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‘‘ L’IA n’a pas vocation à remplacer l’expertise, mais à l’amplifier ’’
J. BLISS, ORTEC


Jordan Bliss, VP Research and AI chez ORTEC

Jordan Bliss, VP Research and AI chez ORTEC.


Entretien réalisé le vendredi 20 mars 2026 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier : « La Supply Chain à l’heure de l’IA : quelles applications concrètes ? ».

L’intelligence artificielle est aujourd’hui au centre de toutes les attentions dans la Supply Chain. Pourtant, entre discours et réalité opérationnelle, un écart persiste encore.
Pour Jordan Bliss, VP Research and AI, la question n’est pas tant technologique qu’opérationnelle : c’est la capacité à transformer la donnée en décisions concrètes qui fait la différence.


Comment évaluez-vous la maturité IA des organisations ?

La maturité IA d’une organisation ne doit pas s’évaluer à l’aune du lancement d’un pilote de chatbot, mais plutôt à sa capacité à transformer la donnée en décisions opérationnelles répétables.

Dans la Supply Chain, cette maturité se mesure de façon très concrète : elle repose sur la fiabilité des données, la capacité à expliquer les décisions prises et la possibilité d’activer les recommandations directement dans le flux de travail, plutôt que dans un environnement analytique déconnecté.

Dans cette logique, chez ORTEC, nous considérons que l’IA doit soutenir directement les planificateurs et les opérationnels dans leur workflow, et non être utilisée comme une fonctionnalité isolée. Cela suppose des fondations data solides, une gouvernance claire, ainsi qu’une culture où les experts métiers participent activement à la manière dont l’IA est utilisée.

Le véritable test reste simple : l’IA doit permettre de réagir plus vite, de mieux planifier et d’améliorer les résultats de manière constante. Si tel est le cas, l’entreprise est sur la bonne trajectoire. À l’inverse, lorsqu’elle en reste au stade des présentations et des pilotes, le chemin à parcourir reste encore important.




Quelles idées reçues observez-vous encore ?

L’une des principales idées reçues est que l’IA va remplacer les planificateurs. Je n’y crois pas, et les faits ne vont pas dans ce sens.

Nous avons déjà observé ce type de réaction avec l’optimisation il y a quelques années. Beaucoup pensaient qu’elle supprimerait le rôle des planificateurs, alors qu’elle a surtout permis d’améliorer l’efficacité et de gérer davantage de complexité avec un meilleur support.

L’IA s’inscrit dans cette même logique : comme un multiplicateur. Dans la réalité des opérations Supply Chain, le sujet n’est pas le manque d’effort des planificateurs, mais le volume de décisions, d’arbitrages et de perturbations à gérer. Une bonne IA leur permet ainsi de passer moins de temps à rechercher l’information et davantage à prendre des décisions éclairées.

Autre idée reçue : penser que l’IA générative suffit à elle seule. Dans les opérations, la valeur apparaît lorsqu’elle est combinée à l’optimisation, à des règles métier et à une expertise métier approfondie.


Quels cas d’usage sont aujourd’hui les plus pertinents ?

Les cas d’usage les plus pertinents sont ceux situés au plus près des décisions opérationnelles.

On retrouve en tête la planification et la replanification, l’allocation dynamique des ressources, ainsi que l’aide à la décision en cas d’exception. Ce sont des domaines dans lesquels les entreprises sont sous tension au quotidien, entre variations de la demande, déséquilibres de tournées, contraintes de service ou limitations de ressources.

Dans ce contexte, la valeur la plus tangible provient moins de la production d’informations supplémentaires que de l’amélioration de la qualité et de la rapidité des décisions.

Aider un planificateur à comprendre pourquoi un plan est construit de telle manière, quels arbitrages sont en jeu, ou encore comment le réoptimiser sous une nouvelle contrainte a un impact immédiat sur l’efficacité et la productivité.

C’est d’autant plus vrai lorsque l’IA est combinée à l’optimisation : on ne se contente plus de mieux décrire le problème, on améliore directement la décision.


Comment vos solutions intègrent-elles actuellement l’IA ?

Nos solutions intègrent l’IA avec une approche pragmatique. Son intégration n’est pas une fin en soi, mais vise des usages ciblés et concrets.

Associée à des décennies d’expérience en optimisation et en machine learning, elle permet de produire des résultats utiles au quotidien.

Concrètement, l’IA permet aux utilisateurs d’interagir de manière plus naturelle avec des environnements de planification complexes, tandis que les moteurs d’optimisation garantissent que les décisions restent faisables et opérationnellement pertinentes.

En interne, cela revient à rendre disponible l’expérience accumulée d’ORTEC au moment précis où l’utilisateur en a besoin.

Notre vision est donc claire : l’IA doit être intégrée au workflow, et non constituer une couche séparée. C’est notamment l’idée derrière Art by ORTEC, que nous avons lancé récemment.

Art by ORTEC est conçu comme un expert Supply Chain capable d’accompagner les utilisateurs tout au long du cycle de planification, depuis la compréhension de la situation jusqu’à l’amélioration continue des résultats.


Quels cas d’usage déployez-vous le plus souvent chez vos clients ?

