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L'innovation au coeur de la supply chain (2017)

  INTERVIEW

‘‘Donner aux industriels les moyens d'offrir à leurs clients un niveau de service équivalent à celui proposé par les grands acteurs du e-commerce’’ J. BOUR, DDS Logistics


Philippe MARQUESInterview de Jérôme BOUR, Directeur de DDS Logistics
Réalisée le 03/03/2017 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « L’innovation au cœur de la supply chain (2017) ».


Présentez-nous la démarche innovation de DDS Logistics

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Notre démarche innovation porte à la fois sur l’enrichissement continu de nos solutions TMS existantes (DDS Shipper et DDS Freight) et sur le développement de nouveaux modèles à travers le travail réalisé par notre incubateur logistique.

  Autres contributions

Alexia NARVOR, Marketing Manager Transporeon
‘‘ Transporeon travaille sur la Logistique 4.0’’

Didier GRIS (Directeur de l’Innovation) et de Philippe MARQUES (Responsable Produits), chez A-SIS
‘‘ Les process d'innovation logistique sont souvent très itératifs ’’

Sébastien SLISKI, General Manager Collaborative Supply Chain Solutions chez Zetes
‘‘ Innover n’implique pas forcément de faire table rase de son système actuel ’’

  • L’amélioration continue des solutions TMS existantes

Le marché des TMS est encore jeune. Nos solutions sont donc en perpétuelle évolution.

C’est pourquoi nous adoptons un processus itératif d'enrichissement permanent des offres à partir de la veille du marché, des remontées de nos clients et de nos propres réflexions. Tout ce travail nous permet d’alimenter notre roadmap produit afin d’intégrer des éléments additionnels dans notre offre existante.

A ce titre, notre participation au sein d'associations comme l'ASLOG et les discussions régulières que nous avons avec nos clients et les cabinets de conseil présents sur la place sont très importantes. Elles nous permettent de déceler des tendances, des besoins futurs, etc.

Nous sélectionnons alors les sujets et allouons budgets et équipes afin de développer les chantiers qui donneront ensuite naissance à des modules complémentaires.

Nous annonçons ainsi en permanence de nouveaux modules créés quasiment à partir de 0.

C’est par exemple le cas d’un module de CRM désormais intégré à notre offre destinée aux transitaires. Il ne s’agissait pas d’inventer un CRM généraliste comme il y en a déjà un grand nombre sur le marché, mais plutôt de proposer une solution adaptée au métier du transport international, chose qui n’existait pas jusque-là.

Autre exemple, le développement d’un module Direct Carrier qui sera intégré à la prochaine release. Destiné aux grands comptes exportateurs utilisant le transport maritime, il leur permettra de maîtriser ce mode en termes de coût et de qualité de service à travers la gestion d’une relation directe avec les compagnies maritimes.

  • L’incubateur logistique

La logistique est un marché évoluant très rapidement et marqué par un certain nombre de disruptions en cours ou possibles. Le paysage logistique a par exemple été balayé par l'irruption du e-commerce sur les 10 dernières années et on n'a pas fini de mesurer les effets des nouveaux modèles de type Uber.

Incubateur logisticsC’est en partant de ce constat que nous avons décidé il y a maintenant deux ans de lancer un incubateur.

L'idée est de mener une autre démarche, de ne plus raisonner par rapport à ce qu'on connaît aujourd'hui en termes de solutions, de clients et de marchés. Au contraire, il s’agit de partir d’une page blanche, de travailler sur des modèles non encore couverts par les éditeurs, mais correspondant à un besoin qu'on pressent et sur lequel on est prêt à investir dans un mode startup.

Les sujets concernés sont donc totalement indépendants de notre roadmap produit. Ils sont d’abord identifiés par les équipes de l’incubateur, mais l’objectif est de proposer un fonctionnement ouvert avec l’intégration de réflexions provenant d’acteurs extérieurs.

C’est ainsi que le premier projet a émergé autour du thème de la relation client. Nommé Join2Ship, il s’agit d’appliquer au BtoB, ce qui est déjà présent dans le e-commerce BtoC.




Qu’est-ce que Join2Ship ?

Comme je l’évoquais en début d’entretien, le marché des TMS est encore jeune.

Le taux d’équipement est d’environ 20% et concerne majoritairement les acteurs d'une certaine taille, généralement des entreprises dont les budgets transport sont supérieurs à 3 ou 5 millions d’euros. De leur côté, les petits industriels sont donc très peu équipés dans la mesure où aucune solution n’est aujourd’hui en mesure de couvrir leurs besoins.

D’autre part, nombre de distributeurs mènent désormais des démarches pour avoir un sourcing local un peu plus responsable. En conséquence des petits industriels vont être amenés à travailler pour ces clients distributeurs et devront se conformer à un fort niveau de service, auquel ils ne sont pas forcément habitués.

Pour y parvenir, il convient que tous les prestataires sollicités par l’industriel puissent être intégrés dans un process de dématérialisation des opérations de transport, ce qui peut bien sûr être plus compliqué lorsque les transporteurs utilisés sont eux-mêmes des sociétés de petite taille avec seulement quelques camions.

Partant de ces constats, l’objectif de Join2Ship est de donner les moyens à tout industriel d'offrir un niveau de service équivalent à celui proposé par les grands acteurs du e-commerce. Il s’agit d’enrichir la promesse client d’éléments à forte valeur ajoutée tels que la prise de rendez-vous de livraison ou la traçabilité des expéditions en quasi-temps réel. Le tout dans un mode collaboratif et social à travers une plateforme de type LinkedIn pour accompagner la relation d'affaires entre un industriel, ses clients et ses transporteurs.

