Le
rapport entre ces deux phases du transport
fait que la distance de pertinence généralement
admise pour le ferroutage est supérieure
à 500 km.
En
effet, une telle distance permet «d’amortir
» le coût induit par les chargements
et déchargements liés aux
changements de mode de transport, propre
au transport combiné. Ainsi, en France,
l’importance des trafics de longue
distance, due à l’éloignement
des principales régions urbaines
entre elles, constitue un véritable
atout pour le développement du ferroutage.
Il doit permettre de délester le
réseau routier du trafic longue distance.
Cependant, son taux de pénétration
reste faible (la part modale du ferroutage
en tonnes-kilomètres comparativement
à la route est de l’ordre de
7 %). Il est donc nécessaire de s’interroger
sur ses capacités à concurrencer
le transport routier, notamment en terme
de compétitivité.
Le ferroutage constitue-t-il, en France,
une véritable alternative à
la route, en mesure de concilier les préoccupations
touchant à l’environnement,
à la sécurité de circulation
et les besoins de la collectivité
en matière de transport et de commerce
? Pour le déterminer, il convient
d’analyser les différents intérêts
de ce mode de transport, puis d’étudier
quelles sont les contraintes qui expliquent
qu’il reste peu utilisé dans
notre pays.
I)
INTERETS
Depuis quelques années, en Europe
et plus particulièrement en France,
la volonté de recourir au ferroutage
semble s’accentuer. Dans son rapport
de mission, Marc-Philippe Daubresse, président
du Conseil du transport combiné,
souligne que «de 1994 à 1997,
le Transport Combiné a bénéficié,
en France, d’une aide directe à
l’exploitation qui est passée
progressivement de 50 à 365 millions
de francs ».
Les
raisons de cet engouement sont principalement
de deux ordres. Elles se fondent d’abord
sur la nécessité de lutter
contre le développement excessif
du transport routier, puis sur les atouts
propres au ferroutage.
1-la lutte contre les conséquences
négatives de la route
En
France, le transport est déjà
très largement dominé par
la route (70% du tonnage-kilométrique),
et de plus, un glissement s’opère
actuellement de la voie fluviale et du
fer vers ce mode de transport.
Ainsi, la part du transport routier en
tonne/km est passée de 50 à
70 % dans les trente dernières
années et continue de croître
très rapidement.
Il
est donc devenu nécessaire de prendre
en considération les conséquences
des excès du transport routier
sur la saturation et la congestion des
infrastructures, l’environnement,
et la sécurité.
Le recours au ferroutage résout
ces différents problèmes
qui ont déjà atteint un
seuil critique dans certaines régions.
a-
saturation et congestion des infrastructures
D’après toutes les prévisions,
le trafic routier de marchandises devrait
continuer de croître très fortement
dans les prochaines années. Ainsi,
la Commission européenne estime que
«le trafic routier intra-communautaire
de marchandises pourrait poursuivre son
évolution, avec une croissance supérieure
à 90% d’ici 2010. Le trafic
international croîtrait de l’ordre
de 87,5% à 156% »
En effet, de nombreux facteurs devraient
alimenter cette croissance, et en particulier
:
- la libéralisation du marché
des transports,
- la généralisation de la
gestion à flux tendus, et la demande
croissante des livraisons juste-à-temps,
qui aggravent l'encombrement puisqu’elles
conduisent à de plus fréquents
trajets de retour à vide,
- l’importante concurrence à
l’intérieur du secteur des
transports routiers et la baisse des prix
qu’elle entraîne,
- la croissance de l’économie
française et de nos voisins européens,
- la libéralisation des échanges
internationaux.
Ce
développement des flux de marchandises
est particulièrement important dans
certaines zones et sur certains axes. Les
bassins de forte production, de forte consommation
et de forte densité démographique
et urbaine sont donc menacés de saturation
et il existe un risque de congestion des
principaux axes routiers.
Si
des goulets d’étranglement
sur de grands axes routiers nationaux apparaissent
(le passage obligatoire que constituait
le Tunnel du Mont Blanc en a apporté
un exemple dramatique), les exigences de
l’économie en matière
de transport juste-à-temps et de
zéro-stock, ne pourront plus être
satisfaites. Une véritable menace
en terme de qualité de service (allongement
des temps de transport, retard à
la livraison, etc.) pèse alors sur
le mode routier.
Ne
tend-on pas, dans ces conditions, vers une
capacité maximale du réseau
routier, qui, une fois atteinte, provoquera
le blocage du système ?
Pour
résoudre les problèmes de
qualité de service que provoquera
sa croissance, le transport routier aura
besoin de nouvelles infrastructures. Mais
là encore, on a peut-être atteint
une certaine limite. En effet, outre l’importance
du coût de construction de telles
infrastructures, les territoires sont déjà
bien «occupés».
