| "L’essentiel
à savoir à propos de la RFID, c’est qu’elle
rend la gestion d’inventaires aussi facile
que de mettre un pied devant l’autre"… Le
propos se veut drôle, mais le fond est extrêmement
sérieux : « la RFID (Radio Frequency
Identification) peut être mise en oeuvre
pour résoudre le problème de la démarque
», avance Paul Ponçon, directeur des ventes
chez IER. De son côté, Éric Heurtier, directeur
commercial de l’activité RFID chez IER,
ajoute : « car si la RFID est surtout
utilisée pour l’identification des biens
et des personnes, elle trouve également
sa place dans les domaines de la logistique
». Se référant aux études de l’association
ECR (Efficient Consumer Response), ce dernier
indique qu’une enquête d’ECR Europe datant
d’octobre 2006, a permis d’évaluer à 2,41
% du chiffre d’affaires, le taux global
de la démarque, c’est-à-dire des produits
perdus, cassés, périmés, volés. En Europe,
cette démarque s’élève à 24,17 milliards
d’euros, soit 465 M€ par semaine. Son origine
se répartit entre le fabricant pour 5,68
milliards d’euros, les centres de distribution
pour 1,2 milliard pour et les surfaces de
ventes pour 17,29 milliards. « Contrairement
aux États-Unis, les centres de distribution
en Europe sont moins touchés par la démarque
», estime Éric Heurtier : « plus spécifiquement,
pour la grande distribution, la perte de
stock compte pour 1,84 % du chiffre d’affaires,
soit 18,49 milliards d’euros ». Cette
perte se répartit entre le vol externe (38
%), le vol interne (28 %), la fraude volontaire
du fournisseur (7 %) et l’erreur administrative
(27 %) : DLC [Date Limite de Consommation]
dépassée, mauvais étiquetage, erreur d’identification,
erreur de stock… « On constate aussi
que pour 93 %, la perte est engendrée dans
le magasin et au niveau de son approvisionnement
par l’entrepôt, tandis que pour 7 %, elle
est à mettre sur le compte des centres de
distribution ». Le grand problème pour
les organisations tient au fait que la démarque
n’est souvent qu’estimée, voire parfois
totalement inconnue.
Quelles
solutions contre la démarque ?
Aux
dires d’Éric Heurtier, « les commerçants
investissent massivement dans une multitude
de solutions avec l’espoir de réduire considérablement
les pertes. Néanmoins, sur l’ensemble des
mesures, seules 50 % de celles susceptibles
d’être utilisées, le sont effectivement
». Nombre de commerçants et de logisticiens
investissent en effet dans des installations
antivol, des caméras de surveillance, des
systèmes GPRS installés dans les véhicules
de livraison. Ils se tournent également
vers des solutions automatiques de réassortiment.
Mais alors, pourquoi pas la RFID
?
Pour mémoire, un système RFID est constitué
d’étiquettes électroniques (communément
appelées "puces" ou "tags"), d’une antenne
de lecture et d’un lecteur raccordé au serveur
informatique. L’étiquette comporte elle-même
un composant électronique ou "inlay" formé
par le circuit électronique proprement dit
et son antenne, et son conditionnement.
Trois technologies d’étiquettes électroniques
sont à l’ouvrage : l’étiquette passive (sans
pile, ni batterie) ne répond qu’au champ
électromagnétique, tandis que l’étiquette
semi-active répond au champ avec l’aide
d’une batterie électrique. Enfin, l’étiquette
active répond quand elle le veut, et ce,
grâce à une batterie embarquée. La distance
de lecture va en croissant entre l’étiquette
passive et l’étiquette active, tout comme
le prix de l’étiquette au demeurant.
«
La RFID est considérée comme un développement
majeur pour la logistique et pour les surfaces
de vente », pense l’orateur, pour qui,
« la RFID peut être perçue comme la prochaine
génération des codes à barres ». Toutefois,
les tags RFID ont, sur les codes à barres,
trois avantages substantiels : la lecture
à distance sans visibilité, la présence
d’une mémoire embarquée dans le tag et la
possibilité d’écrire dans la mémoire du
tag et de mettre à jour les informations
qui s’y trouvent mémorisées. L’essence même
de la RFID est la communication par les
ondes radiofréquences, permettant de faire
communiquer à distance une étiquette placée
n’importe où sur un article, sur un carton
ou sur une palette. L’excitation actuelle
du marché vis-à-vis de la RFID est liée
à la possibilité de bénéficier d’une plus
grande transparence sur toute la chaîne
logistique, mais aussi dans les magasins
au moment des inventaires. Car les bénéfices
de la RFID sont multiples :
- La précision dans le relevé
des données,
- L’augmentation des contrôles
permettant de réduire la démarque
et d’augmenter la disponibilité
des produits,
- La vitesse de lecture et son automatisation,
- La capacité de procéder
au réassort automatique du stock,
- La capacité de fournir davantage
d’informations aux clients,
- La limitation des erreurs entre les fournisseurs
et les chaînes logistiques quand l’étiquette
électronique est posée à
la source, ou sur les cartons de transport.
