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« Quelles innovations supply chain en 2020 ? »

INTERVIEW

‘‘L’accès à des systèmes automatisés dans l’entrepôt va continuer à se démocratiser ’’ P.HENRION, BOA CONCEPT


Patrice HENRION, Directeur Général de Boa ConceptInterview de Patrice HENRION, Directeur Général de Boa Concept.
Réalisée le 15/01/2020 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « Quelles innovations supply chain en 2020 ? »


Revenons sur les années 2010, qu’est-ce qui a marqué la dernière décennie, logistiquement parlant ?

En 10 ans, les volumes à traiter en entrepôt ont été multipliés par 8. Les acteurs de la logistique ont su mettre en œuvre de réelles innovations pour absorber de nouveaux flux et ainsi contribuer au développement de nouveaux modes de consommation. Cette évolution extrêmement rapide doit nous rendre très optimiste quant à la capacité d’adaptation de notre secteur.

  Autres contributions

J. BOUR | DDS LOGISTICS
‘‘ Nous avons souhaité faire émerger de nouveaux sujets à travers notre incubateur   ’’

F.BIESBROUCK | BK SYSTÈMES
‘‘ Nous travaillons sur l'innovation de manière très pragmatique ’’

G. DWARIKA | GEFCO
‘‘ Dans l’entrepôt du futur, les flux seront plus fluides et sereins ’’

Cela a impliqué de repenser les modèles et les process. De nouveaux outils permettant de maximiser les flux et les capacités des entrepôts ont également dû être adoptés.

Nombre de sujets ont ainsi été tirés. Je pense en particulier à la robotisation, à l'automatisation et à la digitalisation.

Le secteur est ainsi passé d’entrepôts dont la mécanisation était relativement traditionnelle à l’exploration de multiples sujets d’automatisation : robots autonomes, stockage vertical, convoyage intelligent, etc.

La réponse a également été digitale. La supply chain est désormais entrée dans l'ère de la data. Les entrepôts et les équipements qu’ils intègrent sont aujourd’hui bardés de capteurs et sont donc en mesure de générer des masses d’informations pour gagner en efficacité, en productivité et en intelligence.

En synthèse, la logistique a su se réinventer comme peu de secteur ont su le faire dans un laps de temps aussi court.




À quoi ressemblera selon vous l’entrepôt dans une dizaine d'années ?

Je formulerai le sujet différemment : « que vont attendre nos clients dans la prochaine décennie » ou « comment vont évoluer les modes de consommation ».

Je ne crois pas qu'on s'achemine vers un modèle unique d'entrepôt, porté par le toujours plus : toujours plus grand, toujours plus rapide.

Au même titre qu'il n'y aura pas un seul mode de consommation ou de comportements d’achats, les réponses logistiques seront diverses pour coller au plus près des besoins clients.

Je pense ainsi que des modèles fondamentalement différents cohabiteront. À côté « d’entrepôts mastodontes » périurbains, se développeront des entrepôts de taille plus modeste, extrêmement urbains.

Les premiers seront capables d'absorber des volumes gigantesques et de gérer des flux internationaux et domestiques longue distance. Il s’agira de hubs multi-supports, multimodaux voire multi entreprises.

Les seconds seront donc plus proches des points de consommation et de plus petite dimension dans la mesure où ils seront confrontés à une pression foncière plus forte. Certains devraient même être 100% autonomes.

Les entrepôts apporteront également une réponse logistique aux préoccupations RSE des entreprises et aux enjeux environnementaux. Les attentes seront notamment toujours plus fortes en termes d’économie circulaire, de capacité à réutiliser des matériaux, de limiter l'empreinte carbone de l’entrepôt, etc.

Les professionnels de l'immobilier logistique en particulier travaillent sur l’élaboration de plateformes autonomes en énergie et plus largement, la grande majorité des acteurs du secteur intègrent la notion de responsabilité sociétale dans leurs activités.

