparition qui conditionne la réussite du projet, mais la capacité collective à les anticiper, à les traiter et à maintenir une logique partenariale orientée vers le résultat.
Comment s’assurer que la solution reste performante dans la durée ?
Un point clé réside dans le transfert entre l’équipe projet et les équipes d’exploitation. Une fois la mise en service réalisée, ce sont les équipes opérationnelles qui prennent le relais. Il est donc essentiel que les choix effectués, les logiques de fonctionnement et l’historique du projet soient correctement transmis, afin d’assurer la continuité des performances dans la durée. Cette logique de continuité implique d’intégrer très en amont les enjeux de maintenance, qu’Actemium propose d’adresser spécifiquement au travers d’Actemium Maintenance Airport Logistics, afin de garantir une prise en main rapide, une exploitation sécurisée et la pérennité des installations.
Au-delà de la maintenance, la performance durable repose sur un dialogue continu entre le client et l’intégrateur. Les flux évoluent, de nouveaux clients apparaissent, les exigences changent. Anticiper ces évolutions permet d’adapter la solution au fil du temps, parfois par de simples ajustements de pilotage, parfois par des évolutions plus structurelles.
Cette capacité à accompagner l’installation dans la durée suppose de conserver un lien actif, non seulement pour intervenir en cas de besoin, mais aussi pour analyser les usages, identifier les limites à venir et proposer des adaptations avant que les contraintes ne deviennent opérationnelles. C’est cette logique d’anticipation qui permet à une solution d’automatisation de rester pertinente et performante plusieurs années après sa mise en service.
Quels sont, selon vous, les principaux points différenciants d’Actemium sur ce type de projets ?
L’un des premiers éléments différenciants réside dans notre mode de pilotage des opérations. Chez Actemium, les responsables d’affaires interviennent à la fois sur la phase amont et sur la réalisation. Chaque opération est pilotée par un interlocuteur unique côté Actemium, ce qui garantit, pour le client, une totale lisibilité et une continuité forte entre la solution proposée et sa mise en œuvre.
En interne, ce responsable s’appuie sur le réseau pour mobiliser les compétences nécessaires en fonction des enjeux à traiter. Notre capacité à assembler des savoir-faire spécialisés tout en conservant une gouvernance claire constitue un atout majeur du modèle.
Le second point concerne notre capacité à adresser des projets de tailles très variées. Certains intégrateurs se positionnent uniquement sur des opérations très structurantes, tandis que d’autres privilégient des périmètres plus modestes. De notre côté, le réseau nous permet de couvrir un spectre très large.
Nous disposons d’entités dimensionnées pour traiter efficacement des projets intermédiaires, de l’ordre de quelques centaines de milliers à quelques millions d’euros, sans surdimensionner les équipes. À l’inverse, lorsque les opérations atteignent des montants beaucoup plus importants, plusieurs entités peuvent être mobilisées simultanément. Pour le client, cela reste totalement transparent, avec un interlocuteur unique, tandis que la complexité est gérée en interne.
Cette capacité d’adaptation, combinée à la spécialisation des compétences, constitue un véritable atout dans des contextes projets très variés.
A. BIANCO | FENWICK-LINDE P. TEISSIER | TGW U. KLÄRNER | ACTEMIUM F. ZIELINSKI | FIVES S. GELAS | MTKSA L. BAUCHE & R. SPINA | ACTEMIUM MAINTENANCE AIRPORT LOGISTICS M. MENANT | BLONDEL G. BLANC | MONSTOCK |

