| La
météorologie, outil de la
Supply Chain collaborative
«
Le concept de l’action collaborative
n’est pas nouveau pour Météo France : nous
baignons dedans », poursuit Pierre-Etienne
Bisch : « nous savons que l’information
météorologique n’a pas de valeur intrinsèque.
Elle ne vaut que dans un contexte donné
». Cette association entre la prévision
météorologique et les usagers finals de
ces prévisions est une forme d’action collaborative,
puisque l’un ne va pas sans l’autre. « À
titre d’exemple, Météo France est chargée
de livrer la prévision météorologique sur
les plates-formes aéronautiques, et en particulier
sur celles d’Aéroports de Paris. Nous avons
mis au point au cours de ces dernières années,
un système de "collaborative decision making"
qui permet de dialoguer avec nos usagers
de l’aéronautique sur les questions qui
les concernent, en particulier dans les
cas de météorologie difficile, tels que
la "low visibility procedure", en présence
de brouillard et dans une situation de faible
visibilité ». De même, la notion d’interopérabilité
fait son chemin rapidement, alors que pendant
de longues années, Météo France ne délivrait
que de l’information scientifique : seuls
l’exploitaient ceux qui avaient la capacité
de la saisir. Mais cette ère est révolue.
L’information doit aujourd’hui être partagée,
non seulement sur le plan de la technologie,
mais aussi celui des usages. « Ainsi,
estime Pierre-Etienne Bisch, dans la
gestion d’une canicule telle que celle de
2003, nous ne nous contentons plus d’avancer
que le mois d’août sera chaud, mais nous
interagissons avec la profession de la santé
pour évaluer la fragilité sanitaire d’un
département, puis nous émettons des seuils
d’alertes météorologiques qui seront rendus
plus sévères que dans d’autres circonstances
».
Grenelle
de l’Environnement… Tsunami… Inondations
catastrophiques… Cyclones et ouragans… Autant
d’événements spectaculaires ! Mais il n’y
a pas que le changement climatique qui compte
pour la société. L’évolution normale du
climat, ce que les experts désignent par
la "variabilité du climat", a un impact
sur les acteurs économiques. « Dans
notre ressenti, cette information est même
plus importante que le changement climatique.
Les différents maillons de la Supply Chain
– autant dire 80 % de l’activité du pays
- sont impactés par cette variabilité climatique
naturelle », souligne l’orateur.
Le
temps et la logistique
Le
socle technologique et scientifique de Météo
France a des impacts sur les activités économiques
des entreprises. Ainsi en est-il dans le
secteur des transports aéronautiques qui
représentent le quart de ses activités :
Météo France est considérée comme un acteur
majeur de l’aéronautique civile. Dans le
cadre de la convention de Chicago, l’État
français a confié à Météo France la mission
d’assistance météorologique à la navigation
aérienne, domaine où les exigences de sécurité
sont capitales : on lui doit la fourniture
des prévisions météorologiques au décollage
comme à l’atterrissage des aéronefs, ainsi
que celles des transports en route. Le service
fourni à l’aviation commerciale se distingue
des autres missions de Météo France : il
s’agit d’un service sur mesure pour un type
d’usagers précis. Ceuxci paient, au travers
de redevances aéronautiques, l’assistance
météorologique dont ils définissent euxmêmes
les caractéristiques et dont ils contrôlent
les coûts et le contenu. « Au cours
des prochaines années, le secteur des transports
aériens sera, pour Météo France, de plus
en plus compétitif, compte tenu de ses développements
européens ». À titre d’exemple, il
est possible d’identifier une phase de brouillard
à Roissy Charles de Gaulle, quand elle est
présente certes, mais aussi parfois, quelques
heures avant qu’elle n’apparaisse, «
…avec toutefois un niveau de détail et de
précision que nous estimons encore insuffisant.
Dès lors le rythme du trafic aérien (décollages,
atterrissages) est ralenti pour assurer
le respect des règles de sécurité. Mais
si nous étions en mesure de disposer d’outils
opérationnels permettant d’être plus performant
pendant les phases de décollage et d’atterrissage,
nous serions en mesure de promettre des
économies substantielles à un ensemble d’activités
économiques ». Et sur ce thème portant
sur les activités liées au brouillard, Pierre-Etienne
Bisch annonce qu’il avait décidé d’en faire
une priorité, afin de réaliser des progrès
rapides. Pour leur part, les adeptes de
l’aviation légère bénéficient d’un service
payé par une subvention d’État ; cependant,
il leur est demandé de régler les coûts
d’élaboration de produits spécifiques et
de mise à disposition.