En
fait, c’est la répartition
entre modes de transport de marchandises
qui est à l’origine de la saturation
des axes routiers et autoroutiers. En 1997,
sur le marché français, 90%
du transport de marchandises (en tonnage)
était réalisé par route
(contre 8% pour le fer et 2% pour la voie
fluviale).(3)
Face à une telle répartition,
les projets de rééquilibrage
entre les modes se multiplient notamment
en faveur du fer. Or, la capacité
par rail est limitée dans les zones
de congestion de trafic et le développement
de nouvelles infrastructures est coûteux,
prend du temps et est politiquement difficile
à imposer.
D’ailleurs, le fer souffre d’un
manque de fiabilité perçue
par les clients. En effet, les trains de
marchandises circulant à plus faibles
vitesses (80 à 120 km/h) ont tendance
à être écartés
pour les trains de voyageurs qui bénéficient
d’une priorité de passage.
De même le recours au transport par
voie navigable est limité puisqu’il
dépend essentiellement de caractéristiques
géographiques.
Pour
contrer cette menace, il semblerait donc
plus efficace de développer une véritable
intermodalité entre le rail et la
route quand les deux modes de transport
se trouvent géographiquement disponibles
à immédiate proximité
des aires logistiques.
La promotion, sous forme d’aides financières,
par la France, de transports intermodaux,
combinaisons rail-route, montre la volonté
des dirigeants de transférer une
partie des trafics routiers vers ce mode
alternatif.
Ainsi,
en se substituant progressivement au «tout
routier», le ferroutage permettrait
de prévenir le risque de saturation
des principaux axes routiers, mais également
de limiter les nuisances pour l’environnement
et les problèmes de sécurité
dont ce mode de transport est à l’origine.
b-
environnement et sécurité
Au-delà
des coûts économiques provoqués
par la saturation des principaux axes et
par l’apparition de goulets d’étranglement,
le développement du transport routier,
a un coût social particulièrement
élevé en termes d’environnement
et de sécurité.
L’accroissement
du trafic des camions risque de provoquer,
une augmentation de l’insécurité.
La nécessité d’être
toujours plus compétitif dans un
secteur caractérisé par une
concurrence très forte, a tendance
à entraîner un non-respect
des consignes de sécurité.
En effet, le développement du transport
routier est lié à son faible
coût. Ces tarifs s’obtiennent
par la pratique de salaires bas et au prix
de conditions de travail parfois à
la limite de la légalité,
les fréquentes grèves des
chauffeurs routiers en témoignent.
La période de travail quotidien d’un
conducteur touche à sa fin à
partir de 600 km environ, c’est-à-dire
après 8 heures de conduite. Au-delà,
le transporteur demande parfois à
son chauffeur de faire un nombre considérable
d’heures supplémentaires. Sur
les longues distances, le ferroutage réduit
donc considérablement les risques
d’accidents de la circulation.
La
croissance du transport routier peut se
révéler également catastrophique
pour l’environnement, en effet :
- la route augmente la pollution de l’air,
l’effet de serre et les nuisances
acoustiques,
- les besoins nouveaux en infrastructure
et les problèmes d’encombrement
détériorent le paysage,
- la sécurité dans le transport
des matières dangereuses n’est
pas assurée.
L'ordre
de grandeur des coûts de la route
serait ainsi de 3,8 % du PIB pour les voitures
et camions.
Face à de telles nuisances, peut-être
est-il dans l’intérêt
de notre pays de suivre l’exemple
de la Suisse. Notre voisin a en effet interdit
aux véhicules ayant un certain tonnage
ou transportant des matières dangereuses
de circuler sur son territoire.
Dans un article paru dans la revue Après-demain,
Martine Rèmond-Gouilloud explique
qu’il existe aujourd’hui une
opposition entre le «droit au transport»,
qui sert l’intérêt individuel
et le devoir de respect envers l’environnement
et la sécurité, qui ramène
au souci collectif.
Tant que l’économie de marché
prônera le règne des flux tendus,
qui diminuent les frais de stockage des
magasins, mais qui en contrepartie encombrent
les routes de camions, tant que l’intermodalité
des transports de marchandises sera analysée
selon des critères uniquement fondés
sur des gains de productivité, c’est-à-dire
tant que les données concernant l’environnement
et la sécurité ne seront pas
effectivement prises en compte par les politiques
publiques, le développement du transport
routier est voué à s’intensifier,
et avec lui, les dommages qu’il provoque.
