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Digitalisation de la supply chain

INTERVIEW

‘‘La digitalisation de la supply chain n'est pas un objectif, mais un moyen’’ J-P. GAUTIER, ACSEP


Arnaud MARTIN, Directeur Marketing d’AKANEAInterview de Jean-Pierre GAUTIER, Directeur des métiers chez ACSEP
Réalisée le 07/11/2017 par Frédéric LEGRAS, Directeur du Portail FAQ Logistique dans le cadre du dossier thématique « Digitalisation de la supply chain ».


Comment définir les termes « digital » et « supply chain digitale » ?

Comme toute expression dans l’ère du temps, le terme digital est aujourd'hui un peu utilisé à tort et à travers et englobe énormément de sujets.

  Autres contributions

Alexia NARVOR, Marketing Manager Transporeon
‘‘ La digitalisation du secteur s’accélère’’

Bruno LACOSTE, Responsable Commercial d’A-SIS
‘‘ Il ne suffit pas de brancher un nouveau système pour que la digitalisation soit effective  ’’

Jérôme BOUR, Directeur de DDS Logistics
‘‘ La digitalisation du transport va se banaliser ’’

Arnaud MARTIN, Directeur Marketing d’AKANEA
‘‘ Le système d’information n’est qu’un support de la digitalisation supply chain ’’

Emmanuelle SCHMITT, Consultante CHRYMELIE
‘‘ La Convergence des Systèmes D’information, juste une simplification des flux ? ’’

Au moment de la définition du périmètre, nombre d’acteurs qui souhaitent se lancer dans un projet de digitalisation nous demandent d’ailleurs de commencer par leur en préciser la signification.

Concrètement, nous considérons le digital comme étant la diffusion de tout ce qui est informatisé, le lien avec le traitement de la donnée est dès lors évident.

Le digital peut donc être vu comme un mode de communication, qui valorise la donnée.

Les équipes marketing ont été les premières à se pencher sur le digital avec comme objectif de mettre de l'information à disposition du consommateur final.

La supply chain a ensuite pris conscience de l’intérêt du sujet. En effet, si l’entreprise est capable de renseigner précisément le client final, pourquoi ne pas en faire bénéficier également les opérations transport et logistique ?

Il s’agit en particulier d’accélérer la mise à disposition d’informations auparavant obtenues par les canaux traditionnels comme le téléphone ou l’e-mail. Celles-ci peuvent par exemple concerner un problème survenu sur une commande et être remontées à travers un portail collaboratif.

Tout cela est rendu possible grâce aux avancées technologiques en termes de traitement des informations et à la démocratisation des équipements mobiles (tablettes, smartphone, etc.). Un nombre croissant de données peut donc désormais être traité en temps réel et être directement mis à disposition des personnes qui en ont besoin où qu’elles se trouvent.

Néanmoins, pour que tout cela fonctionne, encore faut-il que les données utilisées soient stables. Il est en effet contre-productif de digitaliser une information qui serait fausse ou obsolète.




Cela signifie-t-il qu’avant tout lancement d’une démarche de digitalisation, il est nécessaire de mener un chantier préalable de fiabilisation des données d'entrée ?

En informatique, nombre d’acteurs ont tendance à construire des requêtes dont le seul effet est « d’additionner des pommes et des poires ». Le résultat obtenu n’est dès lors pas pertinent et risque plutôt d’induire en erreur.

Un important travail de qualification de la donnée est donc en effet généralement nécessaire et nous pouvons utiliser à cet effet des outils comme Data Quality.

Il convient de garder à l’esprit que la digitalisation n'est pas un objectif, mais un moyen. Elle vise en particulier à adresser la bonne information au bon moment à la bonne personne.

L'objectif d’une organisation va plutôt être de gagner des parts de marché et pour cela de se différencier en s’appuyant sur la technologie et les nouveaux outils à disposition.

Pour valoriser une donnée, il est nécessaire de bien appréhender ce qui est transmis et de quand date l’information.

Un leader sur deux n’a pas accès à la bonne information. Il est donc fréquent que les dirigeants d’une entreprise ne soient pas en mesure de prendre les bonnes décisions, faute de disposer des informations pertinentes.
Excel reste l'outil le plus utilisé dans notre secteur car il est simple, économique et utilisé par tous. Néanmoins, il ne se prête pas bien à la digitalisation. La structure de sa base de données n'est pas normée pour communiquer avec plusieurs intelligences.
Or il est très rare qu'il n'y ait que deux intelligences en présence dans les sujets de digitalisation.
Un schéma classique consiste par exemple à extraire le numéro de la commande de l’ERP, le nom du client du CRM et l'identifiant du transport du TMS.
La problématique va être de récupérer ces trois données, de vérifier qu'elles appartiennent bien au même événement et de diffuser les informations pertinentes aux bonnes personnes.

L’information communiquée doit être valorisée et bien souvent simplifiée. Il s’agit de ne pas noyer une information importante au milieu d’autres non qualifiées.


