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Dossier sur la collaboration dans la supply chain

INTERVIEW

‘‘La barrière du coût direct vis-à-vis des transporteurs doit être levée ’’ J.BOUR, DDS LOGISTICS


Jérôme BOUR, PDG de DDS LOGISTICSInterview de Jérôme BOUR, PDG de DDS LOGISTICS
Réalisée le 15/10/2019 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « Optimiser sa supply chain à travers la collaboration ».


Quels sont les principaux objectifs de la collaboration transport ?

La collaboration ne doit pas être vue comme un objectif en elle-même. Elle constitue plutôt un moyen permettant de mettre la supply chain au service de plusieurs enjeux :

  1. Fidéliser ses clients. C'est le premier sujet sur lequel la supply chain est perçue comme étant un levier fondamental. Avec l’essor du e-commerce, la livraison n'est plus considérée comme un mal nécessaire, mais fait désormais partie de la vitrine de l’entreprise vis-à-vis de ses clients.
  2. Réaliser la promesse formulée. L’enjeu est d’embarquer l’ensemble de ses partenaires pour éviter que la défaillance d’un maillon ne vienne pénaliser la performance globale de la chaine.
  3. Optimiser son efficacité et sa productivité. Il s’agit de donner les moyens à l'ensemble des acteurs des chaines de transport de réduire leurs charges administratives à travers l’automatisation des échanges.

Comment faire pour embarquer les transporteurs ?

Derrière le terme de transporteurs, on retrouve une grande hétérogénéité d’acteurs.

  Autres contributions

H. KERJEAN | AKANEA
‘‘S’assurer de la pertinence des données collectées ’’

M-L. EXBRAYAT | SIGMA
‘‘ Favoriser le partage de la donnée pour une supply chain collaborative’’

F.BAUDELIN | CHRYMELIE
‘‘ La Supply Chain dans l'entreprise est collaborative par définition   ’’

P.MARQUES | A-SIS
‘‘ Ne pas collaborer reviendrait à ne pas pérenniser son activité ’’

A.CAYETANO | S2PWEB et B2PWEB
‘‘ Maîtriser la donnée tel est l’enjeu des acteurs du transport et de la logistique ’’

G.VICOT | ZETES
‘‘ La collaboration pour sortir d’une logique de silos’’

La répartition classique des 80% / 20% s’applique parfaitement. Les 20% des transporteurs de grandes tailles qui opèrent 80% des flux sont déjà équipés de moyens informatiques conséquents : TMS, informatique embarquée, etc.

Inversement, les transporteurs qui n’ont que quelques camions disposent généralement de peu de moyens informatiques.

Il convient donc en premier lieu de s'adapter à la capacité de chacun et de proposer un large éventail de solutions : depuis la récupération de l'information dans les systèmes des transporteurs à travers des API ou l'EDI, jusqu’à la mise à disposition d’applications web collaboratives ou mobiles.

Ensuite, nous considérons que la mise en place de la solution ne doit rien coûter aux transporteurs. Désormais, la manipulation des données fait partie de la prestation qu'ils doivent opérer pour le compte de leurs donneurs d’ordre. S’ils doivent en plus contribuer financièrement à la mise à disposition de l’information à travers les moyens digitaux, ils seront logiquement beaucoup moins enclins à collaborer.

La barrière du coût direct vis-à-vis des transporteurs doit donc à mon sens être levée.

Nous considérons d’ailleurs que c'est au moment des appels d'offres annuels que le contrat de service doit être clairement établi sur ce qui leur sera demandé en termes de manipulation de données et de leur mise à disposition à travers les moyens adéquats. C’est en effet le meilleur moment pour que les transporteurs construisent leur prix en connaissance de cause et ne se retrouvent pas en difficulté en cours de contrat parce qu’ils n’avaient pas prévu la charge associée aux tâches à réaliser.

Bien entendu la gestion du changement est également nécessaire, en particulier sur le volet formation.

Au-delà des aspects techniques et financiers, certains de nos clients jouent la carte de l'émulation. Ils rassemblent tous leurs transporteurs dans une même salle. Ainsi, chacun mesure l’importance de faire preuve de bonne volonté.