Toutefois,
on note actuellement un souci grandissant
de protection de l’environnement dans
les politiques d’aménagement
du territoire. Le combiné apparaît,
là aussi, comme un moyen de concilier
ensemble ces «deux forces parallèles,
égales entre elles, de sens contraire».
D’ailleurs, certains grands chargeurs,
pour des raisons d’image de marque,
ont décidé de recourir à
ce mode, qui conforte les valeurs «écologiques»
de leur produit ou de leur prestation.
Pour
éviter que la croissance de la route
n’aggrave l’état de pollution
acoustique et atmosphérique actuel,
il devient nécessaire de trouver
des alternatives, et le ferroutage semble
en être une.
De même, du point de vue de l’espace,
le recours à ce système permet
de limiter les problèmes de consommation
de territoire. En effet, si chaque mode
de transport nécessite l’installation
d’infrastructures, celles-ci sont
plus ou moins importantes selon le mode
considéré. Or, les infrastructures
routières et autoroutières
sont nettement plus consommatrices que celles
nécessaires pour le fer.
L’analyse du coût économique
pour la société, engendré
par les deux modes de transport confirme
l’intérêt du transport
combiné rail-route.
Ainsi, le rapport Daubresse relève
qu’il permet une réduction
des coûts externes d’environnement
liés à l’utilisation
de la route : « Une évaluation
des avantages externes, conduite en utilisant
les valeurs monétaires retenues par
les rapports Brossier et Boiteux permet
d’avancer une valeur de 1 490 MF pour
l’économie collective réalisée
par le transport par voie ferrée
des 12,2 milliards de tonnes-kilomètres
effectués en France en 1995. On trouve
parmi ces avantages la réduction
de la pollution atmosphérique, la
suppression du bruit et de l’encombrement
dus aux poids lourds. Cette évaluation
est très supérieure au produit
des taxes qui auraient été
perçues si ces transports avaient
été faits par route. Cette
différence apporte ainsi une confirmation
de l’intérêt socio-économique
d’une aide publique au développement
du combiné. ».(5)
Par conséquent, en comparant les
différentes composantes des coûts
externes du transport routier et du ferroutage
pour la collectivité, aussi bien
en termes économiques que sociaux,
on se rend compte de l’intérêt
de privilégier le second.
La prise en compte des effets externes du
transport ne peut donc pas être laissée
au libre jeu des forces du marché
et relève, globalement, d’une
démarche sociale et politique.
Ainsi, le ferroutage semble-t-il en mesure
de combattre des effets négatifs
du transport routier pour la collectivité.
2-atouts propres au ferroutage
Si
l’intérêt principal du
ferroutage semble être de lutter contre
les inconvénients du «tout
routier», il convient tout de même
de souligner ses qualités propres
:
Il s’agit d’une formule à
la fois souple et fiable pour un client
ayant des volumes à traiter ne relevant
pas de la compétence du train complet
et désirant une relation de porte
à porte.
En
fait, selon le rapport Daubresse, il permet
de bénéficier des avantages
fondamentaux des deux modes, puisqu’il
allie la capacité de la route à
desservir l’ensemble du territoire
et l’aptitude du fer à effectuer
des transports de longue distance de façon
économique. Autrement dit, le transport
combiné rail-route réunit
la fiabilité du rail et la souplesse
de la route.
En
effet, peu dépendant des impondérables
comme les intempéries ou la circulation
ralentie, l’acheminement peut être
planifié avec précision.
Il s’agit alors d’un mode de
sous-traitance efficace, rapide et sûr,
pour le transporteur routier : outre la
baisse du coût salarial, il permet
de mieux respecter la réglementation
routière, et donne accès à
un réseau étendu autorisant
le transport sur longues distances.
Ainsi, au-delà de l’image écologique
valorisante qu’il procure, sa fiabilité
et sa souplesse permettent d’atteindre
une qualité de service satisfaisante
en particulier pour les longs trajets.
La
rapidité qu’il offre pour les
distances supérieures à 500km
est un véritable atout pour le transport
en France et en Europe. De plus, dans la
perspective du développement économique
des Etats situés à la périphérie
de l’Europe, le transport combiné
rail-route accroît la mobilité
nécessaire et donne une possibilité
sûre de transport vers les marchés
d’Europe Centrale et de l’Est.
Il permet donc aux entreprises françaises
de livrer leurs clients étrangers
dans de bonnes conditions générales.
Ainsi,
indépendamment de ses atouts propres,
le recours au ferroutage est surtout présenté
comme une solution à des problèmes
qui lui sont extérieurs. Il apparaît
clairement qu’une utilisation plus
intensive de ce mode de transport permettrait
une réduction substantielle de certains
déséquilibres et dysfonctionnements
du système de transport national.