Les cas d’usage les plus fréquents sont ceux directement liés à la performance opérationnelle mesurable.

L’optimisation de réseau en est un bon exemple, notamment lorsque les entreprises doivent redéfinir leur maillage logistique, mieux équilibrer les charges de travail ou tester des scénarios stratégiques avant leur mise en production.

Par ailleurs, nous observons une forte demande pour le support à l’exécution et la replanification dynamique, qui permettent de réagir plus rapidement aux aléas. L’aide à la planification est également très sollicitée, notamment lorsque les utilisateurs souhaitent explorer des scénarios sans entrer dans des paramétrages techniques complexes.

De plus en plus, la valeur ne réside pas uniquement dans la production d’un plan, mais dans la capacité à le piloter en langage métier.

Un planificateur peut ainsi demander : « réoptimise ce plan, mais en équilibrant davantage les temps de travail entre les tournées ». Le système traduit alors cette intention en une solution opérationnelle cohérente.

C’est dans ces usages que l’IA démontre pleinement son intérêt : elle réduit la complexité d’usage tout en respectant les contraintes de la Supply Chain.


En quoi votre approche de l’IA se différencie-t-elle de celle des autres éditeurs ?

Notre approche se distingue par son point de départ : nous ne partons pas du modèle de langage, mais de la décision opérationnelle.

C’est un élément clé en Supply Chain. Beaucoup d’acteurs peuvent ajouter une couche d’IA à un logiciel, mais si celle-ci n’est pas ancrée dans l’optimisation, les contraintes et les conditions réelles d’exploitation, elle reste superficielle.

Notre logique est donc simple : optimisation d’abord, IA ensuite.

Le moteur d’optimisation reste la référence. L’IA permet d’y accéder plus naturellement, de mieux le comprendre et de l’utiliser plus efficacement. Cela change profondément la nature du résultat : il n’est pas seulement conversationnel, il devient exploitable, explicable et directement opérationnel.

Cela permet également d’intégrer des années d’expertise en conseil et en modélisation dans les décisions du quotidien, plutôt que de les laisser confinées à des équipes spécialisées.

Au final, le critère déterminant reste le même : aider concrètement un planificateur ou un responsable transport à prendre une meilleure décision sous pression.


Quels exemples concrets pouvez-vous partager ?

Un bon exemple est notre application Zone Engineering Manager, qui optimise à un niveau stratégique les territoires de livraison, les jours de visite et les scénarios de tournées.

L’enjeu n’est pas seulement de produire un design théorique optimal, mais de permettre aux planificateurs de comparer les scénarios, de comprendre les arbitrages et de déployer ces améliorations en conditions réelles.

Cela se traduit par des gains concrets en efficacité, en équilibrage des charges et en qualité de service.

Nous avons également intégré un assistant IA permettant aux planificateurs d’exprimer leurs préférences en langage naturel, plutôt que via des réglages techniques.

C’est un bon exemple d’IA utile : elle réduit la complexité pour l’utilisateur tout en améliorant la qualité du plan.

Plus globalement, l’impact est particulièrement visible lorsque l’IA permet de réduire le temps consacré à l’analyse des exceptions, d’expliquer les recommandations et de replanifier rapidement sous de nouvelles contraintes.

Dans ces conditions, l’adoption se fait naturellement, car les bénéfices sont immédiatement perceptibles.


Comment voyez-vous évoluer vos offres IA dans les prochaines années ?

Dans les prochaines années, l’IA en Supply Chain ne sera plus perçue comme une capacité distincte , mais comme une composante pleinement intégrée des outils de planification et d’exécution.

La trajectoire est celle d’une intelligence décisionnelle complète, avec des systèmes capables d’expliquer, recommander, simuler et optimiser dans une boucle continue.

Cela implique d’accompagner les utilisateurs sur l’ensemble du cycle : anticiper, préparer, planifier, exécuter, suivre et améliorer.

Cela passe également par une plus grande transparence de l’optimisation, dont le caractère de « boîte noire » a longtemps freiné l’adoption.

Si les utilisateurs peuvent comprendre pourquoi un plan a été généré, quelles hypothèses ont été utilisées et comment ajuster les priorités, la technologie devient beaucoup plus accessible.

Le rôle de l’IA est donc clair : non pas remplacer l’expertise, mais l’amplifier.

En Europe notamment, où les entreprises doivent concilier efficacité, niveau de service et contraintes sur les ressources humaines, cette combinaison entre explicabilité et optimisation opérationnelle sera déterminante.


Bio Express

Jordan Bliss CMILT est Vice-Président en charge de la Recherche et de l’IA chez ORTEC, acteur mondial de référence dans la planification et l’optimisation de la Supply Chain.

Fort de plus de 25 ans d’expérience dans la logistique, dont plus de sept ans au sein d’ORTEC à des postes en commerce, business development et avant-vente, il se consacre au développement des capacités en intelligence artificielle de l’éditeur. Il œuvre notamment à transformer des analyses avancées en solutions opérationnelles et scalables, créatrices de valeur mesurable pour les organisations à travers l’Europe.

Il est également membre certifié du Chartered Institute of Logistics and Transport (CMILT).

Site Internet d'ORTEC : www.ortec.com/fr-fr


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