Au sein même de l'entrepôt, il s’agira aussi de toujours mieux optimiser l'espace, en particulier au travers de solutions de stockage grande hauteur.

Il sera également nécessaire de travailler sur la taille des colis dans l’objectif de limiter au maximum le vide. Bref, il s’agira de proposer des contenants les plus adaptés possible aux produits.

Ensuite, la collecte et l’exploitation de la data permettront de mieux coller aux modèles de consommation et de prévoir les besoins d'approvisionnement. En amont de notre activité, par des modèles de consommation prédictive, au sein même de l’entrepôt par l’exploitation des données rendues accessibles par les technologies embarquées ; et de façon plus générale, autour des sujets de traçabilité des produits.


Pouvez-vous développer ce point ?

Les consommateurs sont désormais habitués à suivre les colis depuis le moment où ils passent leur commande jusqu’au moment où ils la réceptionnent.

Aller vers une traçabilité plus fine permettra de toujours mieux adresser la demande d'informations des clients qu'ils soient professionnels ou particuliers.

Ensuite, la traçabilité contribuera à mon sens à répondre à l’exigence des consommateurs qui souhaitent mieux maitriser leur mode de consommation. Demain, on peut imaginer que la distance parcourue par un produit devienne un critère de décision dans l’acte d’achat. La traçabilité peut en effet valider la disponibilité au moment de la commande et inciter à privilégier des circuits courts à l’instar de ce qui existe aujourd’hui dans l’alimentation ou l'artisanat.


Peut-on imaginer que dans les prochaines années l’ensemble des solutions dans l’entrepôt soit fourni par des acteurs uniques ?

L’expérience des dernières années démontrent que le rythme des évolutions fait émerger de nouvelles technologies et de nouveaux métiers.

Je pense qu’aucun acteur ne peut se targuer d’être omniscient sur l'intégralité des domaines et de disposer de tous les savoir-faire dans la mesure où ils sont extrêmement nombreux et techniques et qu'il en apparait de nouveaux régulièrement.

Je crois au contraire que les acteurs se retrouveront davantage autour d'un écosystème qui apprendra à travailler ensemble, à être efficace à plusieurs. La capacité que vont développer les entreprises à collaborer sera sans doute un gage de leur performance dans les dix prochaines années.


Comment vont évoluer les besoins en ressources humaines dans les entrepôts ?

Un entrepôt 4.0 ne s'exploitera pas de la même façon qu'un entrepôt du début des années 2010.

La logistique est globalement un marché que nous nous devons de rendre attractif, car il aura un besoin croissant de nouveaux talents.

Nous souffrons toujours d’une vision du travail dans les entrepôts qui n'est plus juste aujourd'hui. Il y a une grande distorsion entre la perception qu'ont les gens de nos métiers et les profils dont ont besoin les entreprises.

Il convient donc de travailler collectivement sur l'attractivité du secteur pour permettre d’attirer des profils pointus. Je pense à des talents en mesure de penser les nouveaux modes de fonctionnement, mais également d'utiliser les technologies d'automatisation et de digitalisation qui seront à disposition des entrepôts.

Nous aurons ainsi de plus en plus besoin d’informaticiens, de développeurs, de personnes sachant traiter de la data. Demain, il existera des postes de Data Scientists en entrepôt, des collaborateurs qui exploiteront au jour le jour les informations générées par l'entrepôt pour être capable d’absorber des augmentations de flux, d'accepter de nouveaux clients, d’anticiper des productions, de faire de la préparation prédictive, etc.

Ce sont donc de nouvelles typologies de profils qu’il s’agira d’attirer.


Quelle place occupe l’innovation chez Boa Concept ?

L’innovation de rupture a été portée dès la création de l'entreprise à travers la commercialisation du convoyeur Plug-and-Carry®, solution se dédouanant des automates, des réseaux de câblage. Notre technologie a ouvert deux voies de développement majeures.

