La
seconde dimension est horizontale et collaborative.
Elle s’adresse plutôt à des industriels
de taille moyenne ou petite qui n’ont
pas la capacité de payer du transport
à la palette, et pour lesquels se mettent
en place des solutions ayant pour objectif
de constituer des camions complets du
début jusqu’à la fin de la chaîne. Mais
ces industriels pris isolément n’ont pas
de volumes suffisants pour constituer
des camions complets : ils se regroupent
dans les Centres de Consolidation et de
Collaboration.
La
3e dimension n’existe pas vraiment encore,
mais elle pourrait voir le jour dans les
prochains mois ou les prochaines années
: c’est la collaboration entre grands
distributeurs. « Il n’est pas aberrant
de penser qu’un jour, compte tenu de considérations
de développement durable, ces Centres
de Consolidation et de Collaboration ne
travailleront pas pour un client unique,
Carrefour en l’occurrence, mais aussi
pour Auchan, Casino… » avance Éric
Hemar.
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Retour sur l’année 2005
« Mon entreprise a été retenue en
2005 par Carrefour dans le cadre du projet
pilote de Centre de Consolidation et de
Collaboration », se remémore Éric
Hemar pour qui, « il s’avérait que
certaines PME/PMI performantes en production,
étaient confrontées de par leur taille
ou leur positionnement géographique, à
des problèmes logistiques. Elles étaient
en rupture sur nombre de leurs produits
». Comment leur apporter une solution
clé en mains ? Le choix de Cavaillon pour
le premier Centre de Consolidation n’était
pas dû au hasard : cette ville du sud
de la France, était au rendez-vous de
produits en provenance d’Espagne et d’Italie.
« Nous avions là une plate-forme
de 30 000 m² pour le stockage et la distribution
de produits alimentaires. Carrefour décidait,
dans le cadre d’une réorganisation de
ses flux, de concentrer le stock alimentaire
à Brignoles, et de regrouper à Cavaillon
des produits de parfumerie. Mais la parfumerie
ne remplissait que la moitié du bâtiment
», narre Éric Hemar.

Telle
fut la genèse du pilote de CCC lancé par
Carrefour en septembre 2005 : on était
en présence de PME/PMI dont la Supply
Chain laissait à désirer, de fournisseurs
européens proches, et d’une plate-forme
logistique opérationnelle dans laquelle
des cellules restaient vides. D’où l’idée
de mutualiser les moyens, l’encadrement,
la logistique, la distribution… Le CCC
d’ID Logistics Cavaillon vit le jour avec
un fournisseur espagnol (en l’occurrence
Borges, producteur d’huiles à marque de
distributeur) pour l’activité de Carrefour
Hypermarché. À l’issue de la première
année, une quinzaine de fournisseurs étaient
au rendez-vous sur ce même entrepôt, puis
25… Dans une seconde étape de son développement,
ce CCC a servi l’activité Supermarchés,
puis celle de Carrefour Belgique. « Au
départ, les industriels acceptant de jouer
le jeu, ont été satisfaits de la qualité
de service obtenue, du prix extrêmement
compétitif, de l’autonomie de décision
», estime Éric Hemar, pour qui, « la
solution informatique leur donnait une
bonne visibilité sur leur stock… Une visibilité
qu’ils n’avaient pas auparavant ».
Concrètement,
le contrat de prestation était
(et reste) acté entre le fournisseur
et son prestataire (et non Carrefour)
qui gère ses marchandises. Aujourd’hui,
ce sont ainsi 72 fournisseurs du sud de
la France et de l’Europe (Italie,
Espagne) qui sont logés dans l’entrepôt
ID Logistics de Cavaillon. En l’occurrence,
c’est une plate-forme de stockage
tout à fait classique en grande
distribution (1 000 références
de produits PGC-DPH), gérée
au moyen du logiciel Infolog et d’outils
de communication sur portail Web (développé
en interne). Elle dessert 26 plates-formes…
« À l’origine,
nous avions acquis la licence du logiciel
de gestion d’entrepôt. Nos
équipes informatiques ont réalisé
tous les développements ultérieurs
pour communiquer via Internet avec les
fournisseurs », explique Éric
Hemar : « et lorsque Carrefour
a procédé au déploiement
du concept des CCC, c’est lui qui
a négocié avec Generix pour
mettre en place une solution SaaS (Software
as a Service) de logiciel en tant que
service ».
Le
CCC s’adresse à des industriels qui produisent,
pour la grande majorité, des produits
à marque de distributeur destinés à la
grande distribution, en l’occurrence,
aujourd’hui, la marque Carrefour. Le rangement
des marchandises de ces industriels est
complètement mutualisé, d’où la nécessité
de disposer d’un outil informatique puissant.
Les clients eux-mêmes doivent bénéficier
d’une très bonne transparence puisque
leurs palettes sont éclatées sur la totalité
du stock.