• Un autre secteur essentiel de la
chaîne logistique est le transport ferroviaire
: Réseau Ferré de France en charge des infrastructures,
et la SNCF font tous deux appel régulièrement
aux services de Météo France. « Le premier
ne prend plus de décision sans avoir sollicité
des études météorologiques. Ainsi en est-il
lorsque Réseau Ferré de France prévoit la
construction d’un viaduc de grande portée
et s’interroge sur la nécessité de construire
des ouvrages latéraux pour assurer une protection
contre les vents traversiers susceptibles
de créer des problèmes de sécurité pour
les TGV, nécessitant alors des conditions
d’exploitation dégradées », avance
Pierre-Etienne Bisch. « Pour sa part,
la SNCF a des besoins très spécifiques de
prévisions météorologiques pour l’optimisation
de ses interventions après des phases de
gel ».
• L’activité de Météo France est également
importante dans le domaine routier : la
viabilité hivernale des prévisions permet
de gérer de manière optimisée les quantités
adéquates de sel pour prévenir l’effet du
verglas. La planification de l’entretien
du réseau routier et sa rénovation ne doivent
pas non plus ignorer les problèmes météorologiques
pour éviter les surcoûts : « nous estimons
pouvoir générer une marge de l’ordre de
15 % au travers d’une gestion optimisée
des délais », affirme Pierre-Etienne
Bisch qui estime également pouvoir agir
sur le tracé des routes, dès lors que Météo
France est consultée suffisamment tôt.
• Il est également des opportunités
plus spectaculaires, comme la prévision
météorologique pour la course automobile,
permettant au constructeur de prévoir la
nature des pneumatiques à mettre en oeuvre
pendant une compétition.
• Dans le domaine maritime, la course
au large est un sport extrêmement populaire,
et Météo France intervient pour le Vent
des Globes, la Solitaire du Figaro ou diverses
autres courses. Son activité se développe
également dans le domaine du transport maritime,
sur les conditions de mer au large, sur
les conditions d’approche portuaire, et
sur les conditions de manoeuvre au sein
même de l’espace portuaire.
• « Aujourd’hui, Météo France
est capable de délivrer des prévisions météorologiques
très fines, c’est-àdire sur un espace géographique
réduit », insiste Pierre-Etienne Bisch
: « pour la future coupe du Monde de
ski qui se déroulera à Val d’Isère dans
deux ans, il nous a été demandé d’être capable
d’établir des prévisions météorologiques
au kilomètre carré ». En fait, Val
d’Isère compte deux grandes pistes (La Solaise
et Bellevarde) et il est demandé à Météo
France d’établir des prévisions distinctes
pour l’une et l’autre. Cette finesse des
prévisions est transposable pour des applications
dans l’activité économique : le responsable
d’un site industriel polluant, dangereux,
ou susceptible de l’être… Le niveau de la
technologie permet à Météo France d’établir
des prévisions météorologiques jusqu’au
niveau d’un site… C’est la tendance lourde
pour le futur. « Nous faisons tourner
nos modèles de prévisions sur un rythme
de trois heures ». Les opérationnels
ont ainsi la capacité de disposer d’informations
rafraîchies : lors du déroulement d’une
opération sensible, il leur est possible
de commander à Météo France une information
qui sera réactualisée au cours de l’opération.
• Telle entreprise qui établit des
prévisions commerciales et souhaite améliorer
la qualité de celles-ci a tout intérêt à
contacter la filiale Metnext de Météo France
pour analyser la corrélation existant entre
la météorologie et ses activités. Dès lors
que la corrélation est avérée, il est possible
à Metnext de fournir un service pour enrichir
le système de prévisions de l’entreprise
avec les informations de Météo France.
Propos
recueillis par Jean-Claude Festinger
Nombre
d’industriels (EDF, et bien d’autres) sont
sensibles aux problèmes susceptibles d’impacter
l’alimentation électrique de leurs installations
de production. Ils mettent en oeuvre des
activités qui ne peuvent pas être exposées
au risque de la foudre. Or la France reçoit
un million de coups de foudre par an. Pierre-Etienne
Bisch déclare : « Notre filiale Météorage
sait détecter en temps continu les impacts
de la foudre ». Fondée en 1987, et présidée
par Dominique Lapeyre de Charvadès, cette
société gère le réseau français de surveillance
de la foudre : celui-ci est articulé autour
d’un système de détection et de localisation
des impacts de foudre sur le territoire
national, connecté à un important centre
de traitement des données. À partir de 1988,
Météorage a développé le logiciel CATS (Computer
Aided Thunderstorm Surveillance system)
de traitement des données sur la foudre
à des fins de services, lorsque le risque
de foudroiement est important.