Tout d’abord, elle a permis de démocratiser l’accès à l’automatisation de l’entrepôt grâce à une technologie « user friendly ». Sans expertise sur site, nos clients accèdent à des systèmes performants, avec une maintenance extrêmement légère. Cette approche nous a permis de créer de nouveaux marchés.

Ensuite, nous avons apporté une réponse « rassurante » au marché : rapidité d’installation grâce à un système précablé en atelier, facilité de reconfiguration ou d’évolution des installations, système de pilotage embarqué extrêmement souple et interfaçable avec tous les environnement clients … sont autant d’arguments qui facilitent la prise de décision et permettent d’avoir une démarche rassurante dans un environnement très changeant.

Nous avons fait évoluer notre concept de manière incrémentale en l’optimisant et en élargissant son périmètre fonctionnel. Nous sommes aujourd’hui en capacité d’apporter des réponses efficaces sur de nombreuses problématiques de l’intralogistique : du décamionnage au tri, en passant par la préparation de commande.

Si le convoyeur Plug-and-Carry® reste l’ADN de l’entreprise et matérialise l’innovation portée par la société, les réponses que nous apportons aujourd’hui dépassent systématiquement le « simple » cadre du convoyage automatisé.


Justement, quelles sont les nouveautés que vous proposerez au marché dans les prochains mois ?

Aujourd'hui, Boa Concept se positionne avec des solutions avant-gardistes en termes de pilotage, de transitique et de systèmes autonomes avec intelligence décentralisée. Ce que nous cherchons à amener chez nos clients c'est une grande souplesse et la capacité à s'équiper, quel que soit le contexte de l'entreprise en offrant une bonne visibilité des montants d'investissement, du phasage de projet, etc.

Notre objectif est de rendre accessibles l'automatisation et la mécanisation à tout type d'entreprises grâce à un système extrêmement modulaire qui permet d'adapter la capacité de production de l'entrepôt à son contexte, à son marché ou à son volume.

Comme je l’indiquais, le convoyeur intelligent restera l'ADN de l'entreprise. Les gammes que nous développons aujourd'hui sont exactement dans la même philosophie.

Nous allons ainsi annoncer sur SITL au mois de mars de nouvelles gammes orientées goods to man pour lesquelles nous disposons déjà de premières références. Ces goods to man – où le fait de ramener un bien au plus près de l’opérateur - apporteront une solution différente, plus modulaire et plus agile.

La logique est finalement la même que celle que nous avons adoptée quand nous avons lancé notre convoyeur modulaire. Nous prenons le contrepied de l’offre actuelle. Notre manière de répondre à la problématique est différente de celle de nos confrères. Nous souhaitons démocratiser cette technologie.

Nous continuerons également à développer le volet collaboratif interentreprises. Nous cherchons à construire pour nos clients des solutions pointues en se basant sur notre écosystème. Nous avons par exemple commercialisé en 2019 des premiers robots autonomes en parallèle de nos lignes lorsque le flux ne se prêtait pas au convoyage.

Nous croyons beaucoup à cette logique de coopération. Nous ne cherchons pas à internaliser le savoir-faire, mais plutôt à proposer la bonne réponse pour offrir une solution globale.

En 2020, Nous poursuivrons nos investissements avec la même philosophie : capitaliser sur notre système de convoyage innovant pour créer des systèmes complets, accessibles et efficaces.


Bio Express

Patrice HENRION a rejoint Boa Concept en 2018 en tant que Directeur du Développement. Il accède à la Direction Générale de l’entreprise en 2020.

Avant d’intégrer Boa Concept, il était en charge de la Direction Commerciale de Locam. Il dispose à ce titre d’une grande expertise dans les domaines du financement des ventes et dans l'accompagnement des entreprises dans la transformation vers l'économie d'usage.

Il avait auparavant évolué dans les secteurs de la Grande distribution et de la Banque.

Site internet de Boa Concept : https://www.boa-concept.com/


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