Quels types de profils retrouvez-vous généralement en face de vous chez vos clients au moment d’aborder ces sujets ?

Je l’évoquais en début d’entretien, ce sont très souvent les personnes qui gravitent autour du marketing qui donnent une impulsion aux projets de digitalisation. Elles veulent apporter du service et de la visibilité aux consommateurs en particulier sur les dates prévisionnelles de livraison.

Je les rencontre ainsi fréquemment à l’occasion de groupes de travail ou d’audits. Elles souhaitent bénéficier de visibilité sur les niveaux de stocks, les réapprovisionnements en cours, les camions en retard, etc.

Les directions SI commencent également de plus en plus à prendre le sujet en main. Constamment surbookées, elles souhaitent désormais intégrer les acteurs qui interviennent sur une commande, définir les éléments qui sont nécessaires à chacun et les partager à travers une solution collaborative pour s’assurer que chaque entité dispose des mêmes informations.

À ce sujet, il est important que l’information circule dans les deux sens et qu’elle ne soit pas uniquement diffusée de l’entreprise vers ses clients.

Prenons le cas dans lequel le client contacte le SAV de la société : celui-ci doit être en mesure de récupérer l’historique des échanges, comme par exemple le détail du retour d’une marchandise.

Très souvent, au démarrage des projets cette double dimension n’est pas présente.


Pourriez-vous nous présenter des exemples concrets de l’intérêt de la digitalisation pour les opérations de l’entrepôt ?

Dans l’entrepôt, la digitalisation entraine de nouvelles bonnes pratiques.

Tout est devenu plus simple. Les informations étant digitalisées, le nombre de terminaux est réduit. Il n’est plus nécessaire de disposer d’une borne transport pour chaque prestataire, car on peut consulter l’ensemble des données sur un unique point d’accès.

Sur des entrepôts de grande taille, la digitalisation permet à un opérateur de recevoir et de traiter l’information où qu’il se trouve, sans avoir à revenir à son poste de travail. Il peut ainsi faire son inventaire à partir d’une tablette. Les gains de déplacements et de temps sont évidents.

Pour la préparation de commandes, nombre d’informations particulièrement utiles sont mises à disposition. C’est par exemple le cas dans le textile, avec l'affichage sur l'écran d'une photo de l’article à prélever avec la bonne couleur, le descriptif, le conditionnement, etc. Il est également possible à travers la reconnaissance automatique de s’assurer que l'opérateur a pris la bonne référence.

La technologie permet en outre de bénéficier d’alertes telles que l’estimation de la charge de travail restante dans l’entrepôt à un instant T en fonction des commandes et de l’historique de l’activité. Une demi-seconde suffit pour le calculer. Il y a dix ans, cela prenait une minute et il y a 20 ans il fallait compter une demi-heure.


Quels conseils pourriez-vous adresser à des entreprises souhaitant mener une démarche de digitalisation de leur supply chain ?

La logistique est devenue un centre de profit. Son informatisation a eu pour but d’accélérer la réalisation des opérations.

Néanmoins, nombre de projets logistiques ont échoué à cause de l'informatique : le cahier des charges n'était pas bon, les gens n'étaient pas formés, la technologie n'était pas prête.

Aujourd’hui encore, la digitalisation peut pénaliser les projets comme à l'époque de l’informatisation des entrepôts.

Les prestataires logistiques sont focalisés sur la productivité car les enjeux sont énormes. Prenons un opérateur qui va faire entre 5.000 et 10.000 gestes à la journée. On comprend bien qu’une perte de deux secondes sur une opération aura un impact de plusieurs heures sur une journée de travail une fois appliquée à l’ensemble des équipes.

Lors d’un démarrage d'activité, les deux premières semaines suffisent pour savoir si le projet sera un succès ou un échec. Si c’est un échec, il faudra 6 mois au minimum pour s’en remettre.

De manière générale, je dirais que trop d'informations tuent l'information.

Il ne faut surtout pas mettre à disposition un « annuaire », mais bien repérer les données pertinentes et utiles en fonction de chaque besoin.

La donnée ne doit pas forcément être poussée mais être disponible en self service.

Il faut garder en tête que la logistique a pour principal objectif de placer les bons produits dans les bons cartons puis de charger ces cartons dans les bons camions. Le projet de la digitalisation doit avant tout viser à faciliter cette mission.

Finalement, développer un programme informatique et stocker de la donnée est relativement simple. Ce qui est plus compliqué c’est de définir les bonnes règles de gestion et de bien structurer les entrepôts de données. C'est généralement là que se cachent les principaux risques.

Les modes opératoires doivent être bien définis et de manière exhaustive.

Par exemple, si je sors une étiquette et que je me suis trompé, comment est-ce que je fais pour annuler ma réception ? Si j'annule ma réception, qu'est-ce que je fais de mon étiquette ? Est-ce que je peux en ressortir une autre ? Et si oui, sous quelles conditions ?