Metnext,
coentreprise Météo-France/Euronext
La
double vocation de Metnext est la gestion
indicielle du risque climatique et l’aide
à la décision des entreprises sur une base
climatologique.
C’est
au mois d’avril 2007, que Metnext SAS a
vu le jour : elle a été fondée par Météo-France
qui détient 65 % de son capital et par NYSE
Euronext (35 %). Cette filiale logée au
Palais Brongniart, à Paris, est présidée
par Dominique Lapeyre de Chavardès. Elle
compte une dizaine de personnes : des chercheurs,
physiciens, climatologues, et une équipe
commerciale. « Nous avons deux branches
d’activités », précise Marie-Geneviève
Renaudin, directeur de Metnext : « la
première, pilotée par Pascal Bouquet, s’intéresse
directement aux activités des entreprises,
avec pour objectif de quantifier l’impact
de la météorologie sur les ventes, sur le
stock… ». L’autre branche d’activités
s’adresse plutôt au milieu de l’assurance
et de la finance, et donne lieu au calcul
d’indices météorologiques.
Il
faut convenir que les demandes formulées
à Météo France, en particulier depuis les
tempêtes de 1999, ont justifié la création
d’une branche assurances-finances pour la
fourniture de données climatiques en vue
d’une gestion indicielle des contrats sur
une base climatologique : de la sorte, les
règlements sont plus rapides, et sans risque
de litige, en faisant référence à des indices
établis par un organisme faisant foi, en
l’occurrence Météo-France.
La
gestion indicielle des contrats est innovante
en Europe
«
Dans le monde de la finance et des assurances,
la gestion indicielle est essentielle
», assure Tristan d’Orgeval, responsable
chez Metnext de ce secteur. Il s’agit pour
le client de Metnext, assureur ou courtier
en assurance, de gérer le risque climatologique
sur les résultats financiers du client de
son client, en l’occurrence l’entreprise
qui subit le risque, éventuellement d’échanger
ce risque avec d’autres entreprises de façon
– par exemple - à se prémunir contre les
événements extrêmes, voire même se prémunir
contre un hiver doux qui présage une consommation
moindre d’énergie, ce qui se traduirait,
pour l’énergéticien, par des moindres ventes
d’électricité. Metnext est en mesure de
"construire" un indice quotidien sur la
base duquel l’énergéticien peut se couvrir
en cas de perte de chiffre d’affaires :
dès lors que l’indice atteint un seuil prédéterminé,
l’assurance lui verse contractuellement
des indemnités. Il est clair que l’indice
permettant de calculer le dommage subi en
raison de la météorologie est spécifique
à chaque activité et à chaque entreprise
: le risque de base, qui représente l’écart
entre le dommage subi et les valeurs d’indice,
doit être minimal.
Toutefois, l’indice peut être standard s’il
s’adresse à un secteur d’activité dans sa
globalité : ainsi l’indice standard pour
l’énergie pourra être basé sur la température.
L’indice standard pour une culture particulière
sera fondé sur des paramètres agro-météorologiques
en vue de couvrir les conséquences d’une
forte sécheresse ou de la grêle. D’autres
indices peuvent être construits spécifiquement
à la demande de courtiers ou d’assureurs
pour couvrir le risque météorologique (brouillard,
verglas, neige…) frappant certains clients
particuliers (transporteurs, groupes hôteliers,
stations de sport d’hiver…).
À côté du secteur des dérivés climatiques,
Metnext intervient au titre de tiers de
confiance (sa crédibilité ne peut nullement
être mise en doute) dans les relations entre
l’assurance et la réassurance, à l’occasion
d’événements extrêmes : en effet, au-delà
de la réassurance traditionnelle, se développent
des méthodes de transferts de risques alternatifs
sur le principe de la gestion indicielle.
À cet effet, Metnext définit un indice correspondant
au risque subi et pris en charge par l’assurance.
Lorsque cet indice atteint un seuil prédéterminé,
des indemnités sont versées.
« Tous ces indices sont calculés à partir
de données météorologiques… », explique
Tristan d’Orgeval : « … À la demande
de courtiers, assureurs, réassureurs à qui
nous fournissons les formules des indices
».