Toutefois,
nous allons le voir, les obstacles qu’il
doit encore surmonter sont importants, même
si la progression en volumes traités
et les gains progressifs en rentabilité
laissent présager d’un avenir
plus serein.
II) CONTRAINTES
Le ferroutage permet de lutter contre les
excès de la route. C’est pourquoi
il constitue un axe prioritaire dans la
politique française des transports.
Cependant, les contraintes qu’il impose
sont nombreuses et risquent de limiter son
développement. Il ne dispose d’ailleurs
aujourd’hui que d’une faible
part par rapport à la route.
Ces contraintes sont notamment d’ordre
économique. Elles tiennent en particulier
à la faible rentabilité que
revêt le ferroutage pour la SNCF,
à l’écart entre la qualité
de service offerte et les exigences de la
demande, à des tarifs pratiqués
supérieurs à ceux de la route
et aux impacts organisationnels que provoque
le changement de mode de transport.
1-faible rentabilité
pour les compagnies ferroviaires
En
France, le développement du transport
combiné rail-route est avant tout
lié à la place qu’il
occupe dans le système de production
(en particulier en terme de rentabilité)
des compagnies ferroviaires et donc dans
celui de la SNCF.
Or, aujourd’hui, pour être en
mesure de concurrencer le transport routier,
le prix du ferroutage tend à s’aligner
de plus en plus sur celui de la route. Cette
tendance à la baisse des tarifs constitue
alors un frein ne permettant pas d’atteindre
le seuil de rentabilité.
Le
développement du ferroutage repose
en fait sur une faible rémunération
du maillon ferroviaire afin de préserver
la compétitivité de la chaîne
intermodale face à la solution routière.
C’est donc la SNCF qui assume, dans
une large mesure, le coût financier
de ce développement, qui profite
à la collectivité.
Ainsi,
même si dans le cadre du volet fret
du projet industriel SNCF, des efforts sont
prévus pour dégager des gains
de productivité sur l’exploitation
ferroviaire, une aide externe reste, aujourd’hui,
nécessaire pour permettre au maillon
ferroviaire de parvenir à l’indispensable
équilibre.
En
conséquence, si les coûts de
développement ne sont pas réduits
(ils le sont actuellement en partie grâce
à une aide de l’Etat), le trafic
de transport combiné est condamné
à décroître par recentrage
sur les seuls segments de marché
rentables.
Confronté à de tels problèmes
de rentabilité, il devient difficile
de faire les efforts nécessaires
pour proposer une bonne qualité de
service. Il s’agit pourtant d’une
condition indispensable pour que les clients
se détournent de la route. Le ferroutage
ne pourra en effet s’imposer qu’à
la condition de présenter des performances
comparables à celle de sa concurrente
en termes de coût et de qualité.
2-écart entre qualité
de service offerte et exigences de la demande
Les
normes de qualité exigées
par les clients ont été déterminées
en fonction de celles offertes par le transport
routier. Ces aspects concernent principalement
la rapidité, la souplesse et la fiabilité.
La réponse à ces différents
aspects, relèvent en particulier
des critères suivants :
- la fréquence des acheminements
(si elle est bonne, elle permet d’approcher
la souplesse de la route et de différencier
les envois),
- le temps de transport, il est particulièrement
important dans le cadre des trains d’axe
(liaisons directes),
- la prolongation des plages horaires de
départ dans l’organisation
des trains directs,
- l’information sur les envois et
leur suivi,
- l’organisation des dessertes routières,
- les services annexes : location de matériel,
stockage des Unités de Transport
Intermodal (UTI), mise à disposition
de locaux pour les chauffeurs, mise à
disposition de chauffeurs pour la desserte
terminale ou organisation de co-traitance.
Ces
facteurs conditionnent donc la qualité
de service offerte. Or, à l’heure
actuelle, le ferroutage en France ne répond
pas de manière satisfaisante à
l’ensemble de ces critères.
Il existe, en effet, un écart entre
ce que propose l’offre et ce qu’exige
la demande. Or, pour que les clients adoptent
progressivement le ferroutage, il est nécessaire
qu’ils retrouvent dans ce mode des
caractéristiques (en termes de coût,
d’horaires et de délais) aux
moins équivalentes à celles
de la route ou alors que ce système
parvienne à développer des
avantages spécifiques : heures de
chargement décalées, caisses
laissées à disposition, possibilité
de remplir les caisses en dehors des heures
de pointe d’activité, fiabilité
des délais, etc.
Le ferroutage doit en particulier offrir
une souplesse et une rapidité satisfaisantes.
Si la vitesse du ferroutage semble bonne
en valeur absolue, il n’est en fait
pas pertinent de raisonner en kilomètres
par heure. Le marché demande plutôt
une livraison le lendemain ou bien une expédition
jour A, livraison jour C.