D’autres commencent par apporter un soin particulier à leurs transporteurs les plus récalcitrants. Une fois ces derniers embarqués, leurs confrères sont plus enclins à franchir le pas.




En quoi la collaboration transport contribue-t-elle à fidéliser ses clients ?

Le transport devient un élément de différenciation pour certains chargeurs. D’autres ont désormais bien intégré que ne pas fournir des livraisons de qualité à ses clients pouvait être extrêmement pénalisant en termes de développement commercial.

Ainsi, depuis le début de l'année, nous avons travaillé sur plusieurs dossiers pour lesquels c’est bel et bien la direction du service client qui était sponsor du projet.

D’ailleurs, une plateforme collaborative ou un TMS collaboratif ont également une vertu très importante vis-à-vis de l’offre transport des entreprises. Ils leur permettent de connaitre le véritable coût de livraison par client et contribuent ainsi à la segmentation des offres commerciales.


Ces enjeux de collaboration transport concernent-ils également les flux amont de l’entreprise ?

En effet. Quand on parle d’embarquer les transporteurs, on pense en premier lieu aux prestataires qu'on utilise. Néanmoins, un certain nombre d’organisations ont pris conscience que le niveau de service que leurs clients attendent de leur part peut également être reporté sur leurs propres fournisseurs.

La problématique tient ici au fait que la marchandise est généralement achetée rendu. Autrement dit, ce sont les fournisseurs qui s'occupent du transport. L’enjeu est important, car les fournisseurs et les transporteurs utilisés peuvent être de toute taille, en grande majorité non équipés de TMS donc sans réelle capacité à maîtriser ce qu'ils expédient. Du coup, la somme des approximations se traduit pour l’entreprise par des ruptures, des retards ou au contraire des livraisons en avance et plus globalement par une désorganisation des quais de réception.

Les donneurs d’ordre ont donc également tout intérêt à s'occuper de ce qui se passe avec les fournisseurs pour maîtriser ces flux de transport amont.


Quels enjeux retrouve-t-on à l’international ?

La problématique que je viens d’évoquer est exacerbée à l'international du fait de la démultiplication du nombre d’intervenants.

À l'import, les entreprises achètent généralement FOB, c’est-à-dire qu’elles vont organiser le transport du port de départ jusqu'à leurs propres plateformes.

À l’export, nombre d’entreprises, en particulier sur des flux de produits qui ont une certaine valeur, vendent "rendu au port d'arrivée". De tels flux imposent un premier transport routier pour approcher le port ou l’aéroport de départ avant que le transport principal ne soit effectué en aérien ou en maritime. Il y a également des opérations douanières à réaliser.

Le nombre d’acteurs à coordonner est donc plus important.

Complexité complémentaire, les échanges d’information à l’international sont largement moins normalisés que dans le routier, mode dans lequel les EDI permettent de collaborer avec les transporteurs, de leur communiquer son portefeuille d'ordres de transport, d’avoir de la traçabilité, y compris de la géolocalisation, etc.

Néanmoins, sur l’international, un certain nombre de hubs d'information existent.  Les systèmes portuaires commencent à s'ouvrir, des plateformes comme INTTRA fédèrent les compagnies maritimes. Le même type d’organisation existe également pour les compagnies aériennes.

Sur le transport maritime, le problème du flux de facturation manuel nous est régulièrement remonté par nos clients. Nous avons donc souhaité créer une offre répondant à cette problématique. L'idée est de fournir un service de collaboration avec les compagnies maritimes pour recevoir en direct de manière dématérialisée les éléments de facturation et ensuite les traiter de manière automatique dans le TMS qui a déjà l'ensemble des éléments de coût prévus.

Nous avons rajouté cette brique dans nos différentes solutions de collaboration.


Quelles sont les problématiques sécuritaires en rapport avec la collaboration ?

Le sujet peut être considéré sous deux angles.

D’abord, il y a aujourd'hui une attente de plus en plus forte autour de la sécurisation informatique. Des solutions de TMS et de plateformes collaboratives sont par essence ouvertes sur l'extérieur et sont en tant que tel forcément plus risquées.

