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‘‘ Dans le transport, il faut désormais apporter la preuve de ce que l'on avance ’’
C. LEININGER, B2P


Christophe Leininger, DSI chez B2P

Christophe Leininger, DSI chez B2P.


Entretien réalisé le mercredi 15 juillet 2026 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier : « Transport : comment reprendre la main sur sa data ? ».

Les entreprises de transport n'ont jamais produit autant de données. Pourtant, ces informations restent souvent dispersées dans des systèmes qui communiquent difficilement entre eux. Pour Christophe Leininger, DSI de B2P, le véritable enjeu n'est donc pas d'accumuler davantage de données, mais de favoriser leur circulation grâce à des standards communs. Une évolution devenue indispensable pour améliorer la performance opérationnelle, faciliter le déploiement de l'eCMR et renforcer la confiance dans les échanges.


Quel est, selon vous, le principal obstacle à une exploitation efficace des données transport ?

La principale difficulté réside dans l'absence d'un langage commun entre les différents systèmes d'information.

Cette situation s'explique à la fois par le manque historique de standards partagés et par le développement de nombreux écosystèmes propriétaires qui ont longtemps limité l'interopérabilité entre les solutions.

Résultat, les données transport sont aujourd'hui produites par une multitude d'acteurs – chargeurs, transporteurs, TMS, ERP, WMS, plateformes collaboratives – qui utilisent chacun leurs propres formats et référentiels.

Le problème ne réside donc pas dans le volume de données disponible, mais dans la capacité des différents systèmes à échanger et exploiter ces données de manière cohérente. C'est à cette condition qu'une donnée peut être comprise et réutilisée tout au long de la chaîne de transport.




Quelles conséquences cette absence de langage commun a-t-elle sur les opérations de transport ?

Lorsque les informations circulent mal, les entreprises multiplient les ressaisies, les conversions de formats et les contrôles manuels. Chaque échange devient une source potentielle d'erreur et mobilise du temps qui pourrait être consacré au pilotage des opérations.

Mais l'impact ne se limite pas à cette perte d'efficacité. Une donnée qui n'est pas transmise ou comprise au bon moment peut conduire à refuser une demande client, à laisser repartir un véhicule à vide ou à manquer une opportunité d'optimisation. Si ces coûts restent souvent invisibles, ils pèsent directement sur la compétitivité des entreprises.

Plus largement, une donnée fragmentée et insuffisamment fiabilisée empêche également les entreprises de démontrer leurs performances. Il devient alors difficile de répondre à des appels d'offres exigeant un reporting CO₂ auditable, de s'engager sur des niveaux de service ou encore d'apporter les preuves nécessaires en cas de contrôle ou de litige.

À mesure que les exigences réglementaires et environnementales se renforcent, la capacité à produire une donnée fiable et opposable devient un véritable facteur de différenciation. Une entreprise qui ne peut pas démontrer ce qu'elle avance risque de se voir écartée de certains marchés, indépendamment de ses performances réelles.


Les entreprises ont-elles intérêt à centraliser toutes leurs données transport dans une application unique ?

À première vue, cette approche peut sembler séduisante. Elle revient pourtant à créer un « super silo » de données. Or les entreprises continueront à utiliser plusieurs applications spécialisées (ERP, TMS, WMS, solutions métier, outils des transporteurs...). L'enjeu est donc de permettre à ces applications de communiquer entre elles, grâce à des standards d'échange communs.

Cette interopérabilité repose sur un principe simple : la donnée doit être produite une seule fois, à la source, par l'acteur qui la détient réellement. Ainsi, on limite les ressaisies, qui constituent autant de sources potentielles d'erreur.

Une telle approche conduit également à privilégier les standards plutôt que les développements spécifiques. Des connecteurs restent parfois nécessaires, mais, chaque fois que cela est possible, il est préférable de s’appuyer sur les standards du marché, car ils rendent les intégrations plus robustes, plus évolutives et moins dépendantes des changements d'outils.


Comment B2P contribue-t-il à la construction d'un écosystème interopérable ?

L'interopérabilité ne se décrète pas. Elle suppose que l'ensemble des acteurs partage les mêmes règles d'échange et les mêmes référentiels. C'est pourquoi nous participons activement à plusieurs travaux de normalisation, notamment au sein de GS1 sur la sémantique des données, de la DGITM dans le cadre de la mise en œuvre nationale d'eFTI, ainsi qu'aux travaux de l'UNECE consacrés à la digitalisation des échanges de transport. Nous suivons également les initiatives portées par l'IRU et l'Open Logistics Foundation afin de contribuer à l'émergence de standards communs.