La plateforme a donc été lancée en fin d'année 2016 avec un premier client pilote. Elle sera ouverte à partir du mois d’Avril 2017 à d'autres industriels et l'accès à toutes les sociétés est prévu en milieu d'année.

D’après les premiers retours que nous avons pu avoir, nombre d’acteurs de toute taille sont intéressés par un tel système ouvert à tous.

Depuis le mois d’avril 2016, les équipes de l’Incubateur Logistics travaillent sur le développement de solutions de digitalisation des chaînes de transport et de sourcing innovantes.


La solution Join2Ship peut-elle s’apparenter à une bourse de fret ?

Non, la philosophie de la solution est au contraire très différente.

Nous sommes dans l'optique d'accompagner une relation de long terme. Nous pensons de notre côté que cette approche bourse de fret est au contraire plutôt destructrice.

Nous sommes dans l'idée de faciliter une relation de travail déjà existante. En effet, dans le monde du fret, la notion de qualité de service s'appuie avant tout sur la récurrence. Nombre de produits ont des spécificités et vous obtenez généralement une prestation performante quand vos transporteurs connaissent vos flux et vos clients.

Même si pour des produits de grande consommation sur palette banalisée, l’utilisation d’une bourse de fret peut faire plus de sens, encore faut-il que la valeur de la marchandise ne soit pas trop importante. On ne remet pas à un prestataire inconnu une palette contenant pour 10.000 euros de marchandises.

Enfin, il existe également souvent des contraintes sur fiabilité des transporteurs en termes de capacité mise à disposition de l’industriel. Ce qui fait la force des plus petits est d’offrir un niveau de service personnalisé. C’est pour cela que nous avons opté pour cette approche réseau social. Je le répète, nous sommes plus dans l'idée d'accompagner une relation établie, de long terme entre un industriel et ses clients d’une part et ses transporteurs d’autre part.


Quels sont les types d'informations partagées sur ce réseau ?

Le modèle est le suivant : à partir des commandes passées par les clients, l’industriel va pouvoir organiser son portefeuille de livraisons, affecter les commandes aux expéditions et envoyer ses ordres transport auprès de ses prestataires habituels. Le destinataire déclare les créneaux sur lesquels il peut recevoir la marchandise, un rendez-vous est ensuite pris puis l’opération est tracée et son déroulement visible par le client final.

L’information peut soit être consultable directement dans la plateforme ou bien être ramenée dans les systèmes d’informations des clients.

Enfin, pour compléter la digitalisation de la chaine de transport, d’autres éléments seront prochainement inclus, à savoir la preuve de livraison, la signature client et tout document en rapport avec la livraison.


La solution Join2Ship est-elle liée à vos TMS ?

La solution est indépendante. L'idée est qu’elle soit aussi bien utilisable par des acteurs déjà équipés de TMS ou d’ERP que par des acteurs non équipés.

Dans le premier cas, un lien informatique entre les systèmes sera établi et dans le deuxième, les sociétés se connecteront à Join2Ship pour gérer leurs opérations.


Qui, du transporteur, de l’industriel ou du client payera la prestation ?

Le socle de la solution est gratuit. Nous sommes donc sur un modèle freemium comprenant un certain nombre de services liés à cet aspect réseau : identification des clients et transporteurs, gestion du planning de rendez-vous, etc. C’est assez novateur dans la mesure où certains de ses services sont proposés sous forme de prestations payantes par d'autres plateformes.

D’autres services additionnels, cette fois-ci payants sont proposés. Il s’agit de la gestion des expéditions, du groupage, du tracing temps réel, etc. Des éléments qui, en définitive, bénéficient avant tout à l’expéditeur et lui sont proposés à la transaction, c’est-à-dire liés au nombre de livraisons.

De leur côté, ni le client, qui est déjà facturé de la livraison par le chargeur, ni le transporteur, qu’il convient avant tout de réussir à embarquer ne sont facturés de l’utilisation de la prestation.


Comment les transporteurs utilisent-ils concrètement Join2Ship ?

Une application mobile leur est mise à disposition gratuitement. Elle leur permet de remonter de l'information de la même manière que le ferait un UPS ou un DHL.

Ils peuvent donc l’utiliser sans investissement, à partir du moment où le chauffeur a un téléphone et un GPS activé.

Cela permet ainsi au client de recevoir l'information sur le déroulement de la livraison en temps réel.


Quelles sont selon vous les prochaines innovations qui devraient impacter le secteur logistique ?

Le développement durable, même si nous en avions déjà parlé il y a quelques mois, constitue selon moi un élément qui va forcément rapidement impacter le marché.

Il y a aujourd’hui une réglementation très incomplète. Dans certains pays, il s’agit de taxe carbone, dans d'autres de déclaratif carbone, etc.

L'importance du sujet va monter et il y aura forcément des éléments d'innovation autour de la réduction de l'empreinte carbone du transport. On ne sait pas précisément sous quelle forme, mais il est clair que ce sujet va redevenir d'actualité.

L’autre sujet qui aura un impact dont il est encore difficile de mesurer l’ampleur est celui des démarches de type block chain sur lesquelles nous avons également commencé à investiguer.

L’idée d'avoir une vision partagée, une information répartie entre les acteurs dans le monde fait forcément beaucoup de sens en supply chain.


Bio Express :

Jérôme BOUR a pris la Direction de DDS Logistics en 2000. Il a auparavant occupé les postes de Directeur Informatique du Groupe DAHER, de Responsable de l’organisation et des systèmes opérationnels chez DHL et de Consultant chez Ernst & Young.

Site Internet de DDS Logistics : www.ddslogistics.com

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