L’information traitée a de la valeur. Des personnes mal intentionnées peuvent bien sûr être fortement intéressées par des informations sur les cargaisons. Le cas classique est celui du transporteur qui se présente pour enlever vos marchandises, mais qui n'est pas celui que vous attendiez. Le risque est de charger obligeamment la remorque du voleur.

Aujourd’hui, un éditeur ne travaille pas sur un dossier sans être « passé entre les mains » du directeur sécurité de son prospect. Ce n'était pas le cas il y a encore deux ans.

En B2B, les acteurs sont en permanence attaqués par des robots informatiques qui cherchent les failles dans le système. Quand une porte est ouverte, ils la trouvent et ils rentrent. Cette pression ne devrait faire qu'augmenter dans les prochaines années.

Ensuite se pose le sujet de la compliance. Les entreprises prennent conscience qu'il y a un enjeu sur la donnée en elle-même. La collaboration permet d'avoir accès à des données concernées par la RGPD (numéros de portable, e-mails, etc.).

Il faut faire attention et savoir où positionner le curseur, capturer ce dont on a besoin, mais pas plus, le traiter dans les règles définies, archiver et crypter les informations et pouvoir les supprimer à la demande d'un individu.

Les chargeurs sont en fait potentiellement confrontés à un risque de transfert de responsabilité qui constitue finalement une des limites des approches de visibilité.

Savoir en permanence où se trouve le camion de son transporteur alors que l’entreprise ne lui a confié qu'un lot partiel expose l’entreprise. Par exemple si le chauffeur a un accident alors qu'il roulait depuis deux heures à 120 kms / h sur une route nationale.

Le chargeur confie un ordre de mission à réaliser dans le cadre du respect de la législation. Il convient de ne pas se retrouver de fait en position de contrôle du travail de ses prestataires.


Quelles solutions en rapport avec la collaboration proposez-vous ?

La collaboration est un élément qui est partie prenante de l'ensemble de nos solutions.

Nous considérons nos plateformes comme des plateformes de digitalisation de la supply chain, celle-ci englobant des éléments de relation avec son écosystème : clients, fournisseurs, transporteurs, etc.

Nous sommes aussi bien en mesure d’adresser des problématiques complètes à travers un TMS (planification, affrètement, traçabilité, gestion des coûts, etc.) que des besoins de visibilité sur ce que les entreprises reçoivent ou expédient à travers Join2Ship, la solution permettant de collecter les informations de l’ensemble des fournisseurs et transporteurs à un endroit unique. Des services additionnels autour de la prise de rendez-vous peuvent par ailleurs être ajoutés.  


DDS Logistics s’apprête à sortir une nouvelle application mobile, de quoi s’agit-il ?

Je vous le disais à l’instant, nous commençons à voir arriver des dossiers pour lesquels le sponsor n'est plus la Direction Supply Chain, mais la direction service clients.

L'information sur le déroulement de la livraison commence en effet à intéresser d’autres services que la logistique et le transport chez nos clients.

C’est la raison pour laquelle nous avons développé l’application mobile Live. Elle permet de mettre à disposition cette information à des collaborateurs qui ne disposent pas d’un accès permanent au TMS ou aux tableaux de bord logistiques. Je pense à la qualité, aux commerciaux, aux acheteurs, aux managers, etc.

En fait tous les collaborateurs qui sollicitent régulièrement le service transport.

Avec DDS Live, une information adaptée en fonction de leur propre périmètre d'activité avec un mode push est mise à leur disposition. Ils peuvent s’abonner sur des alertes et être informés du déroulement d’une commande critique, de l’utilisation de la capacité d’expédition quotidienne, etc.

On touche là à une collaboration plus interne qui est un sujet qui est encore un peu négligé.


Bio Express

Jérôme BOUR a pris la Direction de DDS Logistics en 2000. Il a auparavant occupé les postes de Directeur Informatique du Groupe DAHER, de Responsable de l’organisation et des systèmes opérationnels chez DHL et de Consultant chez Ernst & Young.

Site Internet de DDS Logistics : www.ddslogistics.com


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