Pour illustrer les difficultés du
ferroutage en terme de rapidité,
reprenons certains exemples traités
dans le rapport de la CEMT (Conférence
Européenne des Ministres des Transports)(6)
:
Lorsque
l’expéditeur amène un
chargement en camion à 17h00 à
la rampe de chargement, l’opérateur
peut avoir des difficultés à
atteindre le terminal de transbordement
avant l’heure de fermeture de ses
portes, qui peut être fixée
à 18h30 pour un train donné.
Les mêmes problèmes peuvent
se produire à l’arrivée.
Si les unités de chargement pour
transport combiné ne peuvent pas
être transportées jusqu’au
terminal de transbordement d’arrivée
pour le ramassage avant 9h00 du matin, il
sera trop tard pour le livrer à son
destinataire en temps voulu.
Comme le montre la CEMT, le système
risque donc de manquer de souplesse. Il
impose des heures précises de chargement
qui peuvent transformer un retard de quelques
minutes à l’arrivée
au terminal de transbordement en un retard
de 24 heures pour la livraison.
Les expéditeurs de détail
ont en particulier besoin d’une souplesse
qu’ils ne peuvent trouver dans le
ferroutage :
Leurs envois sont amenés jusqu’au
centre de triage du transitaire qui les
transforme en camions complets destinés
à différentes zones de livraison.
Ils sont alors chargés dans des caisses
mobiles en fonction de ces zones. Lorsque
le dernier envoi arrive à 18h00 dans
les locaux du transitaire, il est impossible
d’achever le chargement des camions
avant 19h30. Or, si les camions quittent
le centre de triage après cette heure,
ils ne peuvent pas livrer les caisses mobiles
à temps pour le départ du
terminal de transbordement en transport
combiné.
Les mêmes contraintes sont présentes
à l’arrivée. Au total,
le retard pris empêche donc de satisfaire
la demande du marché.
Par conséquent, les expéditions
de détail restent le plus souvent
assurées par le transport routier.
Or, cette situation est problématique,
puisque les expéditions de détail
représentent le segment du marché
à la croissance la plus rapide dans
le domaine du transport de marchandises.
Le critère de fiabilité est
lui aussi impératif. La performance
des systèmes logistiques actuels
en flux tendus en dépend.
Le transport combiné rail-route comprend
deux opérations de transbordement,
c’est-à-dire la réorganisation
du trafic dans deux points nodaux (points
de concentration des flux permettant de
traiter les trains en un lieu unique, et
donc de regrouper les flux). Or toute réorganisation
du trafic comporte trois dangers :
- retard : nous venons de le voir, si après
un faible retard dans le ramassage, il s’avère
impossible de prendre le train de transport
combiné au niveau du terminal de
transbordement, le retard peut augmenter,
et atteindre 24 heures ;
- dommages :les opérations de manutention
au moyen de grues impliquent un risque de
fausse manoeuvre et de dommages pour la
cargaison ;
- confusions et erreurs : il est possible
de charger la mauvaise caisse mobile dans
un train tandis que la bonne reste dans
le terminal de transbordement.
Il
s’agit là de risques supplémentaires
typiques liés à un changement
de mode en cours de transport, risques qu’on
ne rencontre pas normalement dans le transport
de porte-à-porte.
Au-delà
de carences qui trouvent leur explication
dans l’existence de spécificités,
l’offre du ferroutage est également
déficiente concernant un autre point
:
Nombre de transporteurs routiers mettent
en place un système d’information.
L’objectif est d’être
informé en temps réel de la
progression des marchandises et des éventuels
problèmes rencontrés. Les
clients considèrent le bon fonctionnement
de ces systèmes comme une composante
essentielle du critère de fiabilité
dans la mesure où ils leur permettent
d’être informés sur les
éventuels retards et accidents.
Le transport combiné n’est
pas en mesure de mettre en place de tels
systèmes d’information aussi
facilement que les transporteurs routiers.
Alors que le conducteur de camion dispose
d’un téléphone cellulaire
lui permettant d’informer immédiatement
l’entreprise, dans le ferroutage,
l’unité de chargement n’est
pas accompagnée par un conducteur
susceptible de prendre une telle initiative.
Les systèmes de surveillance et d’information
relèvent donc d’une conception
et d’une mise en oeuvre beaucoup plus
complexes.
Un
tel différentiel de qualité
de service par rapport au transport routier
handicape clairement le ferroutage. Les
acteurs de la chaîne du transport
combiné doivent offrir aux chargeurs
un niveau de performance et de fiabilité
conforme à leurs exigences, ce qui
n’est pas le cas à l’heure
actuelle.
