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‘‘ Ne pas compromettre le traitement des volumes futurs par l’adoption de solutions trop figées’’


Patrice HENRION, DG de BOA CONCEPT.

Patrice HENRION, DG de BOA CONCEPT.


Interview réalisée le lundi 1er mars 2021 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « L’entrepôt agile ».


Ces derniers mois l’activité des entrepôts s’est vue fortement impactée…

C’est le moins qu’on puisse dire. Durant la dernière année, les volumes d’échanges en ligne ont explosé.

Certains modes de distribution ont en particulier connu un développement important.

Je pense au Click & Collect et aux modes de mise à disposition des produits permettant de minimiser le contact avec les livreurs.

Si la période que nous traversons est anxiogène, les entreprises ont appris à « vivre avec ».

Elles ont dû et doivent mettre de la flexibilité dans leurs entrepôts afin de répondre à la croissance et à la variabilité des flux.

C’est ainsi que nombreux sont désormais les entrepôts susceptibles de passer à l’automatisation.

Le sujet n’est plus réservé aux seuls grands acteurs du e-commerce.

C'est, je pense, une tendance durable dans la mesure où le développement de l'omnicanalité et la digitalisation de la logistique s’apparentent plus à une accélération qu’à une rupture.

La crise sanitaire a en fait accéléré cette tendance et encouragé les entreprises à investir dans leur supply chain.



Cette nouvelle éligibilité à l’automatisation concerne-t-elle en priorité les entrepôts gérant des flux B2C ?

Les frontières entre B2B et B2C sont désormais ténues. Historiquement le B2B consommait de la palette complète avec des approvisionnements à cadence régulière hebdomadaire ou mensuelle. C'est aujourd’hui fini.

Si à l’international, l’écart demeure du fait d’impacts transport bien supérieurs, au niveau domestique, le comportement du B2B se rapproche de plus en plus du B2C : le nombre de lignes par commande baisse, la fréquence des livraisons augmente, etc.

Il est fréquent qu’un client qui il y a quelques années commandait une palette complète tous les 15 jours passe désormais plusieurs commandes au cours de la même journée. Le réassort se fait en flux tendus.

Les impacts sur les entrepôts sont majeurs. Historiquement, selon qu’ils étaient destinés à traiter des flux B2B ou B2C, ils étaient conçus différemment.

Ils doivent désormais être en mesure de gérer les deux types de flux. L’objectif est de mutualiser les investissements en optant pour des systèmes qui permettent de traiter des problématiques qui finalement ont tendance à se rapprocher.

L’agilité de l’entrepôt se mesure également dans sa capacité à fournir le service attendu à un instant T sans pour autant compromettre le traitement des volumes futurs par l’adoption de solutions trop figées.

Nos clients n'ont plus la possibilité de se projeter sur un volume à 24 ou à 36 mois. Les business plan qui permettaient de faire des investissements adossés à des prévisions de croissance de volume à 4 - 5 ans avec des ROI très simples à calculer n’existent plus.

Les données entrantes dans nos métiers ont tendance à changer tous les 3 mois. La question n’est plus : « Vais-je faire le bon investissement ? » ou « Suis-je en train de prendre les bonnes options ? », mais plutôt : « Serai-je en capacité de faire évoluer facilement et rapidement ma configuration avec un impact financier maitrisé ? ».

Pour répondre à cette problématique, Boa Concept propose un système automatisé disposant d’une intelligence embarquée. Composé de modules unitaires, il permet de s'adapter aux niveaux de flux et aux process des entrepôts. La modularité est en quelque sorte dans l’ADN de notre société.


L’agilité concerne-t-elle également la façon de « consommer l’automatisation » ?

Nous croyons fortement à l’économie d’usage, à la facturation en fonction de l’utilisation des installations.

On peut très bien imaginer que dans nos mondes de transitique et d'automatisation la question ne soit plus le montant de l’automatisation, mais le coût unitaire de chaque charge ainsi traitée.

Je pense qu’il est pertinent de passer d’une logique d’investissement à une logique de variabilisation des coûts et de retour sur coût d'exploitation, un peu comme c’est aujourd’hui le cas avec les consommables.

C'est une logique que je trouve assez saine dans l'agilité des entrepôts.

C’est dans cette optique que nous avons lancé il y a 4 ans notre offre locative Conveyor As A Service (CAAS®).


Vous venez d’annoncer le lancement de Fast Track…

Boa Fast Track va permettre de fortement accélérer les implémentations. Le principe a été de prendre le meilleur de notre technologie (modules classiques Boa Concept pluggés) et d’aller au bout de la logique d’industrialisation.