À nos yeux, le travail d'intégration et la participation aux travaux de normalisation sont indissociables. On ne peut pas favoriser durablement l'interopérabilité sans contribuer à définir le langage commun qui permettra aux différents systèmes de communiquer entre eux. C'est pourquoi il est essentiel que les différentes initiatives autour de l'eCMR convergent afin de préserver l'interopérabilité de l'ensemble du secteur.


En quoi la généralisation de l'eCMR représente-t-elle une opportunité ?

L'eCMR va au-delà du remplacement d'un document papier par un document électronique. Son véritable intérêt réside dans la possibilité de garantir l'identité du signataire, l'intégrité des informations et la traçabilité des différentes étapes du document. Une donnée de transport ne présente de valeur que si l'on peut démontrer qui l'a produite et garantir qu'elle n'a pas été modifiée.

C'est précisément pour répondre à ces enjeux que B2P s'appuie sur des partenaires spécialisés dans l'identité numérique, la signature électronique et l'intégrité des documents.

L'eCMR transforme ainsi un simple document numérique en une véritable donnée de confiance. Au-delà de cette évolution, il apporte également plusieurs bénéfices très concrets aux entreprises. Les gains financiers qui lui sont souvent attribués doivent toutefois être interprétés avec prudence. Les économies annoncées varient fortement selon les études, tout simplement parce qu'elles ne prennent pas toutes en compte les mêmes postes de coûts.

Plusieurs bénéfices sont néanmoins incontestables.

Le premier concerne la disparition de certains délais administratifs. Avec une lettre de voiture papier, plusieurs semaines peuvent parfois s'écouler avant que le document signé ne revienne au transporteur. La facturation est alors retardée d'autant. Avec l'eCMR, le justificatif est disponible immédiatement après la livraison, ce qui permet d'accélérer le cycle de facturation et d'améliorer la trésorerie.

Le deuxième est une meilleure traçabilité des échanges. Les différents événements du transport sont enregistrés au fil de l'eau, ce qui facilite le suivi des opérations et limite les contestations.

Enfin, le troisième bénéfice est sans doute le plus déterminant à long terme : la capacité à apporter la preuve. Pouvoir démontrer qu'une réserve a bien été formulée, justifier un calcul d'émissions de CO₂ ou produire rapidement les éléments demandés lors d'un contrôle devient un avantage concurrentiel de plus en plus important.


Quels seront, selon vous, les principaux enjeux autour de la donnée transport dans les années à venir ?

Au-delà de la qualité et de l'interopérabilité des données, les entreprises devront également conserver la maîtrise de leurs informations et de leur utilisation. C'est dans cette logique que B2P est certifiée ISO 27001, héberge ses infrastructures en France et applique une politique stricte concernant l'utilisation des données de ses clients dans les traitements d'intelligence artificielle. Ces dernières leur appartiennent et n'ont pas vocation à être réutilisées pour entraîner des modèles externes.

Cela n'exclut toutefois pas d'explorer de nouveaux usages fondés sur des données anonymisées dans des environnements maîtrisés afin de développer des services apportant directement de la valeur aux entreprises qui les produisent. C'est notamment le principe de la fonctionnalité Optim de B2pweb qui exploite les données transport pour identifier des opportunités de réduction des kilomètres parcourus à vide. Cette approche a d’ailleurs été reconnue par la Solar Impulse Foundation, qui a labellisé la solution pour ses bénéfices à la fois économiques et environnementaux.


Bio Express

Christophe Leininger est Directeur des Systèmes d'Information de la société B2P, qu'il a rejointe en février 2006, à la création de la bourse de fret. Responsable des équipes de développement, de l'administration système et du support de niveau 2, il pilote également la sécurité des systèmes d'information et le management de la sécurité de l'information. Il encadre à ce titre une trentaine de collaborateurs.

Fort de près de vingt ans d'expérience dans la digitalisation du transport et de la logistique, il accompagne les évolutions technologiques de B2P et contribue au développement de solutions numériques répondant aux enjeux de performance, d'interopérabilité et de sécurisation des échanges de données.

Site web de Gedmouv : https://www.gedmouv.com


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