3-des tarifs trop élevés
Nous venons de le voir, le ferroutage n’offre
pas à ses clients une qualité
de service suffisante. C’est également
le cas en ce qui concerne les tarifs. En
effet, le système souffre d’un
manque de compétitivité qui
se répercute sur les prix qu’il
pratique. Il éprouve donc, là
aussi, des difficultés à rivaliser
avec les transporteurs routiers.
Le
premier paramètre qui détermine
le recours d’un mode de transport
à un autre est, dans la majeure partie
des cas, le prix proposé par les
opérateurs à leurs clients.
Pour effectuer leurs choix, les clients
se basent sur le prix de référence
de la route. Aussi, la comparaison lui étant
défavorable, le transport combiné
rail-route est-il rarement la solution retenue.
Pour
expliquer cette situation, il convient d’étudier
la compétitivité du ferroutage
en termes de coûts :
Son prix peut se décomposer comme
suit :
- coût de la fourniture du wagon et
de la traction ferroviaire,
- coût du transbordement sur les chantiers,
- coût de la desserte routière
terminale qui est un poste important du
ferroutage, puisqu’il peut présenter
jusqu’à 50% du coût total
de la prestation.
Certains freins apparaissent donc comme
étant propres à ce mode. En
particulier, l’existence de ruptures
de charge obère sa compétitivité
sur les petits trajets. A cause de ce coût
spécifique qui tient à la
nature même du transport combiné,
le ferroutage est «handicapé»
face aux modes concurrents. Nous l’avons
déjà vu, il ne devient ainsi
pertinent qu’à partir de 500
kilomètres. L’abaissement des
prix routiers tendrait d’ailleurs
à accroître ce seuil. Pour
tous les trajets inférieurs à
cette distance, il ne peut lutter en terme
de tarif.
En fait, dans le prix de revient du ferroutage,
n’est pas pris en compte le bénéfice
pour la communauté française.
Les tarifs pratiqués par les deux
systèmes n’étant pas
analysés dans un même cadre
(ceux de la route le sont du point de vue
des clients alors que ceux du combiné
le sont du point de vue de la collectivité),
il ne semble pas pertinent de les comparer
en valeur absolue.
En définitive, le transport combiné
procure des avantages pour la collectivité
qui ne sont pas assez valorisés.
Pierre Perrod, auteur d’un rapport
sur le développement du transport
combiné explique que les prix du
transport routier ne traduisent pas la réalité
: « la mise en place du transport
combiné est complexe. Elle s'inscrit
dans un marché dont le coût
économique est sous-évalué.
Et cela pour plusieurs raisons. D'abord,
le développement du transport routier
a entraîné une baisse des prix.
Ensuite, les chargeurs peuvent peser très
fort pour obtenir des prix toujours plus
faibles. Enfin, le transport routier peut
quasiment tout faire, n'importe quand et
à n'importe quelle condition. On
obtient donc une situation où l’écart
entre les prix du transport combiné
et de la route ne reflète pas la
situation réelle. Cela nécessite
une intervention publique puisque l’Etat
français et l'Union européenne
le souhaitent, pour des raisons économiques,
sociales ou touchant à la protection
de l'environnement. ».
Les transports routiers bénéficient
donc de coûts abusivement bas qui
progressivement déstabilisent totalement
le marché des transports puisque
ne sont pas pris en compte les coûts
des pollutions, des accidents, de l'usure
des infrastructures, de la raréfaction
de l'espace, etc.
Toutefois, comme le souligne Armand Toubol
: « Quelque soient les avantages externes
d’un mode de transport, c’est
le client qui décide en dernier ressort.
Ses critères de décision sont
essentiellement fondés sur une analyse
des rapports qualité/prix des prestations
proposées ».
Tant que la comparaison des coûts
(pour les clients et non pour l’ensemble
de la société) sera aussi
défavorable au ferroutage, son développement
sera condamné.
De
même, l’avenir du ferroutage
semble corrélé au nombre d’entreprises
routières qui accéderont aux
techniques multimodales. Lorsque celui-ci
sera suffisant, les coûts seront amortis,
et logiquement, les prix diminueront.
La part marginale du ferroutage dans l’offre
de transport ne lui permet pas encore d’être
une alternative crédible pour de
nombreux chargeurs potentiellement intéressés.
Les efforts de promotion du ferroutage auprès
des chargeurs se heurtent à la faible
rentabilité d’investissements
qui ne peuvent être utilisés
en général que pour une partie
seulement de leurs acheminements. On se
heurte ici aux difficultés propres
au lancement d’une activité
dont les rendements sont croissants et dont
les investissements initiaux ne se justifient
qu’au-delà d’un certain
niveau d’utilisation.
