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‘‘ PTV se positionne comme un facilitateur de la mutualisation du transport ’’


Marc DALBARD, Strategic Business Development chez PTV Group

Interview de Marc DALBARD, Strategic Business Development chez PTV Group. Réalisée le 13/02/2018 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique.


Comment se situe la France en termes d’utilisation de solutions d’optimisation de tournées par rapport à ses voisins européens ?

Implantés sur toute l'Europe, nous pouvons constater une pénétration largement inférieure en France qu’en Allemagne, aux Pays-Bas et en moindre mesure en Grande-Bretagne.

Dans ces pays, des sociétés avec des flottes modestes de 10 à 20 véhicules se servent d’outils d'optimisation de tournées alors qu'en France, il est souvent considéré que ces solutions ne font sens que pour la gestion d'une flotte importante.

Pourtant, à travers la réalisation de POC, nous arrivons assez facilement à prouver la pertinence économique de leur utilisation. Nous partons de jeux de données que nous fournissent nos prospects et obtenons des réductions de kilomètres compris entre 5% et 8%. Les retours sur investissement sont dès lors très rapides. Quelques mois suffisent.

Une fois que les entreprises se penchent sur le sujet, elles vont donc généralement au bout de la démarche et génèrent d’importantes économies.


Aujourd’hui, PTV souhaite aller plus loin à travers la mutualisation transport…

En effet. Une fois les gains atteints sur sa propre flotte, nous considérons qu’il reste de belles opportunités de productivité à identifier à travers la mutualisation. 

En associant les flux complémentaires d’un ou plusieurs industriels, il est possible d’obtenir une optimisation globale plus performante que la somme des optimisations locales des flottes de chacune des sociétés.

La démarche peut s’apparenter à ce que fait naturellement l'exploitant à travers l'utilisation d'une bourse de fret. Mais plutôt que de le faire de manière ponctuelle, nous proposons de « structurer la démarche ». Il s’agit de comparer les plans de transport et d’identifier des complémentarités ou des synergies pour profiter de nouveaux gains de productivité.





Quels sont plus précisément les bénéfices de cette mutualisation ?

L’enjeu est d’arriver :

  • à mieux remplir les camions à travers la massification
  • et à réduire la part des kilomètres à vide à travers la combinaison de flux aller / retour.

En découle logiquement une diminution du nombre de moyens sur les routes. Ce qui dans le contexte actuel constitue également un bel argument.

Une fois la complémentarité identifiée, c’est la mise en place d’un système d’échange de flux qui permet aux différents contributeurs de minimiser leurs parts de vide.

Des expériences ont été menées dans le passé avec des résultats très intéressants par divers acteurs : les cabinets de conseil bp2r et 4S Network (avec le projet Centre de Routage Collaboratif) ou encore les chargeurs du GIE Pointe de Bretagne.

Toutes ces initiatives dans lesquelles plusieurs entreprises se regroupent pour faire mieux ensemble que chacune isolée vont, de mon point de vue, dans le bon sens. Nous souhaitons aujourd’hui, nous aussi apporter notre pierre à l'édifice.

Nous aimerions ainsi convaincre des sociétés, qu’elles soient parmi nos clients actuels ou qu’elles ne le soient pas, d’initier un projet de mutualisation transport.

Pour cela, je pense qu’il convient de procéder de manière "agile", de tester concrètement l’intérêt de la démarche avec deux acteurs, d’apprendre de cette expérience et de faire éventuellement évoluer le concept pour ensuite grandir, voire intégrer de nouveaux partenaires.


Quels sont selon vous les freins à lever ?

Le point névralgique concerne la réticence des sociétés à partager leurs données.

Généralement, les professionnels voient bien l’intérêt, ils comprennent les bénéfices qu’ils pourraient tirer d’une telle démarche. Néanmoins quand on leur demande s’ils envisagent d'y aller, ils y opposent régulièrement la sensibilité des données que leur société ne souhaite pas diffuser.

Je pense que nous pouvons contribuer à lever cette appréhension.

Pour y parvenir, il est nécessaire de définir les types et les niveaux de données à communiquer et de bien préciser avec qui les partager. La question se pose en particulier de savoir s’il conviendrait de privilégier une configuration dans laquelle les entreprises partagent directement entre elles les informations ou s’il serait préférable de passer par un tiers de confiance.

Dans cette dernière configuration, le tiers de confiance lancerait les optimisations et proposerait les solutions aux entreprises sans que celles-ci aient accès aux informations du partenaire.

Bien entendu, une telle configuration n’empêchera pas l’exploitant de réaliser les ajustements qu’il jugera nécessaires ni pourquoi pas de refuser une proposition formulée par la solution informatique.

L’opérateur doit continuer à apporter sa valeur ajoutée. Même en modélisant au mieux les process de fonctionnement, il reste toujours des exceptions à gérer.

C’est alors à l'exploitant de venir affiner le scénario qui lui est soumis pour favoriser une combinaison plutôt qu’une autre, arbitrer entre plusieurs contraintes, etc.

Bref, la machine est là pour réaliser très rapidement des travaux chronophages et répétitifs et ainsi faire gagner du temps aux équipes qui peuvent ensuite se consacrer pleinement à des tâches à plus forte valeur ajoutée.


Où en est PTV sur le sujet ?

Nous en sommes finalement encore à des phases exploratoires. PTV s’est néanmoins assigné la mission d’avancer en 2018 dans cette direction. D’abord par le dialogue avec tous les acteurs qui seraient motivés.