Certaines problématiques sont in fine communes à 90% de nos clients. Nous avons verrouillé les aspects process, taille et fonctionnalité pour proposer une solution clé en main déployable en 15 jours. Celle-ci est en mesure d’assurer le packing, la pesée, l’étiquetage, le tri etc.

Nous sommes en mesure de pré-produire les modules, le système Boa Concept intégrant dans sa conception paramétrages, intelligence et câblages.

La solution adressera en particulier les nouveaux acteurs éligibles à l’automatisation que j’évoquais en début d’entretien.

Il ne faut pas perdre de vue que la majorité des entrepôts français n’est pas automatisée. Les barrières à l’entrée en termes de niveau d’investissement et les délais de mise en œuvre étaient jusqu’à présent les points bloquants pour beaucoup d’entreprises.

Ces solutions vont permettre de lever cette barrière et d'offrir à ces entrepôts la possibilité d’installations clé en main, beaucoup plus faciles et rapides à implémenter. Elles seront également adossables au modèle locatif que je viens d’évoquer.

Nos technologies permettent également de mieux appréhender les interactions entre l’informatique du client et nos systèmes. Cet aspect était anxiogène voire bloquant pour certains dans le cadre de premiers projets d’automatisation. Nos systèmes embarqués permettent un interfaçage aisé et surtout possible quel que soit l’environnement informatique du client.


Comment exploitez-vous les données collectées sur vos installations ?

Nous sommes en mesure de collecter les données sur nos lignes et de remonter l’information à nos clients dans une optique de monitoring. L'information peut être restituée sous forme de tableaux de bord.
Sachant que nous sommes également à même de piloter les machines tierces, cette restitution est un véritable plus chez de nombreux acteurs qui n’étaient pas dotés de couches de supervision jusque-là.

Les données collectées sont en outre utiles dans une perspective de maintenance. Nous sommes en effet capables de remonter les incidents sur nos lignes directement à notre service hotline, par la génération d’e-mail automatique, pour anticiper une éventuelle panne sur un élément.

Mais cela va plus loin. Nous sommes en effet en mesure de réagir en temps réel pour adapter au mieux les lancements des commandes en équilibrant les gares et les zones de préparation. Les vagues ne sont ainsi pas lancées à l’aveugle. Elles prennent en compte la réalité opérationnelle de l’entrepôt.

Les approches théoriques pouvaient fonctionner quand les volumes étaient moindres. Ce n’est plus cas, il est important de pouvoir vérifier si tout se passe réellement comme convenu. En cas de problème (manquants, goulets d’étranglement, etc.), il faut pouvoir réagir pour y remédier, par exemple réadapter les positions d'emplacement, multiplier les références, etc.

C’est particulièrement utile dans le contexte actuel de volatilité des flux. Si vous faites une erreur et que vous ne réagissez pas grâce au retour terrain, le risque est in fine d’empiler les retards.

Cette réactivité vis-à-vis de la réalité opérationnelle implique de faire passer la relation WMS/WCS d’un mode "maitre-esclave" à un mode plus collaboratif permettant de mieux interagir avec les data. Les fournisseurs de solutions ne peuvent en effet plus raisonner en mode cloisonné s’ils veulent construire une chaine de valeur plus complète pour le client. Les interactions entre les différents systèmes doivent être pensées dans une logique de fonctionnement global, orientée utilisateur. C’est tout le sens de la logique d’intégration technologique.


Bio Express

Patrice HENRION a rejoint Boa Concept en 2018 en tant que Directeur du Développement. Il accède à la Direction Générale de l’entreprise en 2020.

Avant d’intégrer Boa Concept, il était en charge de la Direction Commerciale de Locam. Il dispose à ce titre d’une grande expertise dans les domaines du financement des ventes et dans l'accompagnement des entreprises dans la transformation vers l'économie d'usage.

Il avait auparavant évolué dans les secteurs de la Grande distribution et de la Banque.

Site internet de Boa Concept : https://www.boa-concept.com/


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  L'entrepôt Agile

J-P. GAUTIER | ACSEP
‘‘ Seuls les entrepôts agiles réussissent à tirer leur épingle du jeu ’’

L. COCHET | AUTOSTORE
‘‘ Planifier et redéployer les ressources pour des mois, semaines et journées qui ne se ressemblent pas ’’

I. BADOC | GENERIX
‘‘L’agilité de l’entrepôt est clé dans le respect de la promesse client ’’

L. UVO | UVOTEC
‘‘ Dans les centres de tri, l’automatisation est encore limitée ’’

L. GOURDON | SSI SCHÄFER
‘‘ Pouvoir automatiquement basculer d’un mode de préparation à l’autre’’

L. KRAFFMULLER | KUEHNE+NAGEL
‘‘ L’humain est un point clé de l’entrepôt agile ’’