| Passer
des principes à l’action de
terrain
Nous pensons que deux écueils guettent
la mise en oeuvre du développement
durable. Tout d’abord, l’attachement
excessif à des notions consensuelles
et rassurantes mais trop générales.
Nous ne contestons pas l’importance
de proclamer des valeurs, des principes
d’équité, de transparence,
une volonté de conjuguer le court
terme avec le long terme, une éthique,
etc. Mais le danger est de penser que dire
c’est faire. En d’autres termes,
communiquer sur des idées généreuses
et séduisantes ("Green washing")
pour le plus grand nombre, ne se décline
pas nécessairement en actions concrètes
et mesurables. Ensuite, vouloir aller rapidement
vers des solutions rattachées à
des idées trop simplifiées
: "Les camions représentent
25 % des émissions de gaz à
effet de serre, donc il faut se concentrer
sur le transport". Mais sont-ils les
seuls émetteurs de CO2 dans l’entreprise.
La première étape devrait
consister à poser correctement le
problème avant de se précipiter
vers des solutions qui, à l’instar
des valeurs dont nous avons parlées
plus haut vont surtout rassurer au lieu
de conduire à la pertinence.
L’approche
Mettre du développement durable dans
une organisation, c’est penser les
activités en termes de consommation
de matières et d’énergie
non renouvelables. Pour optimiser les processus,
on cherche à réduire le nombre
d’actions sans valeur ajoutée.
Pour agir durablement, on diminue et on
optimise le temps d’utilisation des
actifs et des équipements. Le temps,
c’est de l’argent mais aussi
de l’énergie. Un bilan de développement
durable sous forme d’un diagnostic
mené dans l’entreprise est
donc une première étape.
C’est ensuite se donner une métrique
et donc mesurer. Il y a environ 30 méthodes
de bilan carbone dans le monde qui utilisent
toutes un modèle différent.
Toute entreprise peut anticiper et introduire
l’indicateur CO2 qui lui donnera souvent
une vision inattendue sur son fonctionnement.
Nous ne pourrons pas décrire de manière
exhaustive tous les domaines concernés
par le développement durable dans
les chaînes logistiques, mais nous
pouvons évoquer quelques axes.
Une
nouvelle race d’entrepôt
Grands consommateurs de ressources et producteurs
de déchets, les entrepôts sont
désormais contraints de surveiller
de près leur consommation. Le concept
d’entrepôt vert passe par la
maîtrise de la consommation d’énergie
avec des « éco-construction
», dans des matériaux naturels
(le bois), et capables de tirer profit de
l’énergie à la fois
éolienne et solaire ainsi que de
la récupération des eaux de
pluie. Ces entrepôts feront partie
de plates-formes logistiques regroupées
et mutualisées. Elles succèderont
aux plates-formes logistiques moins grandes
mais plus nombreuses.
Stockage
et emballage
L’automatisation
joue un rôle clé dans ce domaine
où la contrainte principale est l’espace.
Que ce soit pour le stockage ou l’expédition
de colis, on recherche l’optimisation
de l’emballage et c’est vers
la compacité que l’on s’oriente.
C’est par exemple des machines ou
des processus d’emballage qui permettent
de redécouper et d’adapter
les cartonnages à la taille de leur
contenant. L’optimisation de l’espace
d’entreposage impacte aussi bien la
dépense d’énergie (distances
plus courtes et surface d’entrepôt
à alimenter réduite).
Optimisation
du transport et des tournées
C’est principalement la réduction
des émissions de CO2 que l’on
recherche; mais au-delà des moyens
de transport alternatifs envisageables (fret
ferroviaire, transport multimodal), l’entrepôt
peut au préalable mener des actions
non négligeables dans ce domaine.
En addition, l’utilisation
d’un "Transport Management System"
(TMS) s’inscrit autant dans l’optique
de développement durable que dans
celle de réduction des coûts
pour l’entreprise. Optimiser les tournées
avec un logiciel dédié peut
permettre de réduire de manière
significative le kilométrage et,
de ce fait, les rejets de CO2 ainsi que
les frais qui y sont liés, parfois
jusqu’à la réduction
même de la flotte de véhicules
ou de chauffeurs.
Tri
des déchets et utilisation des matières
premières
Actif en Allemagne depuis maintenant de
nombreuses années, le tri des déchets
se démocratise enfin dans nos entrepôts
où l’on observe de plus en
plus la présence de containeurs dédiés
à une catégorie particulière
de déchets, et pour certains le recyclage
sur place. On peut voir ici une opportunité
d’optimiser le remplissage des camions
en évitant les trajets de retours
à vide.
Conclusion
La mise en place d’actions en adéquation
avec l’idée de développement
durable ne s’inscrit pas nécessairement
dans un schéma d’alourdissement
des dépenses mais peut porter la
stratégie de l’entreprise.
Elle conduit à un changement de perception
à l’intérieur et à
l’extérieur des organisations,
qui véhiculent alors une image innovante,
créative et dynamique. Cela peut
constituer un critère de choix dans
la recherche de nouveaux marchés
ou de partenariats notamment avec les services
publics. C’est également valable
auprès du client final dont la sensibilisation
à l’environnement grandit de
jour en jour.
Pierre
Freydiert
Directeur de projet, Groupe GCL
www.gclgroup.com
Extrait
de l’article paru dans « Transport
et Logistique » |