La recherche de la formule de l’indice passe
par l’exploitation des données des Météo
France et celles du client. Ainsi, pour
satisfaire l’énergéticien qui souhaite se
couvrir contre les variations trop brutales
de la demande énergétique, on utilisera
des modèles statistiques (entre autre celui
développé au sein de Metnext) afin d’élaborer
la meilleure formule faisant le lien entre
les paramètres météorologiques et ceux du
métier de l’entreprise concernée.
«
Habituellement, nos clients nous demandent
également les historiques d’indices qui
permettent aux assureurs et réassureurs
de fixer le coût de la couverture d’un risque,
ainsi que les indices au jour le jour, de
façon à pouvoir suivre cette couverture
de risque et évaluer les indemnités à verser
le cas échéant », ajoute Tristan d’Orgeval.
Notons
que ce marché de la gestion indicielle sur
lequel intervient Metnext est né au cours
de l’automne 1997 aux États-Unis, avec des
transactions entre Koch Industries et Enron,
d’une part, et Koch Industries et PXRe.
Depuis, MDA Federal fournit des données
météorologiques au Chicago Mercantile Exchange.
D’autres opérateurs – au demeurant relativement
récents - interviennent également outre
Atlantique : Store Exchange, WeatherBill
sont présents sur ce marché du "weather
risk management service" qui selon la WRMA
(Weather Risk Management Association), association
regroupant une cinquantaine de membres,
représenterait un chiffre d’affaires (montant
total des couvertures) de 45,2 milliards
de dollars durant la période 2005-2006.
Les
entreprises en ligne de mire
Une
fonction nouvelle émerge qui devrait être
concurrentielle très rapidement. Il est
en effet des activités très météo-sensibles,
comme le transport et la distribution d’énergie,
ou encore la distribution agroalimentaire
(eaux et boissons gazeuses, glaces, boîtes
de conserve) et celle des produits de grande
consommation, le textile, les parasols ou
les parapluies, le sport et le loisir, et
par voie de conséquence les transports.
Par ailleurs, les transports spécialisés
en froid sont eux aussi impactés par l’activité
de leurs clients (distribution de surgelés)…
Bref, le spectre d’activités météo-sensibles
est à l’évidence extrêmement large dès lors
qu’on cherche à affiner les prévisions de
la demande.
«
Nous apportons aux entreprises des solutions
sur leur dépendance météorologique
» dit Pascal Bouquet, directeur commercial
: « nous permettons à ces entreprises
d’analyser et de comprendre les impacts
des conditions météorologiques sur leurs
activités, puis de les anticiper afin d’optimiser
leur Supply Chain ».
Metnext
a acquis en 2003 auprès de la société française
Mikan (Nouméa, Nouvelle Calédonie), un logiciel
de modélisation statistique. Un logiciel
très facile à prendre en mains pour traiter
les données d’entreprise et les données
météorologiques : le logiciel DECIDE qui
permet de modéliser la relation statistique
entre une activité économique (la consommation
d’électricité ou de gaz, par exemple) et
les variables météorologiques en exploitant
la méthode MARS (Multivariable Adaptive
Regression Splines). Il permet d’établir
des analyses rétrospectives, historiques,
sur le climat et son rythme d’activités
propres en vue de trouver un modèle adéquat.
« Notre équipe se propose d’utiliser
ce modèle pour la gestion future de la même
entreprise, anticiper les impacts météorologiques,
aider la prise de décisions dans la prévision
de ventes, la prévision de consommation,
la gestion des stocks… ». C’est un
outil supplémentaire qui permet de raffiner
l’activité des entreprises et de les aider
dans la prise de décision. Il est préconisé
d’installer DECIDE dans le système de gestion
de l’entreprise qui l’acquiert, ou de faire
appel à Metnext pour l’exploiter. D’ores
et déjà Metnext peut aujourd’hui se targuer
de sept clients français , dans le secteur
de l’énergie, dont EDF, Poweo, Altergaz,
EEC et SMEG (deux filiales du groupe Suez),
ainsi que deux éditeurs allemands (Aktif,
Robotron) intervenant dans le secteur de
l’EDM (Energy Data Management) en intégrant
DECIDE au sein de leur offre de solutions
verticales pour les énergéticiens. Il en
est deux autres dans le secteur de l’embouteillage
de boissons : Hinano (la bière de Tahiti),
et Le Froid, entreprise calédonienne de
fabrication, de mise en bouteille et de
distribution de boissons essentiellement
non alcoolisées.

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