Dans
une organisation traditionnelle, les industriels
fournisseurs de la grande distribution
sont organisés de manière
indépendante : chacun livre ses
marchandises au même client, via
la plateforme du distributeur qui ensuite,
livre ses magasins. Chacun de ces industriels
a ses propres entrepôts, ses propres
systèmes de livraison au client
final.
Dans
une organisation mutualisée, des
opportunités sont créées
en plaçant ces différents
industriels dans les mêmes structures
logistiques de façon à réduire
les coûts. Leurs marchandises sont
placées dans les mêmes véhicules
pour être livrés aux mêmes
clients distributeurs, et ce, avec ou
sans GMA… « Sans GMA,
c’est le co-chargement traditionnel
en jouant sur des synergies de transport.
Ou avec GMA, gestion mutualisée
des approvisionnements, les industriels
exploitent le même outil de réapprovisionnement
de leur même client »,
explique Richard Noël.

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Les prérequis de la mutualisation
perçus du côté des
industriels
Selon
Richard Noël, « un projet de mutualisation
du transport implique de prime abord une
vision stratégique commune des industriels.
C’est un choix stratégique pour chaque
entreprise, avec la volonté d’innover
et la confiance réciproque ». Par
ailleurs, la mise en oeuvre d’une organisation
mutualisée doit répondre à plusieurs conditions
: des points de livraisons communs (les
mêmes clients destinataires), des produits
compatibles (les produits alimentaires
ne vont pas avec des détergents), la proximité
géographique des industriels dont les
produits sont idéalement stockés dans
le même entrepôt (ou dans des sites proches),
la coordination des transports étant assurée
par une cellule indépendante.
«
Pour mettre en place une organisation
GMA, ces industriels doivent avoir la
capacité à opérer en GPA, ou Gestion Partagée
des Approvisionnements : leurs clients
distributeurs leur ont délégué la responsabilité
de proposer des commandes de réapprovisionnements
de leurs stocks », ajoute Richard
Noël. À cet effet, les distributeurs donnent
des indications précises à leurs fournisseurs
: niveaux de stocks dans leurs entrepôts,
objectifs de stocks à ne pas dépasser…
permettant à l’industriel de proposer
des commandes de réapprovisionnement,
tout en tenant compte des Conditions Générales
de Vente.
La
première solution de mutualisation correspond
à une opportunité de co-chargement des
marchandises de plusieurs industriels
désireux de rester indépendants. En mettant
leurs marchandises dans le même site logistique,
on va créer des opportunités d’être dans
le même camion, le même jour, vers le
même client. À cet effet, le prestataire
organise des livraisons cadencées à jour
et à heure fixes. C’est ce qu’il est convenu
de désigner par "GPA concertée". « En
Angleterre, trois industriels du pneumatique
(Continental et Dunlop depuis cinq ans,
Bridgestone depuis six mois environ) qui
livrent en général les mêmes clients (magasins
indépendants de vente au détail, industriels
de la première monte) ont signé avec Norbert
Dentressangle trois contrats logistiques
distincts », indique Richard Noël
: « nous avons créé l’opportunité
de mettre ces industriels concurrents
dans le même entrepôt de pneumatiques
à Birmingham pour traiter le même processus
de livraison à un grand nombre de points
de distribution. Chaque client reste indépendant,
mais séjourne dans la même structure,
partage la même infrastructure et le même
système d’information.Le système
de distribution déployé
permet aux industriels, s’ils le
désirent, de délivrer leurs
pneumatiques dans la même tournée
de livraison, sans pour autant que ce
soit le même point de distribution
». Le fait que ces trois fabricants
de pneumatiques soient concurrents, les
empêche probablement d’aller
plus loin dans la mutualisation de leur
processus logistique.