Ce qui se conçoit bien s'exprime clairement. Si on n'arrive pas à mettre à plat les choses, on ne digitalisera rien ou bien des fonctions inutiles. Il convient donc de rester simple.

Au niveau du projet, le cahier des charges devra bien déterminer qui a besoin de quoi et selon quelle fréquence.

Le sujet étant encore relativement nouveau, il est compliqué pour les entreprises de s’appuyer sur la courbe d’expérience et les risques encourus sont donc plus grands.


Est-il du coup dangereux pour les sociétés de se lancer tout de suite ? Ne serait-il pas préférable d’intégrer les retours d’expérience des confrères ?

Je ne pense pas.

Les pilotes et les POC permettent de s’affranchir de tels risques. Il est possible de mettre les systèmes en phase de test. La technologie nous permet par exemple d’intégrer les données réelles d’une journée de travail et de tester les apports de la solution par rapport à l'existant.

Il devient ainsi très simple d’identifier les bénéfices et ce qu’il convient d’adapter en termes de systèmes et de process pour que le démarrage soit un succès.


Présentez-nous l’offre d’ACSEP vis-à-vis du digital.

Nos clients génèrent de la donnée tous les jours. Cependant, bien souvent ils ne savent pas quoi en faire. Nous les accompagnons sur le volet supply chain.
Nous mettons en œuvre des solutions d’ESB (transport de la donnée en temps réel), de Data Quality, de MDM (Master Data Management ou centralisation du référencement de la donnée) dans l’objectif de proposer de véritables solutions de Big Data.

Nos clients souhaitent généralement avoir en face d’eux un minimum d’acteurs à coordonner. Dans la mesure où nous maitrisons toute l’architecture tant sur le plan de la donnée que du métier de la logistique, nous pilotons le projet : du design des solutions à leur mise en œuvre.

Notre accompagnement est donc large et concerne le conseil en ingénierie logistique, l’intégration de logiciels, la gestion de projet, la formation, le développement de solutions, le support, la maintenance et l’hébergement en mode Cloud.

Nous intervenons en particulier chez les e-commerçants, les chargeurs de la distribution et les grands prestataires logistiques pour le compte desquels nous restituons la donnée au format demandé et en permettons la consultation en libre-service.

Au-delà de ces services, nous maintenons les solutions de nos clients en condition opérationnelle et ce sont ainsi près d’un million de flux que nous supervisons chaque mois.

Au niveau des outils, nous avons nos propres solutions telles que notre WMS IzyPro et notre portail collaboratif IzyWeb, mais nous sommes également partenaires et intégrateurs des solutions TALEND et Reflex (Hardis Group).

Enfin, nous avons aussi renforcé le volet conseil de notre offre.

Globalement, notre cœur de métier concerne la digital supply chain. Nous considérons qu’elle intervient au croisement entre l'opérationnel et l'informatique. Aujourd'hui, si nos clients font appel à nous c'est justement parce que nous sommes en mesure d’associer une expertise très fine dans ces deux univers.


Comment est née l’idée du portail collaboratif que vous avez développé ?

C’est avant tout un besoin du marché qui nous a été remonté par nos clients qui souhaitent bénéficier d’une visibilité fine et totale sur l’état d’avancement de leurs opérations (lancement de vague entrepôt, départ du colis, etc.).

La digitalisation permet cette traçabilité.

Reprenons l’exemple du SAV. Lorsque le client final appelle, le SAV va saisir le numéro de commande et va avoir accès à l’historique des évènements logistiques associés. Dans la mesure où on est sur un outil qui est sur la même base de données que le WMS, il suffit que l’opérateur renseigne l’information sur le portail. L’EDI n’est alors plus nécessaire. La base de données est donc directement renseignée. Le schéma des flux est simplifié entre un outil d'exploitation et des utilisateurs qui ne sont pas concernés par les problématiques logistiques.

La solution est collaborative dans la mesure où tout le monde vient chercher l'information qui l'intéresse, une information hiérarchisée correspondant réellement à ce dont chacun a besoin.

Par exemple, le fournisseur peut consulter le stock de ses produits. Il n’a accès qu’à ses fiches articles. Une fois que ses seuils minimums sont dans le rouge, il peut piloter son propre stock chez son client à travers le portail.


Bio Express :

De formation technicien supérieur en logistique, Jean-Pierre GAUTIER a occupé différents postes de Direction d’Entrepôt et de Projets chez Hays Logistique (désormais Kuehne+Nagel).

En 2000, il co-fonde l’éditeur L4 Epsilon, entreprise au sein de laquelle il occupe la Direction des Opérations puis la Direction Générale.

En 2011, il rejoint ACSEP en tant que Directeur des Métiers. À ce titre :
- Il apporte son expertise opérationnelle dans l’organisation et l’intégration des projets
- Il définit la roadmap de la solution IzyPro (WMS développé par ACSEP) en regard de l’évolution des métiers et des schémas de distribution.
- Il conseille les entreprises dans leurs choix stratégiques et opérationnels.

Sites Internet d'ACSEP : www.acsep.fr, www.izypro.fr


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