A long terme, les transports combinés
n’évolueront de manière
favorable que si leur exploitation est économique
pour l’ensemble des opérateurs,
des organisateurs, et des utilisateurs,
et que si la qualité des prestations
offertes est comparable à celle du
transport effectué de bout en bout
par voie routière. La compétitivité
du ferroutage doit donc être améliorée
en termes de qualité de service et
de rapport prix/coûts.
A l’heure actuelle, le manque d’attrait
des tarifs du ferroutage par rapport à
ceux pratiqués par la route semble
rédhibitoire.
4-les impacts organisationnels
L’adoption
du ferroutage est confrontée à
une dernière contrainte : elle nécessite
un certain nombre d’évolutions
organisationnelles aussi bien dans le domaine
des transports que pour les entreprises
clientes. Ces impacts sur le fonctionnement
des sociétés, et donc sur
leur stratégie sont particulièrement
contraignants et viennent une nouvelle fois
compromettre le développement du
mode combiné rail-route.
1. l’organisation des transports.
Le ferroutage modifie le domaine d’intervention
de la route. Celle-ci devient uniquement
un mode de transport de zone courte et nécessite
donc l’abandon de la culture de zone
longue, référence du secteur
routier.
Une redéfinition de l’organisation
des entreprises de transport dans leurs
composantes spatiales et en partie sociales
est alors requise. Cette modification a,
en particulier, de fortes répercussions
sur le travail des chauffeurs.
En
outre, le fer et la route ayant des systèmes
d’exploitation et des normes de qualité
divergents, des difficultés d’optimisation
de leur complémentarité subsistent.
Deux positions difficilement conciliables
s’affrontent :
- pour l’opérateur ferroviaire,
la rentabilité des lignes est un
critère majeur qui explique notamment
la suppression des axes les moins rentables
et la constitution d’un point nodal
(point de concentration des flux permettant
de traiter les trains en un lieu unique,
et donc de regrouper les flux).
- pour les utilisateurs routiers, les trains
d’axe (liaisons directes) sont privilégiés
pour des raisons de délais et de
prix, dans le but d’être compétitifs
par rapport à la route pure.
Ces
impacts organisationnels sont d’importance
et contribuent certainement à empêcher
le ferroutage d’offrir une qualité
de service satisfaisante à ses clients.
2.
l’organisation globale des entreprises.
Pour le ferroutage, beaucoup plus que pour
les autres modes de transport, les caractéristiques
de l’offre et de la technique sont
particulièrement contraignantes.
Elles jouent un rôle structurant sur
la demande (limitation géographique
de l’offre, compétitivité
sur les seules longues distances, nécessité
d’un investissement initial, etc.).
Pour
être en mesure de recourir au ferroutage,
les entreprises doivent donc renoncer à
des habitudes liées à l’utilisation
de la route et remplir de nouvelles conditions
organisationnelles.
La pratique routière actuelle est
marquée par la volonté des
entreprises d’être présentes
aux deux extrémités de la
chaîne et d’éviter ainsi
le recours à la sous-traitance ou
à la co-traitance.
Cet état d’esprit constitue
un frein considérable à l’expansion
du transport combiné. Par conséquent,
pour qu’une entreprise accepte d’utiliser
le ferroutage, seules deux possibilités
subsistent :
- soit elle est présente en amont
et en aval de l’axe ferroviaire et
peut donc accepter d’utiliser le ferroutage,
- soit elle n’est présente
qu’à une seule extrémité
et doit donc accepter de modifier sa stratégie,
c’est-à-dire accepter la sous-traitance
ou la co-traitance. Un tel changement dans
l’organisation de l’entreprise
est difficile à obtenir puisqu’il
existe en général une certaine
méfiance quant au partage de la clientèle,
due à la peur d’être
évincé du marché.
En conséquence, le nombre de sociétés
potentiellement clientes reste limité.
Un
autre frein au développement du transport
combiné rail-route tient au fait
qu’il dépend de l’implantation
de ses utilisateurs. En effet, une installation
à proximité des grands axes
ferroviaires, près des principaux
points d’émission et/ou de
réception des flux combinés
permet l’obtention de tarifs plus
attractifs. Inversement, une entreprise
éloignée de ces points est
pénalisée.
De
même la situation géographique
de l’offre a favorisé les entreprises
dont l’activité est concentrée
autour des terminaux au détriment
de celles ayant une forte implantation régionale
qui accroît les frais de concentration
vers le lieu de chargement ou de déchargement.