Le premier objectif est de comprendre quels sont les freins et comment les lever.
 
Une fois cet état des lieux effectué, nous serons en mesure d’affiner le type de démarche à proposer aux différents acteurs, les typologies d’entreprises et de flux à cibler, etc.

Je pense en particulier à la logistique urbaine pour laquelle cette mutualisation me semble pouvoir clairement représenter une réponse intéressante aux problèmes de saturation.


Le sujet de la logistique urbaine parait en effet à cet égard intéressant… 

Elle constitue certainement un terrain propice à l'expérimentation de la mutualisation pour permettre de limiter les externalités négatives du transport.
Il suffit d’ailleurs d’observer ce qui est en train de se passer avec le développement des moyens électriques pour approvisionner certaines enseignes en centre-ville.

En identifiant des entreprises non concurrentes dont les produits sont commercialisés dans un même magasin, il sera possible de combiner les livraisons dans le cadre de l’optimisation de tournées.


La mutualisation n’est-elle finalement pas nécessairement liée à la contrainte législative ?

Il est vrai que la contrainte législative permet malheureusement d'accélérer les choses. C’est par exemple ce dont nous sommes témoins depuis deux ans vis-à-vis des interdictions sur le diesel.

Quand les élus ont commencé à évoquer l'échéance de 2020, il leur était rétorqué qu’aucune énergie alternative n’était encore présente… Aujourd’hui les lignes sont en train de bouger.

Il est donc clair que l'ultimatum législatif permet d’accélérer les choses. À condition néanmoins qu’il ne soit pas totalement déconnecté de la réalité au risque d’être finalement contre-productif. Je pense par exemple à l’interdiction des camions en ville. Est-il réellement pertinent en termes de circulation de remplacer un véhicule lourd par une quinzaine de véhicules légers ?


Quel rôle peut tenir PTV dans ces démarches de mutualisation ?

PTV peut se positionner comme un éditeur d'outils qui favorisent la mutualisation du transport. Notre rôle n'est pas de prendre la place d'un cabinet de conseil qui pourrait étudier une solution globale. Nous pouvons au contraire venir en complément d'une initiative déjà lancée et assister des experts métiers pour éventuellement faciliter l’analyse des possibilités en particulier s'il s'agit de flux importants et complexes.


Comment ferez-vous pour intégrer des flux issus de différentes entités ?

Nos solutions permettent déjà de le faire aujourd’hui à l’intérieur d’une entreprise ou d’un groupe quand nous optimisons les flux multi agences ou multi dépôts. Nous gérons des ordres de transport provenant d'entités différentes et qui peuvent en interne mutualiser leurs dépôts ou leurs centres régionaux.

Ce n’est donc pas une question de tuyau, mais plutôt de choix des données à faire circuler dans ces tuyaux.


Quid du partage des coûts ?

Nous ne sommes pas ici dans le principe des plateformes d'intermédiation qui vont définir elles-mêmes le prix du transport.

Je pense que les projets qui seront amenés à commencer dans les prochains mois concerneront dans un premier temps deux entreprises. Il leur sera donc assez simple de se mettre d’accord sur les coûts et les prix de cession en fonction d’unité de valeur comme la palette, le mètre linéaire, la tonne ou le m3.


L’intérêt de la mutualisation pour les industriels est clair. Mais qu’en est-il des distributeurs ?

Les distributeurs ont eux aussi tout à gagner de la mise en place de telles démarches. On peut imaginer qu’ils pourront réduire le nombre de réceptions grâce à des lots complets. Les gisements de productivité sont là également évidents.

De manière générale, pour que le sujet fonctionne, tout le monde doit y trouver son compte.


Comment désormais aller plus loin ? Que pouvez-vous proposer à une entreprise que cette approche pourrait intéresser ?

Nous souhaitons être extrêmement pragmatiques sur le sujet.

À l’instar de ce que nous avons fait pour développer de nouvelles fonctionnalités sur nos outils les dernières années, nous aspirons avant tout à intégrer les utilisateurs finaux pour nous assurer de répondre réellement à leurs besoins. Bref, adopter un mode collaboratif.

Le plus important reste, en amont de la solution technique, de pouvoir discuter avec les acteurs concernés par la problématique et qui ne savent peut-être pas par quel bout la prendre.

En réfléchissant ensemble, nous serons en mesure d'initier un premier test puis de déployer rapidement les premiers résultats.

Pour cela le mieux est de se mettre autour de la table et de discuter avec les industriels ou les prestataires pour définir ce qui peut être fait : quels éléments leur manquent pour pouvoir se lancer et qu'est-ce qu'ils peuvent apporter ?

Dans un premier temps, nous proposons à toute entreprise qui serait intéressée de nous contacter. Nous serons en particulier présents comme chaque année sur SITL Europe du 20 au 23 mars 2018.

Techniquement, nous avons des outils qui doivent permettre de commencer rapidement et la possibilité d’effectuer les adaptations nécessaires pour concrétiser les projets. Nous nous positionnerons donc sur le sujet comme un facilitateur.


Bio Express

Marc DALBARD rejoint Loxane en 2005 au moment de la fusion avec PTV pour organiser cette fusion au niveau produit. Il avait auparavant évolué dans les secteurs de l’automobile, du retail et des nouvelles technologies. En charge du marketing produit de l’éditeur et des relations avec la maison mère allemande de 2013 à 2016, il a rejoint en 2017 l'équipe Développement Stratégique pour la division PTV Logistics.

Site Internet de PTV Group : www.ptvgroup.com



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