Pour
réduire la démarque, la RFID peut être utilisée
sur toute la chaîne logistique, depuis la
fabrication de chaque article, jusqu’au
moment de sa vente et son passage en caisse.
Dès lors que le coût de l’article le permet
(cas du textile), le tag RFID est associé
à l’article, lors de la fabrication (c’est
le "source tagging"). Sinon, un tag RFID
est apposé sur le conditionnement ou le
colis de regroupement afin d’en assurer
le suivi.
Pour éviter tout risque de falsification,
le "source tagging" permet d’envoyer au
fabricant d’un bien un nombre précis d’étiquettes
RFID munies d’un précodage spécifique, afin
qu’il associe chaque article à l’une de
ces étiquettes. Ainsi délivre-t-il le nombre
prévu d’articles. Puis, à l’aide de tunnels
ou de lecteurs, il sera ensuite possible
de suivre de manière automatique les marchandises
ainsi taguées tout au long de la chaîne
logistique complète :
- La mise en oeuvre chez le fabricant d’une
installation de tunnel ou d’un portique
permet d’assurer le comptage du contenant,
et, dans certains cas, celui du contenu.
- Dans les centres de distribution, l’installation
de portiques de lecture autorise le suivi
des contenants. Moins de 30 secondes suffisent
pour lire une palette de 50 cartons. Il
est possible de connaître le contenu
d’un carton sans avoir à l’ouvrir,
de localiser un carton dans le stock,
de réaliser un inventaire rapide.
- Lors du picking et de l’expédition,
les tunnels serviront à vérifier
que les bons produits sont dirigés
vers les bonnes adresses destinataires.
- À l’arrivée en magasin,
un contrôle automatique par le biais
d’un tunnel ou de lecteurs à
main sera mis en oeuvre pour un premier
comptage. Il est possible d’assurer
un contrôle de stock dans une réserve
et le contrôle de ce qui est rangé
en linéaires, puis de compter les
unités de
vente lors du passage en caisse.
- En magasin, un inventaire pourra être
réalisé très rapidement
(une heure seulement pour lire jusqu’à
5 000 articles), de manière journalière
ou hebdomadaire, à l’aide de
terminaux de lecture à main.
Les
tests de validation du concept
Différents
tests ont été réalisés tels que celui mené
en 2004 chez Unilever avec Tibbett & Britten,
en faisant usage de tags RFID apposés sur
les packs de déodorants Fabergé. Les tests
ont été menés en usine de production, au
centre de distribution et en magasin avec
pour objectif d’identifier les problèmes
de livraison et d’identifier les zones de
démarque. La chaîne logistique RFID a autorisé
la remontée rapide d’information, et la
détermination au passage devant les lecteurs,
du nombre exact de produits pénétrant dans
l’entrepôt, la localisation de la palette
à chaque instant, la date d’arrivée en magasin,
l’évaluation des stocks dans les magasins
participant à l’étude.
Un
second test a été mené chez Mark & Spencer,
qui reste à ce jour la société bénéficiant
du plus important déploiement RFID dans
le monde. Le projet a démarré en 2004 :
plus de 300 millions d’articles ont reçu
un tag RFID. L’objectif était d’assurer
un contrôle de stock en magasin, de maximiser
le facing client et de limiter les ruptures
en linéaires. Ce projet a permis d’accroître
le chiffre d’affaires de plus de 6 % et
de diminuer de plus de 60 % les erreurs
de livraison et les litiges. Dans cette
application, les étiquettes électroniques
sont déposées à la source : la fonction
RFID est associée à l’article chez le fabricant.
Chaque article reçoit un suivi logistique
jusqu’au centre de distribution. L’unicité
du code article contenu dans la puce RFID
autorise le comptage très précis des sorties
d’usine jusqu’au centre de distribution,
et le suivi du picking et des opérations
logistiques dans le magasin. Enfin, deux
inventaires par semaine (lundi, vendredi)
dans le magasin permettent de réaliser le
réassort le plus complet possible des articles
de façon à avoir le bon produit, au bon
endroit, au bon moment.
Propos
recueillis par Jean-Claude Festinger

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