Enfin,
les petites et moyennes entreprises qui
livrent isolément de faibles volumes
sont particulièrement dissuadées
d’utiliser ferroutage. Leurs difficultés
à s’organiser en pool restent
pénalisantes en terme de tarif et
de rentabilité, dans la mesure où
elles remettent isolément de faibles
volumes. Le recours au ferroutage les obligerait
à repenser leur stratégie
en ce qui concerne les alliances.
Ainsi, bien souvent, les sociétés
qui souhaitent utiliser ce mode sont obligées
d’opérer des changements dans
leur stratégie de fonctionnement.
On est donc confronté à une
véritable barrière, les impacts
organisationnels qu’il impose aux
entreprises potentiellement clientes pouvant
leur sembler insupportables à assumer.
Nombre de freins organisationnels subsistent,
empêchant le ferroutage de connaître
une forte croissance en France.
En fait, toutes les entreprises ne disposent
pas des mêmes potentialités
face aux techniques multimodales. Les grands
utilisateurs du ferroutage se sont ainsi
progressivement orientés vers des
produits à forte valeur supportant
un coût logistique important, et ont
donc poursuivi, à des degrés
divers, une politique de niches que les
plus petites ont des difficultés
à adopter.
En
fait, les entreprises utilisatrices du ferroutage
sont pour la majorité, celles qui
ont acquis une certaine maturité
logistique, qui ont structuré spatialement
et commercialement leur offre, ce que les
entrants potentiels ont de plus grandes
difficultés à faire, d’autant
que le marché reste étroit
et incertain. De même, du point de
vue économique, les entreprises positionnées
sur des secteurs où l’acheminement
ne constitue qu’une part de la prestation
globale, sont potentiellement plus aptes
à recourir au ferroutage.
CONCLUSION
Ainsi, économiquement, le ferroutage
souffre d’un manque évident
de compétitivité vis à
vis de la route, notamment pour les petites
distances. Il ne peut actuellement concurrencer
les poids lourds ni sur la qualité
de service ni sur les tarifs.
De plus, il impose de profonds bouleversements
dans l’organisation des entreprises,
en particulier pour les transporteurs. Ces
contraintes bloquent donc son développement.
En conséquence le transport combiné
rail-route dispose, aujourd’hui, d’un
marché étroit, le maintenant
en dessous de la taille critique, qui lui
permettrait d’offrir un niveau de
prestation satisfaisant.
Toutefois,
en tant que mode alternatif au « tout
routier », il procure des avantages
pour la collectivité qu’il
convient de valoriser. Ainsi, dans le cadre
de la mission que lui ont confiée
le Ministre de l’Aménagement
du Territoire de la Ville et de l’Intégration
et le Secrétaire d’Etat chargé
des Transports, Marc-Philippe Daubresse
relevait en 1997 : « si le transport
combiné est une option technique
et économique, c’est également
une option politique qui décide de
prendre à un moment donné
en considération les effets négatifs
des différents modes sur la sécurité,
l’environnement et la congestion du
territoire, et de les contrer par une alternative
peut être moins pertinente, en termes
strictement économiques de performance,
mais considérablement plus satisfaisante
en termes de pertinence sociale »(9).
Son
développement est donc souhaitable
mais n’est possible que s’il
est accompagné d’une aide,
qui, au regard de l'économie des
coûts externes qu’il permet
d’engendrer, semble justifiée.
Cependant, les solutions étudiées
par les politiques devront surtout tenir
compte des impératifs logistiques
des entreprises en termes de niveau de service
et de coûts. En effet il est impossible
de leur imposer l’utilisation d’un
mode dont les caractéristiques ne
répondent pas à leurs exigences.
Il faut ainsi, donner aux différents
intervenants, notamment à ceux qui
ont
consenti d’importants investissements
d’acquisition de matériel spécifique,
une certaine visibilité, leur montrant
qu’il sera possible d’amortir
le surcoût initial de ces matériels.
En
effet, cette révolution dans leur
mode de fonctionnement et les investissements
financiers qui doivent l'accompagner ne
sont envisageables qu’avec l’espoir
d’une rentabilité à
moyen terme.
Une fois cette étape franchie et
le seuil de rentabilité de la courbe
de développement atteint, l’amélioration
de la qualité permettra d’accroître
la demande qui elle-même, confortera
la qualité.
En définitive, ce démarrage
ne paraît réalisable que s’il
est dicté par une véritable
volonté politique et il faudra certainement
des années pour que le système
atteigne la souplesse, la fiabilité
et la compétitivité permettant
sa pérennisation.
D’ailleurs, dans un contexte où
les échanges internationaux ont vocation
à s’intensifier au sein de
la Communauté européenne,
pour que la promotion du ferroutage donne
les résultats espérés,
il serait préférable que l’ensemble
des pays européens coordonnent leur
stratégie vis-à-vis du combiné.
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