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Les industriels présents dans le
CCC de Cavaillon
Ce
sont des industriels souvent français,
mais aussi espagnols ou italiens, voire
provenant d’un peu plus loin sur la petite
Europe, qui ont confié leurs marchandises
à ID Logistics. Une démarche qui a représenté
pour un certain nombre d’industriels une
certaine facilité de disposer d’un point
d’entrée unique : pour tel industriel
espagnol, aller livrer toutes les plates-formes
de distribution de Carrefour dans toute
l’Espagne avec des impératifs de délai
constitue un challenge impressionnant,
notamment lorsqu’il n’a pas de gros volumes
à livrer, ni une grosse capacité à acheter
du transport. Le Centre de Consolidation
et de Collaboration est donc un facilitateur
de point d’entrée chez le grand distributeur.
« L’industriel amène ses produits
dans notre centre de Cavaillon et toute
la distribution dans tous les magasins
Carrefour est organisée », détaille
Éric Hemar : « l’industriel n’a plus
à s’en occuper ».
En
contrepartie, l’industriel doit respecter
un cahier des charges précises, quant
au minimum de disponibilité des produits
exigés par Carrefour, équivalent à 20
jours de stock afin d’éviter les ruptures,
et doit accepter le mode de préparation
des commandes qui prévaut… Les fournisseurs
pénétrant dans ce centre de Consolidation
et de Collaboration sont tous soumis au
même Cahier des Charges, ce qui constitue
un élément clé pour le prestataire logistique
: le Centre de Cavaillon qui compte aujourd’hui
quelque 80 fournisseurs, travaille avec
chacun d’eux de la même façon, puisque
le contrat est signé entre le prestataire
et chaque industriel.
Le
reste du processus est inchangé. Carrefour
passe des commandes standards à chacun
de ses fournisseurs qui relaient ces commandes
à leur prestataire. Ce dernier prépare
les commandes de chacun des fournisseurs
par magasin.Le mode de transport est mutualisé
: la plate-forme de Cavaillon livre toutes
les plates-formes Carrefour (une quinzaine)
sur lesquelles les marchandises transitent
en cross-docking.

«
Chaque jour, un camion complet, mutualisé,
quitte Cavaillon en direction de ces plates-formes
», souligne Éric Hemar : « et comme
les préparations ont été assurées par
magasin, les marchandises parvenant sur
chaque plate-forme Carrefour peuvent être
immédiatement éclatées pour rejoindre
les commandes des magasins déjà en cours
de préparation dans cet entrepôt
». C’est Carrefour qui prend en charge
le transport en sortie du Centre de Consolidation
et de Collaboration : dans chaque camion,
se trouvent toutes les marchandises des
industriels auxquels Carrefour a passé
commandes. On est donc là en quelque sorte
en présence d’une GMA pilotée par le client
final.
Essentiel
! Le stock présent dans le CCC reste la
propriété du fournisseur : il devient
la propriété du distributeur à la sortie
de l’entrepôt. Ceci représente certes
une difficulté dans les discussions entre
le distributeur et les fournisseurs, puisque
chacun de ceux-ci continue à porter le
stock pour le compte du grand distributeur…
En contrepartie, ce dernier améliorer
ses ventes, améliore la disponibilité
des produits dans les magasins, massifie
le transport pour que le fournisseur soit
toujours logé dans des camions complets.
La massification dans un lot complet constitue
un véritable gain économique : les industriels
admettent que ce modèle de collaboration
est un atout pour le développement de
leurs ventes.
«
Le CCC est la solution d’avenir
», conclut Éric Hemar, « car il répond
à des problématiques très concrètes pour
des entreprises de taille petite ou moyenne
qui ne sont plus en charge des livraisons
aux 15 plates-formes d’éclatement de leur
grand client distributeur. Elles n’ont
plus qu’un seul point unique de regroupement
de leurs marchandises. Le fait de ne plus
avoir à s’occuper des livraisons en aval
est un élément très positif puisqu’auparavant,
les industriels devaient livrer sans retard
(sinon, gare aux pénalités !) chacune
de ces 15 plates-formes, mais rarement
en camion complet. Bref, ils maîtrisent
beaucoup mieux le processus qui était
autrefois très compliqué. Ils y gagnent
en satisfaction du client. Le CCC autorise
en outre un important développement des
ventes ».
Depuis
janvier 2009, Carrefour développe une
nouvelle activité sur le Centre de Collaboration
et de Consolidation de Cavaillon avec
des fournisseurs non alimentaires (vélos,
ballons, glacières…) : quatre fournisseurs
ont démarré sur cette activité.
ID
Logistics s’engage aujourd’hui dans une
stratégie de développement de ses CCC
pour ses clients. Le modèle a été suffisamment
séduisant pour inciter ID Logistics à
ouvrir au début 2010 un second CCC, à
Miramas, pour la consolidation des alcools
: pour l’heure, une quinzaine d’industriels
y sont présents, mais ce n’est là probablement
qu’un début. Il est clair qu’ID Logistics
a un excellent savoir-faire en consolidation
et en collaboration. Un troisième CCC
est à l’étude… « Nous proposons nos
services à d’autres distributeurs susceptibles
d’être intéressés par le modèle des CCC
», admet Éric Hemar pour qui, « dans deux
ou trois ans, les CCC devraient être beaucoup
plus ouverts qu’aujourd’hui ».
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Et demain ?
«
Pour intéresser un certain
nombre d’industriels de taille moyenne,
nous avons bâti une offre GMA…
», nous dévoile Éric
Hemar, «…une offre qui
intéresse aujourd’hui une
dizaine de clients de notre Centre de
Consolidation et de Collaboration
». Cette offre intéresse
aujourd’hui plutôt les clients
les plus importants, ceux qui gèrent
dans cet entrepôt de Cavaillon quelque
500 à 800 palettes. À suivre,
donc…
Jean-Claude
Festinger
www.aslog.org