La
GMA requiert quant à elle une organisation
plus complexe, car elle implique que les
industriels soient déjà en GPA avec les
distributeurs et qu’ils aient mutualisé
leurs opérations avec les autres industriels.
Richard Noël explique que « leur client
distributeur identique remonte à chacun
d’eux, au travers du même système d’information,
les niveaux de stock, les objectifs de
stock, etc. Chaque fournisseur établit
ses propositions de commandes, comme en
GPA traditionnelle… À ceci près que l’outil
commun de GMA (EWR MP ou OCS, selon le
cas) adopté par les industriels va optimiser
le véhicule de façon à maintenir des livraisons
en camion complet, en tenant compte des
fréquences de livraison ».
Les
informations correspondantes parviennent
dans le système de gestion d’entrepôt
de Norbert Dentressangle (en l’occurrence
Reflex de Hardis ou Infolog de Generix)
qui permet de gérer les stocks et de préparer
les commandes. Une cellule interne du
prestataire organise pour l’ensemble des
clients en GMA, les opérations de transport
avec l’aide du TMS (Transport
Management System), système "maison"
de gestion du transport. « Dans ce
contexte, nous jouons le rôle de tiers
de confiance », dit Richard Noël
qui annonce l’exemple récent de GMA mené
avec deux industriels de taille différente,
fournisseurs de la grande distribution
en produits alimentaires En l’occurrence
des produits dont les caractéristiques
logistiques sont assez proches (climatisation
obligatoire entre +14 et +18 °C) sans
pour autant qu’ils soient vraiment concurrentsIls
ont été réunis dans un entrepôt ) de 65000
m² : « nous avons créé l’opportunité
de réunir ces deux industriels qui étaient
gérés auparavant sur deux entrepôts distincts,
de façon à livrer les mêmes clients
». Cette opération de mutualisation a
démarré à la mi-décembre 2009 pour approvisionner
les entrepôts Distributeurs dans la totalité
de la France (dont 3 sont gérés par Norbert
Dentressangle). Auparavant, indique Richard
Noël l’un livrait ses marchandises une
fois par semaine (en moyenne) par demi-camions.
Son client distributeur demandait de pouvoir
bénéficier d’une réduction de son stock,
ce qui nécessitait d’augmenter la fréquence
de livraison de quantités inférieures
au demi-camion, d’où une augmentation
des coûts de transports.
De
son côté, l’autre industiel reste avec
le même coût de transport qu’autrefois,
mais satisfait mieux son client de la
grande distribution en livrant plus souvent
des quantités plus faibles : les stocks
du distributeur baissent par conséquent.
« Pour que ce système de GMA soit
parfaitement opérationnel, il serait judicieux
de trouver un troisième partenaire appartenant
lui aussi au secteur alimentaire… Cet
industriel dont le nom reste confidentiel
devrait arriver d’ici l’été sur le site
pour compléter le dispositif d’approvisionnement
de la grande distribution », dévoile
Richard Noël : « Par la suite, ces
trois industriels livreront d’autres distributeurs
». Aujourd’hui, la grande distribution
alimentaire détient 10 à 15 jours de stock
(selon la nature des produits). Du fait
de l’augmentation de la fréquence des
livraisons, le processus GMA devrait permettre
de réduire ce stock de 30 à 50 %.

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En route vers les CCC
«
Une autre technique est celle du VMI
(Vendor Managed Inventory) : la même plate-forme
logistique réunit plusieurs industriels
qui livrent les mêmes distributeurs dans
les mêmes camions », narre Richard
Noël en décrivant la logique des deux
Centres de Consolidation et de Collaboration
(CCC) mis en oeuvre dans la région rouennaise
pour un distributeur, regroupant chacun
une cinquantaine de fournisseurs : « le
stock appartient à l’industriel. Le transfert
de propriété intervient en général au
moment de la préparation de commandes.
Norbert Dentressangle intervient en tant
que prestataire pour les deux parties
». Une organisation qui existe depuis
longtemps dans le domaine des surgelés,
et que l’on trouve aussi chez Norbert
Dentressangle, dans de grandes villes
en France (région de Lille, région parisienne…),
comme en Angleterre ou aux Pays-Bas. «
Les infrastructures sont en effet
extrêmement onéreuses, tout comme les
dépenses d’énergie. Le CCC constitue une
réponse pour les petites entreprises industrielles
qui trouvent là une opportunité de se
regrouper pour servir le même client et
de partager le coût des infrastructures…
Selon les volumes, les gains sur le coût
global peuvent aller de 10 à 30 %
». Une trentaine de fournisseurs sont
regroupés depuis une demi-douzaine d’années
dans le même site Norbert Dentressangle
pour servir un client commun : Albert
Heijn, premier distributeur spécialisé
de produits surgelés en Hollande.
Jean-Claude
Festinger
www.aslog.org